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C’est un secret de polichinelle que l’engagement acharné d’un groupe de Tchadiens originaires du Sud du Tchad (Sudistes) dans l’affaire Habré est foncièrement politique. La question de violation des droits de l’homme est un douloureux prétexte utilisé par ces compatriotes pour parvenir à leur fin. Il est tout aussi évident que ces derniers ne pourront absolument rien entreprendre d’eux-mêmes sans le soutien multiforme du Président Idriss Déby Itno (tombeur de l’ex-Président Habré) et de la France. Quant aux Organisations de défense des droits de l’homme, elles restent des prestataires de services à la solde des Etats et exécutent sans état d’âme des contrats.


Véritablement, dans l’affaire Habré nous sommes en face d’un règlement de compte politique tardif. Si les intérêts de la France et d’Idriss Déby Itno dans cette fumeuse affaire sont grands comme le Tchad, les Tchadiens quant à eux ne sont pas dupes et distinguent nettement les choses. Quant aux Sénégalais, ils demeurent des éternels tirailleurs. Juger les violations des droits de l’homme uniquement sous le règne du Président Hissène Habré est une curieuse manière de lutter contre l’impunité au Tchad où le successeur de Habré n’a finalement rien changé « ni or, ni argent, ni démocratie, ni liberté, ni sécurité, ni dignité, ni droits. ».


Voir certains compatriotes du Sud s’aplatir aujourd’hui en victimes du régime Habré et nul doute demain pareil pour le régime Déby est tout simplement indigne. Comme si le Tchad n’a pas connu les affres des régimes Tombalbaye et Malloum, précurseurs de la guerre civile au Tchad. Il me plait ainsi de lever un coin du voile sur les torts qu’auraient subis nos frères Sudistes sous les différents régimes de Tombalbaye à Deby et montrer par la même occasion le cynisme et l’imposture d’un groupe d’individus sans foi ni loi sur le mystérieux martyr des populations du sud du Tchad.

 

 1ère partie



Le Tchad, à l’instar de plusieurs pays africains sous domination coloniale française, accéda à l’indépendance en 1960. Deux blocs géographiques, culturels et religieux se distinguaient nettement. Face au Sud christianisé, militarisé et alphabétisé s’oppose un Nord islamisé depuis le 11ème siècle, pastoral et commerçant, traditionnel et solidement encré dans le système de sultanat et de chefferie.


Le premier gouvernement du Tchad indépendant tiendra compte de cette réalité et comprendra des Sudistes et des Nordistes en nombre égal. Malgré ce subtil équilibrage, les antagonismes sont réels entre les deux blocs à tel point que feu Ahmed Koulamallah, leader politique et chef du parti politique MSA (Mouvement pour le Socialisme Africain), déposera devant le Conseil de gouvernement une motion réclamant la séparation du Nord et du Sud.


Une fraternité de circonstance qui volera en éclat en janvier 1962 lorsque, après avoir écarté ses concurrents au sein de son propre parti politique le PPT (Parti Progressiste Tchadien), le premier Président de la République du Tchad indépendant feu François Ngarta Tombalbaye décrète la dissolution de toutes les autres formations politiques. L’arrestation et l’emprisonnement des membres du gouvernement originaires du nord du Tchad déclenchera une émeute violemment réprimée dans les quartiers musulmans de Fort-Lamy (devenu Ndjaména). On dénombrera une centaine de morts. Ce sont les premières victimes de la guerre civile tchadienne. C’était en septembre 1963.

 

Le Tchad sous le régime du Président François Tombalbaye (1960-1975) connaîtra d’autres événements aussi tragiques que dramatiques. Une dictature féroce qui a réprimé dans le sang les populations nordistes sans distinction de genres et d’âges. La révolte des populations musulmanes du Tchad est partie de là, et l’emprunt obligataire mené par une administration militarisée a été la goutte d’eau qui déversa le vase. Une véritable insurrection populaire éclata à Mangalmé (centre-est du Tchad) et se propagea dans toutes les villes du Nord du pays. La France intervient militairement pour mater dans le sang la rébellion en gestation, nous sommes en 1965.

 

Malgré tout, le FROLINAT (Front de Libération Nationale du Tchad) est né en 1966 et se composait exclusivement de musulmans du Nord. Acculé par la rébellion armée qui s’agrandit et gagne du terrain, le Président Tombalbaye se retourna contre ses frères Sudistes qu’il accuse de fuir sur le champ de bataille. Il les juge indignes, peureux, ivrognes, voleurs, irresponsables, etc. comparativement aux Nordistes qui sont aux yeux de Tombalbaye, fiers de leurs cultures tchadiennes et islamiques, hommes d’honneur, courageux, respectueux et disciplinés, unis et solidaires, travailleurs et téméraires, ne courbent pas l’échine devant l’européen, etc. Des valeurs que Tombalbaye ne retrouve pas auprès de ses frères Sudistes et qui, seules, expliqueraient à ses yeux les victoires successives du FROLINAT sur l’armée tchadienne. Dès lors, Tombalbaye n’hésite pas, à chaque fois que l’occasion s’y prête, d’insulter à la radio nationale tchadienne (RNT) les officiers supérieurs de l’armée régulière : « Vous paradez comme le lion le jour, la nuit tombée vous devenez des hyènes ».


Exacerbé, Tombalbaye entreprit alors une véritable cure au sein de l’armée « nationale » suivie d’arrestations tous azimuts. Les principaux chefs de l’armée sont écroués. De nouveaux maîtres sont promus sur des bases purement claniques pour faire régner l’ordre et la terreur. Fort de ce contrôle terrorisant, Tombalbaye se lança dans le rituel initiatique appelé le Yendo, une sorte de « Retour aux sources » sensée inculquer aux jeunes Saras les valeurs sociales pour en faire des véritables hommes. Tout le monde y passe, obligatoirement. Ainsi, de milliers de civils, administratifs et militaires originaires du Sud du Tchad, âgés de 16 à 50 ans, sont transportés aux frais de l’Etat dans la brousse pour suivre durant des semaines ce rituel plutôt politique que traditionnel ou mystique.


Durant les deux premières années du Yendo, près de 3.000 fonctionnaires Sudistes, parmi lesquels des ministres, directeurs généraux et officiers supérieurs de l’armée, chefs d’entreprise, lycéens, ont été forcés de suivre le rite initiatique. Ils y subirent des brimades voire des tortures et furent victimes de sanglants règlements de compte. Les décès se comptent par centaines chaque année à cause de mauvais traitements, de manques d’hygiènes, de la malbouffe, des maladies tropicales, etc. Les Saras de confession chrétienne Protestante se comptent parmi le plus grand nombre des victimes. Le Président Tombalbaye était de confession Catholique. Si les Pasteurs ont publiquement décrié le Yendo, ce sont les fidèles qui ont payé un lourd tribut. En novembre 1973, tout le personnel des missions baptistes américaines, une vingtaine de personnes, fut expulsé du Tchad. Au même moment, douze (12) Pasteurs tchadiens de la région de Koumra furent arrêtés par les Compagnies tchadiennes de sécurité (CTS, police politique du régime Tombalbaye), fusillés et jetés dans une fosse commune, non loin du fleuve Chari. Une véritable campagne d’extermination a été menée contre les Saras Protestants. Il a fallu la condamnation des Etats-Unis d’Amérique pour que Tombalbaye arrête ce génocide confessionnel.


Mais le Tyran Tombalbaye ne fléchit pas malgré la gronde parmi ses frères Sudistes et la terreur noire qui écrase les nordistes. Pour booster la production cotonnière, principale source de revenus de l’Etat tchadien, Tombalbaye obligea de milliers de fonctionnaires de grandes villes du Sud du Tchad à se rendre tous les week-ends dans les grands domaines de l’Etat pour défricher gratuitement. La sinistre CTS (Compagnies Tchadiennes de Sécurité, police politique) convoyait ces hommes et femmes aux champs et n’hésitait à réprimer sauvagement toute désertion. Plusieurs centaines de cas de viols de femmes parfois mariées ont été rapportés par les missionnaires catholiques. Ce fut un véritable travail forcé digne du temps de l’esclavage.


Fort de ses exploits tyranniques, Tombalbaye immerge dans les pratiques mystiques. Ses Conseillers Haïtiens pratiquent le vodou au palais présidentiel tandis que le marabout Sénégalais (nous revoilà !) assis au coin du bureau du Tyran tire en longueur de journée sur le chapelet. Pire que tout, le griot Béninois de Tombalbaye agace tout le monde. Ce dernier crie à tue-tête les louanges de Tombalbaye en toutes circonstances tels que : « Grand compatriote », « Ngarta, number one », « Il sait tout, sans papier », « Authentique, sans papier », etc. C’est la terreur à l’état pur. Surtout quand on sait que le Président Tombalbaye travaille la nuit et dors le jour. Ses ministres et autres collaborateurs sont régulièrement réveillés en plein nuit par sa police politique (la CTS) pour venir répondre au veilleur de nuit Tombalbaye. Au mieux, c’est lui-même qui vous réveille au téléphone à 4 heures du matin !

 
A suivre …

 
Par Tahir Mahamat Toké
tahirtoke@africamel.net

Administrateur civil
Diplômé en Sciences de gestion

Ndjaména - Tchad
Tag(s) : #Articles- Affaire HH

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