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Alors qu’approchent des élections au Soudan, le président El Béchir a signé un accord avec un important groupe rebelle du Darfour tout en poursuivant les combats contre un autre groupe.
« La crise au Darfour est finie, la guerre au Darfour est terminée… Le Darfour est maintenant en paix », a affirmé mercredi 24 février le président soudanais Omar El Béchir, au lendemain de la signature d’un cessez-le-feu avec le plus puissant groupe rebelle de cette région de l’ouest du pays, le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM).

Au même moment, les forces progouvernementales menaient une violente offensive contre un autre groupe rebelle, relativisant la « paix » annoncée. L’ONG Médecins du monde (MDM) a été contrainte de suspendre mercredi ses opérations dans la région concernée, le Jebel Marra. « Déribat, ville de 50 000 habitants, a été attaquée ce mercredi, provoquant la fuite massive de la population et portant à plus de 100 000 le nombre de déplacés sur la zone », a annoncé MDM.

Une « paix définitive » d’ici au 15 mars
« L’armée utilise l’artillerie lourde et effectue des bombardements aériens », a affirmé un responsable de l’Armée de libération du Soudan d’Abdelwahid Nour (SLA-Abdelwahid). Figure historique de la rébellion au Darfour depuis la fin des années 1980, ce dernier a fédéré des milices pour créer en 2003 la SLA, qui a été la première à mener des opérations armées contre le gouvernement pour réclamer une meilleure répartition des richesses et du pouvoir. Une faction de la SLA a signé en 2006 un accord de paix avec le gouvernement, ce qui marqua le début de la fragmentation de la rébellion.

Le JEM, avec qui le gouvernement a signé mardi à Doha un accord politique prévoyant un cessez-le-feu et une « paix définitive » d’ici au 15 mars, est l’autre principal mouvement rebelle du Darfour. Armé à outrance par N’Djamena, le JEM a combattu aux côtés de l’armée tchadienne pour repousser les offensives des rebelles tchadiens, soutenus, eux, par Khartoum. Rebelles tchadiens et soudanais ont mené des actions d’éclat, lançant des offensives jusqu’aux portes des deux capitales.

Abdelwahid Nour refuse «une paix politicienne»
Les autorités soudanaises ont libéré mercredi 57 membres du JEM arrêtés après l’attaque menée en mai 2008 contre Omdurman, la ville jumelle de Khartoum. Cent cinq membres du JEM avaient été condamnés à mort par des tribunaux pour leur participation à cette attaque, dont deux demi-frères de Khalil Ibrahim, chef du mouvement rebelle, qui devrait être intégré au pouvoir après la signature d’un accord de paix définitif. Le président El Béchir a garanti que les autres détenus, dont les deux demi-frères de Khalil Ibrahim, seraient libérés à la signature d’une paix définitive.

L’accord de Doha entre Khartoum et le JEM survient avec pour toile de fond le réchauffement des relations entre le Soudan et le Tchad. Plus vaste pays d’Afrique, le Soudan doit tenir du 11 au 13 avril ses premières élections multipartites depuis 1986. Aux yeux de nombreux observateurs, le président El Béchir tient à se présenter aux élections comme le candidat de la paix après avoir été inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale.

Ne reste sur son chemin qu’Abdelwahid Nour, qui refuse « une paix politicienne » visant à « obtenir des postes au gouvernement », mais qui, exilé de longue date à Paris, semble de plus en plus contesté par ses lieutenants.

Laurent D’ERSU
Tag(s) : #Politique

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