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SarkozyLes mécanismes de la Françafrique sont tellement scandaleux que s'ils étaient mieux connus, la population française marquerait certainement son indignation. Quant aux peuples africains, ils s'opposeraient farouchement aux pratiques de leurs dirigeants. Les réseaux françafricains ne peuvent exister que dans l'opacité.


Lorsque Giscard d'Estaing limoge Jacques Foccart, le réseau pyramidal de ce dernier, privé de tête, semble être voué à l'éclatement. L'effondrement du bloc soviétique et l'Apartheid vont également fragmenter les enjeux politiques et géopolitiques africains. Le réseau initial de Foccart, dont la stratégie de Raison d'État était directement contrôlée par l'Élysée, va apparemment se dissoudre en une quinzaine de micros-réseaux ayant chacun ses propres stratégies. La politique africaine de la France ne semble alors plus relever de décisions centralisées, fussent-elles inavouables, elle est désormais le résultat aléatoire d'un " jeu de fléchettes " autour d'enjeux alléchants :

- détournement de l'aide publique au développement ou de la rente des matières premières,

- financement parallèle de la vie politique française,

- " terrain de jeux ", de prime et de promotion pour les militaires,

- blanchiment d'argent, trafic d'armes et drogues, etc.

L'illégalité prospère confortablement : les contrôles sont impossibles, tant les traces écrites et conservations restent sous-développées en Afrique francophone. Les paradis fiscaux, summum de l'opacité rendant impossible tout contrôle, l'argent françafricain est blanchi en toute impunité.

 
L'énorme masse d'argent détournée installe ces réseaux dans une formidable opulence et capacité corruptrice. Ils s'autonomisent en un système quasi-mafieux. En arrière-plan, le mépris à l'égard des Africains est insondable.


Aujourd'hui, la Françafrique est devenue une nébuleuse d'acteurs économiques, politiques, et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseau et en lobbies, et polarisée sur l'accaparement de deux rentes : les matières premières et l'aide publique au développement. Parmi cette nébuleuse d'acteurs, nous citerons :

 

" Des réseaux politiques français. Celui de Jacques Chirac va s'affirmer comme le plus puissant, de très loin. Il se fonde les réseaux de Charles Pasqua, entré en 1970 en dissidence du " foccartisme ". 

Puis Chirac récupère l'héritage et les conseils de Foccart dans les années 80…  avant de connaître d'énormes brouilles avec le clan Pasqua. Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand ont aussi développé leurs réseaux articulés aux précédents. D'autres personnalités politiques ont également cherché à cultiver des réseaux françafricains de moindre  importance : Alain Madelin, Michel Rocard, Michel Roussin après son affranchissement du giron chiraquien, etc.


" Les services secrets. La DGSE est très présente, mais aussi la DRM (Direction du Renseignement militaire), la DST (Direction de la Sécurité du Territoire), le SCTIP (Coopération et Renseignement policiers au service des ministres de l'Intérieur), la DPSD (Direction de la protection et de la Sécurité de la Défense).


" Le lobby militaire. Le haut état-major français, majoritairement constitué d'officiers ayant fait une carrière en Afrique. Pour ces derniers, il est hors de question que l'armée française se détache d'une Afrique qui constitue en quelque sorte leur identité, et la source de nombreux privilèges.


" Des multinationales aux stratégies de monopole : TotalFinaElf, Bouygues et Suez -Vivendi (BTP, eau, téléphonie), Bolloré (transport), Rougier (bois), Pinault (distribution), Castel (boissons), etc.


" L'extrême droite et les mercenaires. Les passerelles sont nombreuses entre des sociétés de mercenaires agissant en Afrique et au fameux " Département Protection Sécurité " (DPS) du Front National.


" Un certain nombre d'excroissances de la franc-maçonnerie, notamment la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Située très à droite, c'est la seule grande obédience française rattachée à la très puissante franc-maçonnerie américaine. Née au début du XXème siècle, la GLNF s'est appelée la Grande Loge de France et des Colonies, et abritait le lobby colonial en son siège de Neuilly. Presque tous les "  présidents " africains agréés par la Françafrique y sont initiés ainsi qu'un panel de plus en plus déterminant de personnalités françaises et africaines de la politique, la finance, les industries sensibles, l'armée, les services secrets, les médias (TF1 en tête), la justice.  Pour gérer autant d'actions illégales et générer, faire circuler et repartir autant d'argent sale, il faut des réseaux d'initiés, habitués au secret.


Le Mali ne déroge pas à ces pratiques, on retrouve les mêmes ramifications dans notre pays, par pudeur nous ne citerons pas de noms.


Ajoutons des sectes comme la Rose-Croix, mais également des ONG de façade, des trafiquants en tout genre et bien sûr la mafia transnationale. Ces réseaux s'entremêlent. Des solidarités initiatiques se sont tissées entre la classe politique, la hiérarchie militaire, les Services secrets, la justice, les médias, les groupes industriels, la haute finance, les administrations. Elles sont une garantie d'assistance mutuelle et d'omerta. Au finish, ces structures de relations constituent les meilleurs systèmes de prédation des richesses africaines. En effet, ils permettent d'effectuer tout type de montages politico-financiers.


Par exemple :

- un ministre de l'Intérieur encourageant ses services secrets à attiser une guerre civile dans un pays d'Afrique et faire en sorte que les deux camps en conflit s'approvisionnent en armes auprès d'une entreprise créée par des proches de ce même ministre de l'Intérieur.


- un homme politique bien placé s'arrangeant pour débloquer une partie de l'aide au développement vers un pays africain dont le président, complice détournera la majeure partie de cette aide et " remerciera " son bienfaiteur par un virement sur un compte en Suisse.


- un ministre africain faisant en sorte de confier un grand " projet de développement" (barrage, pipe-line, route, etc.) à une grande multinationale française qui " remerciera " le décideur par quelques virements bancaires au profit du président et son parti.


La Françafrique
désigne tout ce système de connivences entre des potentats africains installés ou protégés par Paris et leurs parrains français, politiques, militaires, et financiers. Lorsqu'un tyran se permet certaines libertés, on bloque ces milliards volés à son peuple ou provenant des " commissions et retro-commissions " et qui dorment dans les banques occidentales.


Ho, gel des avoirs, quand tu nous tiens !

 

Le bilan de la Françafrique


En cinquante ans, ce sont des millions de morts, des centaines de milliards détournés, des peuples méprisés, des milliers d'assassinats.


* Génocides, massacres, tortures : massacres des bamilékés au Cameroun de 1957 à 1970 (les témoignages dénombrent des centaines de milliers de victimes), complicité de génocide au Rwanda en 1994 (un million de morts), litanie de massacres au Tchad (au moins 110 000 morts depuis 1980, des dizaines de milliers de personnes violées et torturées), installation, équipement, et absolution de polices tortionnaires, notamment au Mali en 1993-1997.


* Des assassinats de personnalités symbolisant l'émancipation de l'Afrique : les présidents togolais et burkinabé Sylvanus Olympio (1963) Thomas  Sankara (1987), l'assassinat en plein Paris de l'opposant tchadien Outel Bono (1973) ou de Dulcie September, représentant de l'ANC à Paris (1988). S'y ajoutent les innombrables assassinats et morts sous la torture de gêneurs ordinaires, tel le journaliste Norbert Zongo au Burkina en 1998. Les services secrets français ne sont pas non plus innocents dans l'affaire de la disparition de l'opposant marocain Ibrahim Sharfati au milieu des années 50. Et, plus récemment, en 2008, de l'opposant tchadien M. Saleh.


Des assassinats des ressortissants français, notamment au Cameroun et Algérie- plusieurs prêtres et Religieux- en Guinée Équatoriale, à Djibouti (mort du juge Borrel en 1995). La mort des journalistes français Jean Hélène et Guy André Kiefer en Côte d'Ivoire complète cette liste macabre.


" Des guerres : guerre du Biafra en 1967, rébellion touarègue au Mali la même année mais également de 90 et de 2006. Guerre civile en Angola 1975 à 2001, au Liberia, entre 1989 et 2003, en Sierra Leone, au Congo Brazzaville, au Tchad, au Niger. Quelque trois et demi de morts au total.


" Coup d'État et investiture " démocratique " des dictateurs par un truquage systématique des élections au Mali, au Cameroun, au Togo, au Gabon, à Djibouti, en Mauritanie, Congo Brazzaville, en République Centrafricaine, au Niger et nous en oublions volontiers. " Cerise sur le gâteau, une incroyable prédation des richesses pétrolières, minières et agricoles remplacées par une dette inique et abyssale. Attention, nous n'affirmons pas que seuls les réseaux français cités plus haut sont la cause de ces inhumanités. Nous précisons néanmoins que toutes ces opérations ont, au minimum, reçu des soutiens logistiques, militaires, et/ou financiers de Paris. La responsabilité de nombre de représentants politiques français est avérée.

 

A.K.Dramé

Tag(s) : #Politique

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