Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog


Face à la tyrannie de l’actualité politico-militaire qui rythme le quotidien de notre pays, le blog Ambenatna, bien que ne dérogeant pas à sa mission principale qui reste la lutte contre le régime antinational d’Idriss Deby Itno, s’efforce de fournir à ses visiteurs un cocktail d’informations en même d’atténuer la sombre actualité politique de notre pays.

Il s’agit pour nous d’innover en ouvrant largement les pages de ce blog aux Tchadiens de différentes confessions socioprofessionnelles. Une façon pour nous de permettre à ceux qui le souhaitent de s’exprimer en donnant leur avis sur les questions de l’heure au Tchad et surtout de partager leurs expériences, leurs difficultés et leur espoir.

Après l’interview de l’homme d’affaire Senoussi Adam Malloumi, nous avons le privilège de vous présenter un jeune homme bien connu des Internautes tchadiens à travers ses multiples blogs d’informations. Abdallah Chidi Djorkodei car il s’agit de lui, est avant tout un jeune étudiant Tchadien comme des milliers d’autres. Cependant, il est l’un des rares d’entre eux à s’afficher et se mobiliser à travers le net. Son cas est un modèle d’exemple pour la jeunesse tchadienne et son portrait se distingue de celui de ceux qui par passion ou par nécessité se sont lancés dans la web-guerre contre le régime Deby. On relève au passage que la majorité de ceux qui animent les sites et les blogs sont des opposants, des exilés ou des tchadiens de la diaspora ayant déjà intégré le milieu professionnel.

Abdallah Chidi Djorkodei est un jeune homme intelligent, dynamique, engagé, sociable, pieux, ambitieux et regorge du patriotisme à en revendre.

Dans cette première partie de l’interview, M Abdallah Chidi Djorkodei nous parle de son cursus universitaire, des conditions d’études au Tchad et au Maroc, donne son avis sur l’instruction de la femme tchadienne, sur le chômage des jeunes et de la fuite des cerveaux, sur l’AESTM et bien d’autres sujets d’actualité.

 

Ambenatna(1) : Bonjour M. Abdallah Chidi Djorkodei. Le blog Ambenatna vous remercie au nom de ses nombreux lecteurs d’avoir accepté de se prêter à cette série de questions.

Abdallah Chidi Djorkodei (ACD)  Bonjour Mahamat. Je salue tous les blogueurs. C’est moi qui vous remercie pour cette interview. C’est avec un réel plaisir que j’accepte de m’exprimer à travers votre blog d’information.

Ambenatna(2) : Les internautes voire nombreux de vos compatriotes vous connaissent déjà à travers vos blogs d’informations. Pourriez-vous tout de même vous présenter un plus en détail ?

ACD : Je m’appelle Abdallah Chidi Djorkodei, de nationalité tchadienne, né le 1er Décembre 1986 à Ndjamena. C’était en 1990 à Pala que je suis entré à l’école maternelle où j’ai fait juste deux mois de cours quand nous étions contraints de quitter le Tchad pour nous refugier à Maroua (Nord Cameroun). Deux ans plus tard, nous sommes de retour au pays. J’ai suivi ma formation primaire à l’école Bololo où j’ai été toujours le premier de ma classe.

En 1998, j’ai réussi mon concours d’entrée en sixième et admis au lycée de la paix (ex CEG n° 1) de Ndjamena où j’ai été toujours premier de ma classe de la 6ème à la 3ème.

En 2003, j’ai réussi mon BEFM et je suis admis en classe de seconde U (unifiée) au lycée Ibnou Cina où je n’ai fait qu’une année et j’étais aussi le premier de ma classe.

En 2004, je change d’établissement pour m’inscrire en classe de 1ère S au Lycée Bilingue du Centre où j’ai fait une année et étais aussi premier de ma classe.

En 2005, j’ai passé avec succès deux concours d’entrée en terminale C, l’un au lycée Alpha 3 et l’autre au collège Evangélique (C.E.). Les parents m’ont conseillé de choisir le C.E. où j’ai été pour la première fois 2ème de ma classe (la raison de ce recul est une histoire rose personnelle). J’ai finalement décroché mon Bac série C avec la mention Assez-Bien.

En 2006, je suis admis à la Faculté des Sciences et Techniques de l’université Adam Barka d’Abéché option Mathématiques-Physique-Chimie(MPC) où j’ai été major de ma promotion avec une moyenne annuelle de 15.5 sur 20.

En 2007, grâce à Dieu, j’ai obtenu une bourse d’études pour le Maroc.

 

Ambenatna(3) : Quelles études suivez-vous ? Pourquoi avoir choisi ces études ? Pourquoi avez-vous choisi le Maroc ?


ACD
: Je préfère commencer à répondre par la dernière question concernant le choix du Maroc comme pays d’études.

Quand je suis allé déposer mes dossiers à la direction des bourses, le Directeur (il est toujours en poste) ne recevait que ses parents et les alliés du parti au pouvoir (MPS).

J’étais accompagné de mon cousin Brahim Ali Djorkodei, promotionnaire du Directeur des bourses car ils ont fait leurs études en Algérie. Le fait que ce dernier daigne de nous recevoir, a provoqué lire de mon cousin et il s’en est suivi un échange de mots entre eux. “S’il s’agit de compétences, « chégué », tu ne mérites même pas d’être un simple collecteur de dossiers à la direction de bourses”. Cette phrase lancée par mon cousin a déboulonné le Directeur de bourses.
Apres des va-et-vient kilométriques entre son bureau et celui de sa secrétaire (Madame Zara),  il nous appelle finalement en présence de la Secrétaire et nous propose deux pays Maroc ou Algérie. C’est ainsi qu’ils (le Directeur, mon cousin Brahim, la secrétaire Zara) m’ont conseillé de choisir le Maroc où pensent-ils qu’il y a une meilleure formation. Et voila comment j’ai atterri au royaume chérifien.

Concernant mes études supérieures au Maroc, j’étais inscrit en M.I.P.C (Mathematiques-Informatique-Physique-Chimie). A partir de la 2ème année, j’ai opté pour l’I.E.E.A (Informatique-Electronique-Electrotechnique-Automatique). Je suis en 3ème année.

Sinon, j’ai  toujours nourri le rêve de faire des études approfondies en Mathématiques qui me passionnent énormément. Présentement, dans mon école, il n’y a que 6 étudiants qui ont opté pour les mathématiques. Cela rend impossible d’ouvrir une filière pour 6 étudiants ! J’espère tout de même avoir la chance et le temps de réaliser ce rêve plus tard.

 

Ambenatna (4): Que pensez-vous de la formation dispensée dans les établissements (écoles, instituts, universités) marocains? Des formateurs marocains ? Du coup de la vie au Maroc pour un étudiant ? De la sociabilité des marocains par rapport aux étrangers subsahariens ?

 

ACD : Vue la baisse de niveau scolaire que notre pays a connu ces dernières années, vue l’insuffisance du volume horaire (dans la plupart des écoles tchadiennes, les cours débutent à 07h30 et finissent à 12h15), vu le recrutement des enseignants sans formation réelle, vue la corruption en milieu scolaire, les étudiants tchadiens au Maroc et certainement ailleurs aussi, souffrent de toutes ces lacunes accumulées. La formation dispensée dans les établissements marocains est d’une qualité certaine et surtout pratique pour certaine spécialité. Les ministères concernés suivent de près les enseignements dispensés et veillent sur le volume horaire quotidien, au moins 8 heures de cours par jour. Ce à quoi l’étudiant tchadien n’est pas habitué. Il y a des très bons formateurs, de vrais chercheurs, compétents, ayant un esprit créatif.

Bien sûr la vie au Maroc est trop chère. Cependant on est obligé de faire appel aux parents régulièrement pour payer le loyer et faire faces à d’autres dépenses ordinaires. C’est l’occasion pour moi de rendre au nom de tous les étudiants un vibrant hommage aux parents qui apportent ce soutien inestimable aux étudiants que nous sommes.

Vous savez, dans chaque pays, il y a des hommes sociables et aussi des gens mauvais. Au Maroc, en général, les pauvres sont mauvais.

 

Ambenatna(5) : Quelle est la situation générale des étudiants tchadiens au Maroc ? (problèmes de bourse d’études, problèmes d’inscription et d’orientation d’études, vie communautaire au sein de l’AESTM, problèmes de retour au pays, …)

 

ACD : Au Maroc, les étudiants tchadiens rencontrent des problèmes sérieux.

Bourse d’études

De prime à bord, le problème de la bourse, les étudiants Tchadiens ne reçoivent aucune bourse de la part de leur pays. Cependant, il y a cette fameuse bourse forfaitaire qui fait l’objet d’une attribution particulière, par affinité.
 
Au Maroc, il y a des Tchadiens qui ont fait six ans d’études sans jamais toucher cette bourse. En revanche, il y a des bleus qui reçoivent jusqu’à trois fois la même bourse (ils prennent avec pseudonymes). Le Tchad de son coté ne donne rien, même le billet d’avion aller et retour, ce sont les parents qui payent. Nous portons juste le nom de « boursiers d’Etat » sinon le Maroc s’occupe plus de nous que notre patrie.

Inscription et orientation

Ensuite, il y a ce sérieux problème d’orientation qui fait que chaque année 4/5 étudiants tchadiens reprennent l’année et/ou changent d’établissements. Pire, notre Directeur de bourses ne connaît pas la différence entre un Bac arabe et un Bac français, entre  un  Bac littéraire et un Bac scientifique. En outre, on a l’impression que le Directeur de bourses vient au Maroc juste pour régler les problèmes de quelques frères, cousins et parents. Ainsi la majorité des étudiants sont abandonnés à leur triste sort. Pour changer d’établissement, il suffit d’être un proche du Directeur. En plus, tu n’as pas le droit de parler sinon tu verras ton nom sur une si longue liste qui serait adressée aux agents de l’ANS.


Ambenatna(6)
 : Il existerait au sein de l’AESTM un conflit entre les étudiants tchadiens boursiers de l’Etat et ceux venus avec leur propre moyen. Comment l’analysez-vous ?

ACD : Bon à mon niveau, je ne vois pas de conflit entre les étudiants boursiers de l’Etat et ceux des écoles  privées. A titre d’exemple, la sous-section de Marrakech est présidée par un étudiant du privé et même le secrétaire général adjoint de l’AESTM est un étudiant du privé.


Ambenatna(7)
 : Que pouvez-vous nous dire sur l’intégration des étudiants tchadiens formés au Maroc dans le tissu professionnel et économique de notre pays ?

ACD : Comme je vous disais au début, le Maroc offre une formation de qualité et pratique. La conséquence est que 90 % des étudiants tchadiens formés au Maroc s’intègrent vite dans la fonction publique sans aucun appui extérieur ou parental comme le font certains de nos frères et sœurs détenteurs de faux diplômes.

D’ailleurs, sans trop nous jeter des fleurs, je pourrais dire que nous sommes convoités par les entreprises étatiques ou privées qui apprécient à sa juste valeur les qualités remarquables de l’étudiant tchadien formé Maroc dont entre autres  la ponctualité, l’assiduité, l’assimilation et l’anticipation, la discipline. Citons l’exemple de la société américaine « Schlumberger » qui descend carrément au Maroc pour recruter les finalistes mais aussi les non-finalistes. C’est pour vous dire que ce n’est pas de la blague.

 

Ambenatna(8) : Que pensez-vous de la majorité des jeunes tchadiens qui suivent leurs formations universitaires au Tchad marquées par les grèves répétitives ? Quel avenir ont ces frères et que doit faire l’Etat à ce niveau à votre avis ?

ACD  Dommage pour un pays comme le notre, jusqu’à présent il ne compte que trois universités dont deux valent à des facultés vu le nombre des enseignants permanents, les matériels pédagogiques, les laboratoires qu’elles en disposent. Pire, j’ai fait toute la première année à la faculté des Sciences et Techniques de l’université Adam Barka d’Abéché où je n’ai jamais passé un seul TP (travaux pratiques) et pourtant on a chimie organique et minérale, électromagnétisme, optique géométrique, mécanique. Au moins chacune de ces matières nécessite quatre TP. J’ai fait vingt quatre (24) TP en première année au Maroc.

Essayons de voir cette différence. Malgré cette médiocrité de la formation, l’Etat tchadien n’a jamais cessé de crier que le secteur éducatif est prioritaire. Et pourtant tous les meilleurs bacheliers se trouvent dans ces facultés tchadiennes privées de tout matériel universitaire.

On donne les bourses à des incompétents  qui n’arrivent pas à tenir un mois dans les facultés et après ils s’inscrivent dans des instituts privés. Hélas chaque année on perd  cinq à six places au Maroc et en Tunisie, Malaisie, Algérie, …etc.

Vu le volume horaire, la formation, les enseignants, les matériels pédagogiques, ces jeunes ne subissent aucune formation de qualité mais n’empêche le Tout Puissant est toujours avec les justes, ceux qui méritent et les courageux. L’Etat devrait fournir assez d’efforts pour que notre système éducatif retrouve sa forme et sa place dans le monde universitaire.

Malheureusement, on ne peut rien espérer avec ce régime, je viens d’apprendre à l’instant même que le président Deby a fait construire un institut dans un village qui compte 100 cases et ne contient qu’une dizaine de vieilles, une vingtaine de vieux et quelques ânes égarés dans la nature. N’est-il pas préférable de construire une école là où il y a assez de jeunes tchadiens ? Une chose est sure, même à N’djamena les jeunes tchadiens évitent de côtoyer ces proches du régime, alors combien de fois les amener dans le village de ces même gens détestés ! Donnez la bourse à ceux qui le méritent !

 

Ambenatna(9) : Il y a de plus en plus de filles Tchadiennes qui s'efforcent à terminer leur cycle de formation et travailler dans l'administration, dans le secteur privé ou se lancer avec des initiatives personnelles et ce malgré les contraintes connues (mariage, refus du mari que son épouse exerce une activité professionnelle, charges familiales importantes, ...etc.).  Que pouvez-nous dire à ce sujet ?

ACD : la question n'est pas seulement ça mais il faut se demander dans quelles conditions elles s'efforcent à terminer leur cycle de formation. Ces conditions sont-elles en règle avec les lois dictées par sa religion ?

A vrai dire il n y a aucune religion (islam, christianisme, judaïsme) qui interdit une fille d'aller à l'école.je suis d'accord pour qu'une fille aille à l'école mais tout en respectant certains principes. Nos filles d'aujourd'hui confondent liberté et folie d'une part, civilisation, ouverture à la vie moderne et respect des moeurs d'autre part. A mon niveau si j'ai la possibilité, j'interdis toute soeur ou cousine d'aller à l'école car vu les conditions dans lesquelles elles étudient. Ceci je disais depuis quand j'étais en première année du collège. Et je continue tant que les conditions ne seraient pas changées. Aller à l'école n'est pas important moins encore travailler mais le respect des préjugés, traditions, religion est plus important.

Même si toutes les filles tchadiennes seraient instruites et occuperaient  des hauts postes, tant qu'elles continuent à étudier dans ces conditions à l'encontre de nos moeurs, religion, ces diplômes ne servent à rien et pour rien.

Ambenatna(10) : Face à la situation difficile que traverse notre pays, beaucoup de jeunes Tchadiens formés à l’étranger choisissent depuis bientôt 20 ans, une fois leurs études achevées, de rester à l’étranger. Quelle critique faites-vous de ce choix ? 

ACD : quand on veut servir son pays, il fallait de prime à bord qu’il existe une sécurité des personnes et de leurs biens. Ensuite l’application du principe de « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut » est primordiale surtout dans un pays en voie de développement ou sous-développé comme le notre.

Nous sommes tous conscients de ce qui se passe depuis ces vingt dernières années au pays de Toumaï, c’est-à-dire l’injustice, l’impunité, l’insécurité, la loi de la jungle, les secteurs clés du pays se trouvent entre les mains des illettrés, les tchadiens sont morts vivants.

Bref notre chère patrie est prise en otage par des tueurs, violeurs, ignorants, traitres, amis de toute malédiction. Ainsi, quel que soit son patriotisme, on n’aurait pas envie de rentrer au pays avant sa libération totale. Pour finir, je donne raison à ces jeunes qui restent à l’étranger après la fin de leurs études s’il s’agit des situations maudites bien entendu que notre pays les traverse et surtout sa prise en otage par des médiocres incompétents.

A suivre ...

Tag(s) : #Ambénatna

Partager cet article

Repost 0