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Bien sûr, le plus difficile commence, mais le plus pénible s'achève. Certes, l'avenir sera riche de désillusions, mais le passé interdisait les rêves. Sans conteste, demain est un baril de poudre, mais hier ne fut qu'un tonneau de sang, empli durant quarante-deux ans aux veines du peuple. En Libye, l'aube de la démocratie est, comme tous les matins du monde, ce moment où la rosée froide des responsabilités se pose sur la nuque des combattants. A la fraternité de la poudre vont succéder les rivalités et les jalousies ; les assauts pour prendre une ville, un quartier, un immeuble vont céder la place aux manoeuvres pour conquérir un poste, un mandat, une prébende. Le temps de l'héroïsme s'achève, dont la mort égrène les minutes, celui de la banalité commence, où la vie va donner le rythme en comptant les mesquineries. Il n'y a plus de chevauchées en Libye, il n'y a plus que des écuries. A nettoyer.

 

La guerre de Tripoli a bien eu lieu, mais il n'est pas d'Agamemnon capable d'unir les rebelles dans cet âge laïque qui s'appelle l'après-guerre. Cités grecques jadis, tribus libyennes de nos jours, elles sont face au même défi d'unité à préserver, de pays à reconstruire. Les dangers sont multiples alors que, du désert, surgira bientôt un édifice politique fragile comme le sable : si l'attention internationale faiblit, si le soutien guerrier n'est pas suivi d'une aide à la paix, un putsch répondra à un coup d'Etat, les divisions deviendront fractures et la justice, règlement de comptes. Alors un nouveau Kadhafi surgira, terrible bégaiement de l'Histoire, issu d'une tente parmi d'autres.

 

Les Libyens ne sont pas les seuls à devoir veiller au grain démocratique : les puissances occidentales et leurs chefs, ces "colibérateurs" du pays, ont une triple responsabilité.

 

D'abord, ne pas cesser d'encadrer les nouveaux dirigeants dans la construction de l'échafaudage politique, pour que ne s'installent ni le tribalisme, ni le militarisme, ni l'islamisme - l'Europe ne l'a pas fait en Tunisie, où déjà boitent les bonnes intentions.

 

Ensuite, sans esprit colonial, France et Grande-Bretagne ont le droit et le devoir d'aider les Libyens à gérer leur pétrole. Déjà Russes et Chinois, hier avocats empressés de Kadhafi écorchant les reins de l'Otan, s'avancent pour lécher l'or noir qu'ils ne méritent pas. Courageux dans le conflit, ne soyons pas naïfs après le cessez-le-feu. Enfin, parce que le printemps arabe ouvre une nouvelle saison géopolitique sur toute la terre, c'est à l'Europe, et d'abord à la France, de poursuivre l'initiative et de tout changer : l'Otan doit être remplacée par une Défense européenne, l'Union pour la Méditerranée doit être relancée et la paix au Proche-Orient, être assurée par la reconnaissance d'un Etat palestinien aux Nations unies et la garantie de la sécurité israélienne par une force internationale. Immense chantier !

 

Nicolas Sarkozy a eu le salutaire réflexe de sauver Benghazi, et permis à la France de mener une guerre juste et victorieuse. Aura-t-il la patience de la diplomatie ? Il faut un Yalta pour ordonner cette première moitié du xxie siècle : ne manquons pas le rendez-vous de Tripoli.

Source : L'Express 

Tag(s) : #Politique

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