Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"...La simple vérité est que, aujourd’hui, notre pays, la République du Tchad, est dans une situation d’état de non-Etat ; à la singulière différence que le pouvoir ne peut empêcher les gens de le dire pour mieux les persécuter ! Malgré ces menaces, les gens expriment ouvertement ou dans le secret leur rage de voir toutes ces bêtises prendre effectivement fin ; même si des pamphlétaires ou apologistes surfent chacun sur ce qu’ils croient être une vague, Sans hésitation aucune, je vous réponds en toute conviction, en toute raison, en toute considération, que cette rébellion-là va aboutir ; comme la Révolution française, l’Abolition de l’esclavage, la fin de la ségrégation raciale aux USA, de l’Apartheid au sud de l’Afrique…"




Quel rôle joue l’exploitation du pétrole ? Depuis 2003, il y a une exportation du pétrole au Tchad. Ne s’agirait-il pas de garantir des bénéfices pétroliers aux opérateurs français ?

D’après des informations publiques, il n’y a pas d’opérateur français en tant que tel. Les sociétés qui exploitent ce pétrole sont principalement nord-américaines et asiatiques. Ce qui laisse penser que nous sommes au Tchad dans une sorte de crise à l’angolaise. Le pétrole là-bas était exploité par des compagnies américaines, les champs pétroliers protégés par des Cubains qui défendaient le régime prosoviétique alors que des gouvernements occidentaux soutenaient l’Unita dont l’objectif était de renverser le pouvoir officiel ! Américains ou chinois exploitant du pétrole dans une des situations les plus cruellement inhumaines que connaît aujourd’hui une Afrique vieille amie du peuple français sous la protection de l’armée française ! Quelle singulière tournure de l’histoire ! Tout cela se passe après la destruction complète du pays en 1980, suite à une féroce guerre entre le GUNT (Gouvernement d’union nationale de transition) de Goukouni Oueddeï soutenu par la Libye et les FAN (Forces armées du Nord) de Hissene Habré par des gouvernements africains dits pro-occidentaux comme le Zaïre de Mobutu, le Soudan de Nymeiri… Le GUNT brille après sa victoire par une pagaille meurtrière. La première mesure prise par Goukouni au lendemain de celle-ci est d’ordonner aux combattants de piller pendant trois jours une cité totalement en ruine ; où même les murs sont laminés, même les arbres agonisentsans compter la Cathédrale qui a été brulée et la Mosquée qui a été pilonnée par des obus. Sous Habré la répression devient systématique. Le centre de liquidation et de torture DDS, dont l’on affirme que Déby et bien d’autres gens de haute tenue en faisaient partie, était dans le voisinage du Programme des Nation-Unies pour le Développement, de l’USAID… Les gens au Tchad sont plus que choqués de voir le siège de l’ANS (un des organes de répression du pouvoir actuel) où on torture, viole, humilie, spolie et tue même pour des simples questions privées se situer non loin de l’Ambassade de France, des grands hôtels... Cela explique en grande partie pourquoi les gens au Tchad sont encore subjugués par l’immense mobilisation en faveur des réfugiés soudanais du Darfour car ils estiment que ce sort est leur depuis plus de trois décennies dans leur propre pays. Inclination dont il nous est difficile d’en détourner les esprits car les gens croient qu’envers eux même la compassion est injuste. Comme le dit le Président Mitterrand il y a des choses que toutes les justifications du monde ne peuvent permettre de laisser faire. Mais notre devoir est de rappeler à nos compatriotes que la haine, la stigmatisation et le rejet de l’autre, qu’il soit notre concitoyen, notre voisin, notre ami ou non, est de tous les points de vue la pire des réparations, la pire des consolations, la pire des réactions. Pour parler à la tchadienne, le Président Tombalbaye, Malloum ce n’est pas tous les Saras, Hissene, Goukouni ce n’est pas tous les Goranes, Idriss ce n’est pas tous les Zakhawas, les Bidéyats, les Itno, Kamoungué, Açyl ce ne sont pas tous les Sudistes, pas tous les ArabesCe sont des citoyens tchadiens qui ont soit assumé le pouvoir ou été à la tête des mouvements factionnels qu’ils ont géré avec d’autres, qu’ils soient des proches ou non. Dans tous ces cas de figure nul parmi eux nest exempte de tout reproche. La guerre et ses effets continuent à détruire notre pays. Le BET, le Biltine où comme ailleurs j’ai des liens de parenté en est la pire des illustrations. Il n’y a pas une seule famille qui n’ait perdu un ou plusieurs membres.


Du point de vue
démographique, c’est bien plus qu’une catastrophe. En parcourant mon pays, je pense à ce penseur qui dit : « aucun des maux que la guerre prétend guérir n’est pire que la guerre elle-même en cela qu’elle fait en gros ce que toutes les autres calamités font en détail ». Chaque partie de notre pays témoigne de cette simple vérité. Pour l’opinion tchadienne et africaine, il semble bien, aujourd’hui encore, que les richesses minières et pétrolières soient bien plus qu’une simple malédiction car ailleurs elles contribuent à la prospérité des grandes puissances comme les USA, la ChineAu Moyen-Orient, elles permettent même mal d’équiper des zones désertiques. En Afrique, les gens sont plus qu’interloqués par les malheurs que produisent ces richesses. Après les mutilations dues au commerce de ses enfants sous l’esclavage, l’exploitation sous le système colonial, la ségrégation raciale au Sud de notre continent sous l’Apartheidaujourd’hui l’opinion tchadienne et africaine ne veut plus et ne peut plus supporter cette situation le Tchad de l’ère pétrolière... la RDC ex-Zaïre qualifiée de « scandale géologique » ou l’Algérie, la Côte d’Ivoire, le Nigeria… sont ou dans un chaos sanglant ou s’épuisent à tenter de sortir de cycles d’étranges crises politiques. L’insoupçonnable massacre en Guinée illustre hélas le seuil d’explosivité générale atteint dans la plupart des pays africain aujourd’hui. Les gens se sentent victimes d’une inhumaine cécité politique des pouvoirs en place, d’une bestiale avidité de certaines élites, d’une hallucinante acrobatie éthique de certains dirigeants politiques ou des groupes d’opinion et de pression des pays riches et puissants.

Quelles ont été les initiatives prises par l’opposition tchadienne pour changer la situation dans le pays ?

En mars 2005 nous avons tenu une conférence de l’opposition tchadienne ici en France à l’initiative de notre ami le dissident politique Ahmat Soubiane qui avec Djibrine Dasser, un autre dissident, et Idriss Déby ont été, quoi qu’on en pense, à la base de cette ouverture démocratique qui est en cause. Le gouvernement français de l’époque a autorisé ses assises et a garanti son bon déroulement. Pour nous, il s’agissait de demander au Chef de l’Etat actuel de notre pays le respect de la Constitution qui l’interdit de se représenter à l’issue de son second mandant ; terme dont il s’est sous serment public engagé à observer. Nous étions conscients des risques de déclenchement d’une spirale incontrôlable d’une contestation déjà bien à son comble dans tout et partie de notre pays. Notre action a permis un mouvement de boycott populaire, massif et essentiellement non violent du référendum constitutionnel. Hélas, le Chef de l’Etat actuel de notre pays a cru plutôt bon de supprimer cette clause. Les gens l’ont tout simplement ressenti comme un invariable mépris de l’expression de leur volonté collective souveraine. Beaucoup prennent les armes et la lutte armée reprend de plus belle car les groupes armés que nous avons convaincus d’observer un cessez-le-feu unilatéral lors des Assises de Paris repartent au maquis. De toutes parts des accusations ne cessent de fuser contre l’Union européenne, les USA, le PNUD, la France… qui d’une manière ou d’une autre ont soutenu ce curieux référendum plébiscite alors que tous proclament sans cesse que leur patronage du processus dit de libéralisation de la vie politique et publique en Afrique en général à pour objectif le progrès substantiel et le véritable respect de la démocratie et de ses règles ; même imparfaitement perfectibles ! Les explosions populaires ou armés qui se produisent çà et là expriment aussi le sentiment général que tout ce processus n’est qu’un complot contre leur existence même. En conséquence, il se développe des manières d’espérer le changement qui font frémir tout esprit un peu raisonnable ; il s’agit d’une rumeur circulant depuis des années sur la mort imminente d’Idriss Déby qui soulève une impensable attente. C’est dire les sentiments plus que durs auxquels sont parvenus certains opposants ou des gens épuisés par l’oppression. Bien pire, Idriss Déby étant, sauf bonne surprise de sa part, devenu de fait président à vie ! avec la fin de la limitation de ses mandats la conclusion de l’opinion est que même des médecins et une certaine presse notamment en France participent ainsi à une étrange désinformation. Ceci dit, la vérité, et c’est ce qui est bien plus grave : le Tchad a certes un gouvernement légal pour les uns et illégitimes pour les autres, mais tout aujourd’hui repose sur une constitution dont la lettre et l’esprit sont laminés par des bas calculs politiciens, dont il résulte une faiblesse rationnelle de tous les moyens institutionnels. Il est donc incontestablement bien plus que périlleux que le pouvoir, une certaine opposition et des partenaires de notre pays continuent à croire qu’un simple formalisme surfait suffit à remédier à une telle réalité politique.

D’où la rébellion armée ?

C’est faire preuve d’un dangereux amalgame que de ramener toutes les rébellions ou insurrections à cela. L’usage de la force comme principal moyen de monopoliser ou de conquérir le pouvoir a commencé avec le coup d’Etat de 1975 et le processus démocratique engagé en 1990 devait mettre fin à cette tradition politique. C’est cet incontestable échec d’Idriss Déby qui est à la base de tous les mécontentements car les rivalités pour le contrôle du pouvoir ont débuté très tôt au sein du MPS.

Elles se sont soldées par des chocs armés suivis d’épurations sanglantes. Ceux qui ont perdu ont regagné le maquis où s’activaient par ailleurs des fidèles du pouvoir précédent ainsi que des foyers résiduels de divers anciens groupes armés du GUNT. La preuve par l’absurde est que des grands camarades d’aujourd’hui peuvent être aussi des ennemis jurés d’hier. Des reflexes politiques liés à une longue pratique de la lutte armée laissent penser que certaines personnes, tant du côté du pouvoir que de cette opposition-là, ont même oublié qu’il est malgré tout possible et préférable de créer les conditions d’une compétition politique pacifique. Ceci dit, le climat d’insurrection quasi-générale actuel est largement dû aux pratiques et méthodes brutales du pouvoir qui trouve des arrangements avec des partis, des syndicats, des journalistes d’opposition et même des défenseurs des droits humains ! Cela a fait naître chez les gens une conviction que les rapports entre le pouvoir et la classe politique ne sont qu’une sorte de soumission volontaire et intéressée de cette dernière basée sur un marchandage où se vend leur dignité, leur intégrité, leur fierté d’être humain. Tout ceci a pour effet de déconsidérer l’espace démocratique et de minimiser l’expression républicaine civile en faveur de la solution armée et a conduit notre pays vers une attitude suicidaire, celle d’une triple méfiance vis-à-vis : du pouvoir, des divers opposants et de l’extérieur.

Mr Soubiane, le Pr Balaam… et moi-même avons organisé la « Conférence de Paris » pour que le pouvoir n’y sombre pas. Sa réaction a été conforme à sa logique politique ; celle de la plupart des chefs de partis, des syndicats autonomes, des ténors de la société civile, de la presse d’opposition a été nettement contraire aux discours plus qu’hostiles à l’égard du pouvoir à laquelle ils ont habituée la population. Certains partisans exclusifs de la lutte armée s’en sont détournés parce qu’ils ne croient pas en la capacité d’autres Tchadiens qu’eux-mêmes à dire non autrement et à résister à leur façon. Divers autres y ont adhéré pour s’en servir à des fins qui n’ont rien à voir avec les aspirations légitimes des gens dans notre pays : ne sachant pas que l’intenable mouvement immobile dans lequel s’est installé le pouvoir n’y trouve rien ; même pour s’en renforcer davantage. À cette longue impasse politique a été imbriquée la crise du Darfour, un autre drame africain avec ses spectaculaires relents morbides qu’accompagne une exploitation hystérique et hallucinante. Comment et pourquoi faire croire à des Tchadiens qui souffrent depuis des décennies de conditions d’existence qui, à moult égard, frisent l’inhumanité que leur salut et les maux de leur pays se règlent après la tragédie de leurs frères africains du Darfour qui persiste malgré la plus impressionnante diligence des puissants pays. Le Gouverneur Obama s’est rendu au Tchad pour voir le Darfour ! (Pour être un futur bon président français, l’on doit se montrer solidaire avec… un chef de groupe armé du Darfour !...) Tout cela produit le plus terrible des résultats : l’affaire dite de l’Arche de Zoé. Le monde entier est tétanisé par l’enlèvement de 103 enfants présumés survivant de familles exterminées par une association humanitaire à des fins de sensibilisation ! Pour les gens au Tchad, en Afrique, dans le monde et surtout des sincères familles solidaires de France la manipulation a atteint un seuil bien plus qu’intolérable en cela qu’elle n’épargne même plus l’extrême limite de l’innocence ; c'est-à-dire l’enfance. Ce sont toutes ces choses-là qui amènent les gens à opter encore pour des actions violentes ou extrêmes. Hélas, ici également l’attitude des dirigeants français a plutôt décuplé le mécontentement déjà débordant. Mais fait hautement remarquable, malgré tout cela, en plus des assassinats, persécutions et éloignement des opposants, les douleurs des mépris et des humiliations multiples du pouvoir, les Tchadiens n’ont pas été tentés par le terrorisme existant même dans des pays dits parfaitement démocratiques. Toutes choses égales par ailleurs, l’engagement de la plupart des insurgés relève plutôt d’une réaction spontanée ; préférant ainsi être assimilés à des brutes moyenâgeuses que des adeptes de la violence réfléchie ou des nobles consciencieux qui entretiennent des tyrannies. Ceci dit, au lendemain de la Conférence de Paris nous nous sommes retrouvés face à la question suivante : comment continuer notre combat que nous pensons juste, utile et nécessaire pour notre pays et pour nos concitoyens ? Soubiane rejoint les insurgés armés pensant contribuer avec ceux-ci à la construction d’une insurrection nationale républicaine raisonnable. C’était sans compter avec les pesanteurs extérieures et certaines contingences subjectives encore en cours dans ces milieux. De l’intérieur, le Professeur Balaam et d’autres amis s’efforcent de canaliser les potentialités d’une contestation explosive vers un élan citoyen et fédérateur de changement. Je ne pense pas qu’en ce qui me concerne il y ait quelque chose de bien plus intéressant à ajouter. Le bellicisme, ayant cours aussi bien dans les rangs du pouvoir que dans celui des groupes armés, conduisent aux féroces affrontements de 2008 et de 2009. Face à la nouvelle ampleur des désastres occasionnés, nous en appelions à une cessation de ces hostilités et à l’ouverture d’un dialogue politique mais aussi au départ d’Idriss Déby du pouvoir. L’Union africaine, l’Union Européenne et la France préconise une solution de paix pour amorcer un nouveau processus démocratique au Tchad. Soubiane rassemble et convainc une partie des groupes armés à souscrire à cette solution car, par ailleurs, le Pr Balaam est victime d’une tentative d’enlèvement par le pouvoir dans son village à 300 km de la Capitale bien après la fin des combats entres les forces loyalistes et les insurgés. Il quitte clandestinement le pays et se réfugie en France. Son collègue universitaire, le Dr Ibn Oumar Mahamat Saleh, porte-parole des partis légaux d’opposition engagés avec le pouvoir dans un processus électoral initié par l’Union Européenne ! est enlevé dans ces mêmes circonstances. Il reste toujours disparu.

Le mouvement rebelle a-t-il des chances d’aboutir ?

Ce n’est pas un seul mouvement qui s’oppose au pouvoir mais un regroupement de plusieurs groupes armés. En diverses sous-alliances ils ont investis par deux fois la capitale. Apparemment, il semble qu’il tente une union moins superficielle que par le passé. En revanche, tout comme il est absurde de croire que le pouvoir tel qu’il se comporte jusque-là à des chances de se maintenir, il est non moins absurde de croire qu’une victoire de la rébellion comporte en elle une solution miracle ; car depuis le coup d’Etat de 1975 les efforts pour confisquer ou conquérir le pouvoir pour le pouvoir ont fini par échouer. Dénoncer l’autocratie du pouvoir n’exclut pas une autocritique objective, lucide et nécessaire de l’insurrection. L’une ne suffit guère à l’autre. Du côté des groupes armés, d’aucuns pensent que, puisque le pouvoir est affaibli et que la désaffection est générale dans l’ensemble du pays, il suffit de le renverser et la situation est réglée, tandis que du côté du pouvoir d’aucuns pensent qu’il suffit de faire patiner les insurgés armés et, comme hier, liquider les potentialités démocratiques bien crédibles dans le pays réel et la stabilité, la démocratie et même la paix peuvent continuer ainsi d’être proclamées. Tout ce beau monde sait bien aujourd’hui que non seulement il se trompe mais qu’il ne peut tromper personne au Tchad. Les Tchadien(ne)s ont vécu, d’avril 1975 à décembre 1990, la chute du premier et seul Président civil de la République et quatre autres chefs d’Etat. Les gens vous le disent ouvertement que ni l’authenticitisme du MNRCS (Mouvement national pour la révolution culturelle et sociale), ni le tirabarisme de la junte militaite du CSM, ni le révolutionnarisme du GUNT, ni l’indépendantisme de l’UNIR (Union nationale pour l'indépendance et la révolution) n’ont suffit à maintenir Tombalbaye, Malloum, Goukouni, Habré au pouvoir à vie. Et, sans conteste, pour dire un peu comme Eli Domota, pour eux, ce n’est pas le kaléidoscopique attirail de profitationnistes MPS (Mouvement patriotique du salut) devenus plus riche que l’ensemble de notre pays qui peut produire l’inverse. Du reste, 20 ans après, c’est le Chef de l’Etat actuel de notre pays lui-même qui, de manière expéditive et spectaculaire, à choisi quelques-uns, parmi lequel le chef de son propre parti et principal membre de son cabinet officiel, pour les jeter en prison. Nous ne le répéterons jamais assez, les filles et fils de notre pays sont tous ensemble profondément marqués par les interminables et insupportables souffrances engendrées par les dérives tyranniques des gouvernants successifs et qui ne cessent de s’amplifier. La simple vérité est que, aujourd’hui, notre pays, la République du Tchad, est dans une situation d’état de non-Etat ; à la singulière différence que le pouvoir ne peut empêcher les gens de le dire pour mieux les persécuter ! Malgré ces menaces, les gens expriment ouvertement ou dans le secret leur rage de voir toutes ces bêtises prendre effectivement fin ; même si des pamphlétaires ou apologistes surfent chacun sur ce qu’ils croient être une vague, Sans hésitation aucune, je vous réponds en toute conviction, en toute raison, en toute considération, que cette rébellion-là va aboutir ; comme la Révolution française, l’Abolition de l’esclavage, la fin de la ségrégation raciale aux USA, de l’Apartheid au sud de l’Afrique… Et c’est dans cette perspective-là que nous continuons à nous engager en tentant de rassembler les acteurs et potentialités capables de contribuer à l’impulsion d’une démarche raisonnable, compréhensible et partagée pour qu’elle se réalise dans l’entente, la paix et la liberté. Le mal qui a été fait a été fait. Il faut que de tous les côtés on ait le courage de dire : « Hélas, nous l’avons fait ». « Ce que demande le peuple tchadien, c’est que son pays soit viable, vivable, viabilisable ». Pour cela le Tchad ne manque ni d’enfants ni de talents. C’est pourquoi, l’Accord de Tripoli entre le pouvoir de Mr Idriss Déby et le Mouvement National de Mr Ahmat Soubiane, sous l’égide de l’Union Africaine, de l’Union Européenne est observé comme un pas déterminant par toute l’opinion nationale et africaine.

Quelle est l’intérêt du Soudan à soutenir les rebelles ?

En Afrique aussi des conflits avec des pays voisins servent parfois d’exutoire pour des difficultés internes. La crise dite du Darfour est le genre de problèmes qui surgissent dans des contextes sociétaux isolés, démunis où les gens sont ainsi abandonnés aux aléas de la nature. Ce n’est un secret pour personne que cette région est l’une des plus enclavées de l’Afrique. Une Afrique où, aujourd’hui encore, la pauvreté et la maladie sont la première ressource durable la mieux partagée par l’écrasante majorité des gens. Et le Tchad, notre pays, est tout entier dans cette situation-là. L’irrédentisme affiché ou non de certains groupes armés et autres coteries politiques au Tchad ou au Soudan instrumentalise aussi cette réalité-là. C’est dire combien cette phrase du Général De Gaule a toujours tout son sens : « Il n’y a eu de pays que par l’Etat, il ne peut se maintenir que grâce à lui ». Rien n’est plus capital que la légitimité, les institutions, le bon fonctionnement de l’Etat. Pour les gouvernants soudanais, les rebelles tchadiens servent de contrepoids aux rebelles soudanais soutenus par les gouvernants tchadiens. C’est plus qu’un crime contre l’Afrique car cela peut provoquer une fatale balkanisation de notre continent. C’est pourquoi la CEN SAD, L’Union Africaine, l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Organisation de la Conférence Islamique, l’Union Européenne, les Nations-Unis, institutions dont sont membres le Tchad et le Soudan appellent à la fin de ce conflit. À cet effet, un effort est entrepris par les dirigeants africains, européens, américains, russes, chinois pour restaurer la paix. Par delà nos divergences, les autorités de notre pays peuvent compter sur notre franche disposition à être à leur côté dans cette direction-là. Trop de choses ont déjà été dites sur ce sujet-là et sur tous ceux que nous évoquons. Pour ma part ceci m’inspire une confidence faite un jour par le Général De Gaule à André Malraux : « Jamais, en si peu de temps, je n’ai entendu des sons aussi discordants, aussi discontinus… »

(Interview réalisée en Île-de-France)

Tag(s) : #Politique