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Par Dr Jean-Prosper BOULADA, Président du Front Uni pour une Alternance Démocratique au Tchad (FU/ADT)



Cher compatriote, sur le site Ambenatna du 26 avril 2011, je lis ton indignation par rapport à la couverture médiatique de Africa 24 de la Présidentielle tchadienne. Je ne t’aurai jamais répondu si ton intervention se limitait à la juste critique de la déontologique journalistique. Mais quand tu dis que “ le moment viendra où vous ne serez pas épargné“, cela ressemble à des menaces. De même que ton souhait de voir le CSA français prendre des mesures punitives à l’encontre de Africa 24 pour l’interdire d’émettre, c’est tenir des propos disproportionnés et gravissimes. La question que tu poses celle de l’indépendance de la ligne éditoriale d’une télévision à vocation mondiale, n’est pas simple. Pour  juger, il faut connaître le rapport de forces en présence. Pour la fierté des Africains et du continent, Africa 24 veut rentrer dans la cour des grands. Le problème avec quels moyens ?

Avant de répondre sur le le fond de ton indignation, regardons ce qu’en pensent les dirigeants politiques africains par rapport à la liberté de la presse et des moyens d’information de masse en général.

Je suis l’un des premiers membres de la diaspora à me poser de questions sur l’absence d’une chaîne d’informations en continu à l’africaine du type Al Jazeera, car nous en avons assez des télévisions occidentales qui considèrent toujours que l’Afrique, n’a aucune visibilité. Nous voulons savoir ce qui se passe sur le continent, bonnes ou mauvaises nouvelles. Nous voulons qu’on nous livre des informations brutes, fussent-elles biaisées, peu-importe, nous saurons faire le tri. L’image, le manque d’image de l’Afrique, nous est insupportable, ce silence radio sur tout ce continent, berceau de l’Humanité, de la Civilisation et des Richesses, nous est insupportable.

L’occasion m’est donnée de formuler de façon précise cette question, au cours d’un débat centré sur Media et Développement en Afrique, organisé en 2008 à Strasbourg, par les JED (Journées Européennes de Développement), auxquelles ont assistés les décideurs politiques africains. Il a été question de l’image de l’Afrique en Europe et de l’Europe en Afrique, de coopération Nord-Sud dans le domaine des media, d’outils de communication, de multimédia, de transfert de technologie...

Tout de même, grande fût ma surprise, car pour une conférence traitant des media, il est plus qu’étonnant que pas un mot n’ait été dit sur la réalité des dictatures africaines, le « muselage » de la presse, des journalistes emprisonnés, des locaux de la presse indépendante saccagés avec confiscation de leurs matériels informatiques... Ma question s’adressa plus directement à M.Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine :
Monsieur le Président, puisque nous sommes dans le vif du sujet “Media et Développent”,  quand l’Afrique va-t-elle se doter d’une chaîne d’information internationale en continu, une Al Jazeera africaine qui pourrait concurrencer CNN, LCI, France 24 et bien d’autres ? ...“

 
La réponse du Dr Jean Ping,  qui fut un certain temps, ministre de l’information dans le
gouvernement de Omar Bongo Odingba, fut plus qu’étonnante :

Vous savez, la presse en Afrique est sujette à beaucoup de cautions. Il est difficile pour elle de garder sa ligne éditoriale vraiment indépendante. Les hommes politiques, les hommes d’affaires règlent leurs comptes par la corruption des journalistes. Un ministre qui n’est pas content de son collègue dans le même gouvernement, paie un journaliste qui publie des articles compromettants sur lui et le traîne dans la boue. Tel autre homme d’affaires fait la même chose contre son concurrent. Même le citoyen lambda  s’y met. Il suffit d’avoir de l’argent. Beaucoup de chemin reste à parcourir pour que notre presse soit véritablement indépendante.

Pour ce qui est d’une  chaîne d’informations en continu du type Al Jazeera, nous sommes pour le principe. Nous en avons assez de l’image que les Européens ont de nous. Nous voudrions avoir une chaîne d’informations en continu à caractère international pour analyser la manière dont nous percevrons les Européens et le monde avec nos propres critères. Cette chaîne,  pour être indépendante dans sa ligne éditoriale, doit appartenir au secteur privé. C’est dire que l’initiative doit venir
du secteur privé et l’Union Africaine est prête à apporter sa contribution
”.

Oui, Jean Ping avait raison, l’initiative était finalement venu du secteur privé. Et un an jour pour jour,  Constant NEMALE,  fonda le 12 mai 2009, Africa 24.

Africa 24 voit grand. Elle envisage fin 2011 d’émettre en trois langues : français, anglais, arabe en ayant comme concurrents directs Al Jazeera, CNN, BBC World, France 24, Deutsche Welle.

Le problème, avoir des ambitions, c’est une chose, avoir les moyens de ses ambitions,
c’en est une autre. Pour se situer rien que dans un espace franco-africain, disons tout de suite que  Africa 24, a courageusement réussi à faire  face à cette holding de l’audiovisuel extérieur français qui regroupe France 24, RFI et TV5-Monde.

On ne peut comparer que des choses comparables. Pour ne prendre que France 24, malgré la pub (700 euros, la minute), c’est l’Etat français qui finance intégralement le budget de son fonctionnement annuel à raison de 90 millions d’euros contre 5 millions d’euros à  Africa 24 (http://perledediamant.blog4ever.com/)

France 24 est une télévision que les pauvres contribuables français financent mais ne la regardent pas. Ce fut le bébé de Chirac, mais adopté aujourd’hui par Sarko, pour lancer sa guerre médiatique contre les Africains et apparemment tu sembles apprécier la tonalité.


Qui finance Africa 24 ?

Constant NEMALE dit qu’il est majoritaire dans le capital, mais ne fait pas de mystères que certains mécènes, dirigeants africains ou dictateurs financent Africa 24. C’est qu’il faut constamment avoir à l’esprit, c’est quand Idriss Deby ou Paul Biya ou tout autre dirigeant ou dictateur africain donne de l’argent à Africa 24, c’est avant tout  l’argent du contribuable tchadien, camerounais ou du contribuable citoyen lambda de tout autre
Etat africain. Africa 24 n’a pas à rougir pour l’accepter.

Nous osons espérer que cette “aide” et/ou actionnariat/partenariat pour le rayonnement de la télévision panafricaine d’informations en continu, n’est assorti d’aucune conditionnalité.

A mon humble avis, Africa 24 est plus courageuse que France 24 dans le traitement des informations. Prenons un exemple : à l’occasion du fameux cinquantenaired’indépendance” du Tchad, Africa 24, a donné la parole tout de même à l’opposition politico-militaire, en la personne de  M.Acheikh Ibni Oumar, qui a longuement expliqué l’échec patent du Tchad dans la réduction de la pauvreté avec les revenus du pétrole.

Par rapport à la Présidentielle tchadienne du 25 avril 2011, les jeux sont faits depuis longtemps. C’est une élection sans enjeu majeur. Et c’est à juste titre que l’opposition dite démocratique s’accorde à dire que c’est une compétition où Idriss Deby se retrouve en face à lui-même. Africa 24 ne doit pas  couvrir cette présidentielle au prétexte que Idriss Deby est un dictateur ? Elle ne peut pas faire deux poids, deux mesures alors qu’elle couvre déjà tout scrutin électoral en Afrique. Ce n’est pas à elle de choisir nos dirigeants.

Mais la programmation de Africa 24 pendant cette présidentielle sur l’Art, la Mode et la Musique tchadiens, ou nous découvrons que notre pays, regorge des talents qui ne sont pas soutenus par le pouvoir comme il se doit, m’a agréablement intéressé.

Oui, nous regrettons que Africa 24 n’ait pas pu donner plus de paroles à cette opposition ni même à cette diaspora tchadienne qui a tant de choses à dire.

Nous regrettons que Africa 24 n’ait consacré le moindre flash d’infos sur la manifestation de la diaspora tchadienne et des amis français du Tchad devant notre ambassade à Paris le 25 avril  2011 pour stigmatiser cette mascarade électorale.

Nous regrettons que dans sa programmation hebdomadaire, qu’il n’y ait pas suffisamment de débats d’idées et  des débats contradictoires sur tous les sujets intéressants le continent et qui requièrent les expertises des Africains de talents de l’intérieur du continent comme ceux de la diaspora.

A sa décharge, Africa 24 est à l’image de l’Afrique, cette Afrique, qu’est l’UA, incapable de résoudre la moindre crise, incapable de faire une majorité de blocage sur les questions majeures dont leur faiblesse face à l’Occident, met constamment en péril le devenir du continent.  Une UA toujours à la traîne de l’Occident et ridiculisée par la même occasion.  

Sais-tu que 80% du budget de l’UA, est financée par l’UE ?

Au risque de te décevoir, Africa 24 refuse de prendre position sur les grands sujets qui
minent l’Afrique. Africa 24 est à l’information audiovisuelle, ce que la conférence de Bandung l’est en politique jadis, pour les non-alignés. Elle ne prend position ni pour l’un ni pour l’autre.

Son positionnement est tout à fait compréhensible.
Seul l'avènement des Etats-Unis d’Afrique est à même de créer les conditions favorables pour une chaîne réellement panafricaine d’informations en continu, dégagée de toute contingence, avec une ligne éditoriale sans langue de bois et où il faut appeler un chat, un chat, une dictature, dictature.

D’ici là, nous devons accepter que la prise de conscience des problèmes de l’humanité
soit progressive et qu’à chaque étape, nous devons nous satisfaire de la somme positive des actes posés au quotidien : Africa 24 l’a posé.
 

 


Par Dr Jean-Prosper BOULADA

Tag(s) : #Ambénatna

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