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wadeLa candidature du vieux Président Abdoulaye Wade (90 ans HTVA) pour un 3ème mandat constestée par l'ensemble de la classe politique et la société civile sénégalaise, a fini par plonger le Sénégal dans une situation quasi insurrectionnelle.

 

Le 27 janvier dernier, le Conseil Constitutionnel a validé la candidature du Président sortant malgré que tous les Constitutionnalistes Sénégalais et étrangers qui se sont penchés sur la question de sa recevabilité avaient disqualifié d'office Me Abdoulaye Wade de cette élection présidentielle. Rappelons que le concerné lui-même avait déclaré lors d'une conférence de presse tenue en 2007 qu'il ne pourra se présenter à l'élection présidentielle de 2012 parce que la Constitution (qu'il a lui même fait adopter) ne lui autorise pas. Puis, volte-face, en décembre 2011, Me Abdoulaye Wade revient sur sa déclaration et impose sa candidature à son parti. Les Magistrats, les forces de défense et de sécurité, les marabouts et une partie de la presse sans oublier les mercenaires étrangers ont tous été gracement soudoyés par le pouvoir Wade. 

 

Refusant ce fait qu'ils qualifient de coup d'Etat constitutionnel, les partis politiques de l'opposition organisés autour du mouvement M23 décident de battre campagne contre la participation d'Abdoulaye Wade à cette élection et en même temps déroulent leur propre programme. Cette stratégie, pour la moins paradoxale, conduit à des rassemblements monstres et vue la tension qui y règne, les provocations et affrontements avec les forces de l'ordre (au service du pouvoir) sont inévitables. Déjà on compte pas moins de 8 morts et plusieurs dizaines de blessés parmi les manifestants. Il faut signaler qu'un policier a été lapidé à mort lors d'un heurt avec les jeunes manifestants.

 

Cantonnés dans les premiers jours à la périphérie de Dakar, les manifestants ont progressivement infiltré le centre ville et notamment la place de l'indépendance qui se trouve à une encablure du palais présidentiel. A une semaine du vote, les affrontements sont quasi quotidiens à Dakar et dans les principales villes du pays avec chaque jour son lot de dégâts matériels, de blessés et de morts.

 

Vendredi dernier, après la prière de l'après midi, la police a poursuivi les manifestants jusque dans les alentours de la mythique mosquée de la confrérie Tidjane, la plus importante du Sénégal. Pire, la police a délibéremment bombardé la mosquée avec des gaz lacrymogènes (voir vidéo ci-dessous) pour déloger les quelques manifestants qui y ont trouvé refuge.

 

 

 

Suffisant pour provoquer l'hystérie collective de tous les fidèles Tidjanes blessés dans leur âme et chair par cet acte de profanation de leur mosquée. Ils sont descendus massivement dans toutes les villes pour exprimer leur colère et exiger la démission du Président sortant et de son Ministre de l'intérieur. Ce dernier, dépêché dans la capitale de la Tidjania pour présenter les excuses du gouvernement au Khalif de la confrérie, a été pris en otage durant 9 heures de temps par une population en fureur qui après avoir saccagé son cortège a voulu lui faire la peau. N'eut été l'intervention expresse des forces spéciales qui sont parvenues à l'exfiltrer de la résidence du marabout dans un char puis par hélicoptère.

 

Les heures qui passent traduisent une situation quasi insurrectionnelle dans tout le Sénégal. Les Etats-Unis et la France avaient très tôt demandé à Abdoulaye Wade de privilégier la transition générationnelle, une invitation politiquement correcte à ne pas se présenter à cette élection. L'Union Africaine entre aussi dans la danse et annonce l'arrivée très prochaine à Dakar de son émissaire, l'ancien président Nigerian Olésegun Obasanjo, pour raisonner le vieux président Sénégalais à préserver la paix et la démocratie.

 

Pour l'heure, c'est une véritablement intifada qui se déroule dans les quartiers et villes du Sénégal. Les forces de défense et de la sécurité (Police, Gendarmerie, Armée) ont voté par anticipation ce samedi et dimanche. Le taux de participation est inférieur à 13%. Un boycott qui ne dit pas son nom et constitue un signal très fort de l'armée envers le pouvoir.

A moins d'une semaine du vote du 26 février, le candidat sortant contesté n'a pas encore réussi à organiser un seul meeting dans la capitale Dakar qui représente à elle seule près de 40% de l'électorat. Face à des candidats de poids lourd comme Moustapha Niasse (AFP) et Ousmane Tanor Dieng (PS) pour le bloc socialiste et Idrissa Seck (Rewmi) et Macky Sall (APR) pour le bloc libéral, il est mathématiquement impossible que le parti d'Abdoulaye Wade passe au premier tour. Or, au second tour, le parti au pouvoir n'a aucune chance de gagner face à la coalition M23. C'est ce qui explique les rumeurs distillées ces derniers jours sur la victoire au premier tour de Wade avec un score de 53%.

 

Finissons par constater le black out total des médias français comme France24, TV5Monde, Itélé, TF1, Africa24, RFI, etc. sur ces manifestations d'une gravité sans pareille comparaison dans un pays d'Afrique noire francophone. Pourtant leurs correspondants sont bien présents sur les lieux mais silence radio. On se rappelle comment ces mêmes médias ont couvert les récentes révolutions arabes et continuent de pomper sur le cas de la Syrie. En revanche, les chaînes de télévision sénégalaise et les sites Internet ont brillamment relevé le défi de la couverture médiatique.

Au-delà donc des considérations très politiciennes, il faut dire que la sous-région de l'Afrique de l'Ouest est encore bien instable : la Côte d'ivoire et la Guinéé connaissent un semblant d'accalmie, tandis que le Niger et la Mauritanie sont toujours en alerte maximale face à la menace d'AQMI. Au Mali, c'est la grande débandade de l'armée, les rebelles Touaregs lourdement armés en Lybie règnent en maître absolu sur tout le grand nord. Dans tous ces pays, la France a une responsabilité directe. Aussi, utilise t-elle le Sénégal comme base arrière pour accueillir ses ressortissants et à partir duquel elle organise tous ses coups.

 



Tag(s) : #International

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