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La guerre était encore bien présente quand je suis arrivée à N'Djaména, au Tchad. La ville était défigurée : pas un mur qui ne soit criblé d'impacts de balles. Beaucoup m'ont dit plus tard que ceci ne représentait pas la réalité des combats, que ces rafales de mitrailleuses n'avaient pas été toutes dirigées sur des personnes mais souvent pour le plaisir de tirer : nombre de combattants avaient à peine 20 ans.

Malgré cela, je sais des familles meurtries par le deuil. Et d'ailleurs, un enfant dans la guerre, n'est-ce pas déjà une mort ? Ceux-là ne connaissaient pas grand-chose d'autre de la vie que la perte d'un frère tombé et qu'on part remplacer, une mère qui pleure celui qui a laissé sa vie et celui qui part en arracher d'autres ou mourir à son tour.

Quand j'y suis allée pour la première fois, toutes les femmes européennes étaient parties avec leurs enfants. J'y suis restée 3 mois. J'ai pris des contacts sur place pour évaluer mes chances d'avoir autre chose à faire là que reprendre la vie mondaine que j'avais quittée au Cameroun. Je voulais être utile dans un pays en guerre. Ne pas me mettre la tête dans le sable en recommençant à choisir des toilettes pour des réceptions. Bien sûr ce côté-là de ma vie de femme de cadre ne pourrait être occulté complètement mais trouver autre chose. Et en effet, j'ai trouvé un poste à l'hôpital central qui était complètement abandonné 
malgré sa grande croix rouge qui marquait la cour centrale.

C'est donc en 2008 que je suis retournée dans ce pays : les tchadiens sont très attachants et puis les hommes comme les femmes ont cette dignité, cette élégance de comportement qui inspirent le respect. Nous nous sommes très vite appréciés.

Il y avait fort à faire pour remettre cet hôpital en route. J'ai commencé par visiter les lieux en compagnie du Chirurgien chef. Les locaux se composaient de 4 bâtiments disposés autour d'une cour centrale qui fut un jardin dont ne subsistaient que les piliers des pergolas et un beau flamboyant qui mettait dans ce lieu noir de suie un peu de gaîté mais permettait aussi aux nombreux patients en consultation de bénéficier d'un semblant d'ombre.

C'est le secteur pédiatrie bien sûr qui m'a immensément touchée. Imaginez des chambres à 6 lits au sommier recouvert d'une couverture et des bébés de quelques mois alignés dans le sens de la largeur, 4 à 6 par lit, le ventre gonflé, une perfusion dans le bras et le regard perdu, la morve, les mouches qui vrombissent autour... pas de toit, que des bâches tendues pour abriter de la pluie et, un peu, des vents de sable.

Ces enfants venaient parfois de très loin dans le sahel et souffraient de malnutrition comme leurs mères, hospitalisées souvent dans un autre service, les seins flasques vidés de toute substance nourricière. Ils étaient là soignés, reprenaient un peu de poids, leurs cheveux, blondis par le manque de nourriture, se teintaient de nouveau puis on manquait de places, leur mère, un peu remise elle aussi, voulait regagner le village et le cœur serré, nous les voyions repartir, sachant que, quelques mois plus tard, ils seraient de retour, le visage émacié de vieillard et dans un état pire que celui que nous avions connu la première fois.


Par Mimi
Volontaire de la Croix-Rouge
Cameroun/Tchad

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Tag(s) : #Ambénatna
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