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La crise malienne a plongé les pays occidentaux que sont la  France  et les  Etats Unis dans une grosse inquiétude qui va, sans cesse, crescendo tellement la question semble inextricable, les enjeux multiples et la résolution  difficile. Plus le temps passe, plus la situation se complique. Personne ne sait ce qu’il faut faire exactement et les positions des différents intervenants sont contradictoires,  car, les intérêts des uns et des autres sont différents.  Revue des troupes.

Les premiers concernés : Les Maliens,  n’ont plus d’Etat, le tombeur de ATT a accepté de céder la place au Président de l’Assemblée Nationale, mais garde une capacité militaire importante et refuse certaines décisions qui visent à l’écarter de la scène politique ou à limiter ses pouvoirs et prérogatives de fait. L’armée malienne est disloquée sans matériels de guerre, donc totalement  hors circuit. Les Officiers réclament des moyens importants pour aller au combat. Les occidentaux refusent de leur donner des moyens au prétexte que c’est du temps perdu et qu’ils ne pourront pas reconquérir le  Nord Mali.

La France et les Etats Unis sont partisans de la guerre, mais dans la perspective de leurs propres intérêts, pour le moins assez éloignés des attentes maliennes. Ces deux puissances s’inscrivent, principalement, dans une logique d’élimination de tous les groupes islamistes, affiliés à AL QAIDA ou soupçonnés comme tels. La première initiative fut d’activer la CEDEAO et de lui faire jouer le même rôle qu’à ABIDJAN, avec la grosse différence qu’au Nord Mali, c’est une guerre totale qui les attend. Les forces françaises ne peuvent s’engager d’une part parce que leurs otages sont toujours entre les mains d’AQMI et d’autre part, l’échec du commando français envoyé pour libérer les otages, a fait perdre confiance  à l’état-major français.

Les Américains qui ont une base militaire dans la zone frontalière entre le Mali et le Burkina  observent et cherchent à faire sortir tous les loups du bois ou du désert avant de tenter  de les éliminer.


L’Algérie est un acteur très important dans la crise malienne. D’ailleurs, François Hollande a récemment déclaré que la solution de la crise malienne « se trouve à Alger ». Le Ministre des Affaires étrangères français, Fabius, est en visite à Alger en ce moment. Au  Mali, on laisse entendre que le chef d’ANSAR ELDINE est en liaison avec les services de renseignements  algériens  pour qui il travaillerait,  et qui le manipuleraient ; que ce dernier ferait régulièrement des va et vient entre Gao et Alger. Les français tiennent le même discours, l’Algérie serait favorable à la création d’un Etat touareg sous sa tutelle, et serait heureuse que les islamistes algériens trouvent un sanctuaire dans cet Etat dont le sous- sol regorge de pétrole et autres richesses; n’oublions pas que les estimations selon lesquelles les réserves pétrolières  de  l’Algérie seront épuisées dans 15 ans ont été rendues publiques. Voilà pourquoi l’Algérie rejette toute intervention militaire étrangère contre une partie de ses fils  et a multiplié les réunions au niveau du comité d’état-major opérationnel conjoint  qui  regroupent à ses côtes, la Mauritanie, le Mali, le Niger  pour souligner qu’une solution politique négociée est possible et qu’il faut éviter l’embrasement   de cette région.

Il y a tout juste une semaine, Alger a réuni les chefs de la diplomatie du l’UMA (Union du Maghreb Arabe) pour une concertation sur la crise malienne. Les Autorités algériennes ont déclaré, comme pour répondre au Président français, « qu’Alger ne s’ingère pas dans les affaires des autres Etats ». Cela veut dire, en d’autres termes, qu’Alger rendra difficile et compliquera la tâche à toute tentative d’intervention militaire. Quant à l’idée d’une participation algérienne dans une quelconque action militaire, elle est totalement contraire aux principes de la diplomatie algérienne.


La Mauritanie est, elle aussi, concernée par la question touareg. Notons qu’il n’y a pas eu de réelle  concertation avec le Sénégal et les pays de la CEDEAO sur les solutions à la crise malienne ; c’est bien la preuve que son approche est totalement différente et pratiquement inconciliable avec celle du groupe CEDEAO  dirigé par Ouattara, aligné sur les positions françaises. En quelque sorte, il y a deux groupes plus ou moins antagonistes : CEDEAO-France prônant l’emploi de la force d’un côté, et L’Algérie-Mauritanie-Niger, partisans d’une solution négociée de l’autre. La Mauritanie a toujours abrité les militants de l’AZAWAD et mené des négociations pour des accords entre les autorités maliennes et les Mouvements  Touaregs, car, pour elle, ceux-ci sont délaissés et ne profitent pas d’un partage des ressources en termes de projets économiques et sociaux dans le Nord. De plus, les différents Gouvernements maliens n’ont jamais respecté et appliqué ces accords. La Communauté internationale, elle-même, n’a jamais aidé et exigé le respect des engagements de developpement des zones Touareg. Aussi, explique-t-on à Nouakchott, c’est en désespoir de cause que les Touaregs ont suivi les groupes extrémistes qui les ont convaincus de faire évoluer leur situation. Dès lors, il est important d’essayer de faire le distinguo entre les extrémistes et les indépendantistes. Un autre challenge…


Ce à quoi, les Maliens répondent: C’est trop tard ! Les Touaregs de l’Azawad partagent, dans une large mesure, les mêmes idéaux que les autres groupes et jouent un jeu subtil pour empêcher une intervention. On peut préciser que les responsables du MNLA  ont déclaré, vouloir être associés à toute intervention militaire au Nord Mali.

Alors me diriez-vous, que viennent faire les Tchadiens dans cette affaire, eux qui sont, bien loin, du Mali,  et ne sont pas menacés par les groupes intervenant dans le Nord Mali ?


C’est triste mais c’est comme cela, Idriss Deby,  dans cette affaire, tient le rôle du Bob Denard de la françafrique. L’ancien ministre français Louis DE GUINRINGAUD disait  en parlant de l’intervention des mercenaires dans les relations franco-africaines : « Une poignée d’hommes  pouvait permettre à la France  d’influer sur la destinée des pouvoirs africains et de remporter la mise. »  Ce temps est désormais révolu, on l’a vu en Côte d’Ivoire, et aujourd’hui, la situation au Mali  suppose qu’il faille aller au casse-pipe, perdre beaucoup d’hommes compte tenu de l’arsenal d’armes de guerre redoutables sorties des entrepôts libyens et détenues par les groupes qui ont occupé le Nord Mali.


Force est de constater qu’aucun pays de la CEDEAO ne veut réellement faire mourir ses fils pour le Mali, c’est la position du Sénégal, du Burkina de la Côte d’Ivoire etc…  Les Français  savent avec l’expérience de la Côte d’Ivoire que « les troupes de la CEDEAO  sont là pour encaisser les juteuses primes des NU et fuir au premier coup de feu !» comme l’expliquent les officiels français.


C’est pourquoi les forces françaises, pour  renverser  Laurent GBAGBO, ont  dû faire intervenir leurs hélicos pour le bombarder sans relâche. Mais, encore une fois, ces hélicos envoyés au Mali seront descendus comme des tourterelles  par les  puissantes armes des groupes extrémistes. C’est pourquoi, les Français et les Américains cherchent un Etat mercenaire, prêt à sacrifier ses fils pour une poignée de dollars et d’euros. Un Etat capable de mobiliser une véritable petite armée expérimentée et surtout un chef prêt à vendre les fils de son pays, qui seront payés  pour faire la guerre des autres et à la place des autres. Un véritable chien de guerre comme on dit.

Un chef qui n’attacherait pas de valeur à la vie des fils de son pays, pas plus qu’à la souffrance des familles tchadiennes qui perdront leur époux, fils, père dans cette guerre qui ne les concerne en rien.


Aussi, pour accepter de faire le sale boulot, Deby a demandé un budget faramineux, que lui seul gérerait mais, en plus, il a souhaité qu’un Général Tchadien soit désigné comme Commandant des forces d’intervention au Mali et enfin, qu’une Résolution des Nations Unies le permette et que l’UA crée officiellement cette force.


Pauvre Deby ! D’abord, les Américains ont dit niet à la résolution onusienne, ensuite l’UA est pour une solution négociée tout en faisant du bruit de principe en affirmant sa volonté d’éradiquer le terrorisme. Les pays de la CEDEAO ont presque insulté Deby  en disant personne ne lui a rien demandé, et qu’exiger un budget aussi énorme et vouloir le gérer seul  comme prix pour son intervention, c’est du banditisme d’Etat ! Que l’idée de faire intervenir l’Armée tchadienne vient des Français et que la CEDEAO ne cédera pas à un chantage. D’ailleurs, on peut constater que ce sont les délégations tchadiennes qui se déplacent vers les pays de la CEDEAO et non l’inverse  comme la récente visite du Ministre des Affaires Etrangères  Moussa Faki à Dakar.


Peut-on être un mercenaire qui, sans état d’âme, vend les fils du Tchad, les considère comme de la chair à canon et prétendre avoir les premiers rôles, parader, avoir les honneurs pour diriger une force d’intervention ?


Illusion d’un Président semi analphabète ! Ce n’est pas pour rien qu’on appelle les mercenaires,  les chiens de guerre, en comparaison aux chiens qu’on envoie derrière le gibier pour éviter que le chasseur ne soit exposé au danger.


Une fois le sale boulot exécuté, leur argent payé, les mercenaires sont priés de disparaitre. Tout le  monde veut les oublier, il n’est donc jamais question de remerciements, de reconnaissance, d’honneurs, de parade et il faut être Deby pour croire qu’il peut aspirer à cela.


Il a toujours joué au Bob Denard de la françafrique, il l’a fait en envoyant des troupes tchadiennes aider à la prise de pouvoir de Sassou NGUESSO, puis en RCA où le contingent tchadien au sein de la MINURCA a anéanti la rébellion alors que les autres pays membres de cette force ont refusé que leurs hommes passent pour des soudards criminels. Deby, de connivence avec les Français, a utilisé les fils du Tchad  comme des mercenaires. Ce comportement irresponsable a fragilisé la situation de la communauté tchadienne installée depuis des décennies en RCA. Elle a été prise pour cible par les Centrafricains et a subi pillages et violences. Deby  a recommencé au Zaïre contre des plaquettes de diamant, a envoyé des troupes pour aider Kabila et, une véritable tragédie s’est passée dans ce pays où une partie des forces tchadiennes a été décimée par l’armée zaïroise qui, dans un mouvement de panique, les a confondues avec l’ennemi !


Alors, c’est presque naturellement que les Français se tournent vers Deby  alias Bob Denard qui fait le sale boulot pour eux.  La vie des militaires français et  américains compte aux yeux de leurs dirigeants, et chacun veut arriver au risque zéro pour ses concitoyens engagés sur des théâtres d’opération. Voilà pourquoi, les Américains utilisent sans relâche les drones. Heureusement, qu’aujourd’hui en Afrique, d’autres dirigeants se soucient de la valeur que représentent les fils et filles de leur  pays. Un pays, c’est avant tout les hommes qui le composent. C’est pourquoi avec sagesse, ils ont refusé de les envoyer mourir pour des causes incertaines. Beaucoup de Chefs d’Etat de la région d’Afrique de l’Ouest estiment  que la mission première des forces armées d’un pays, c’est de verser leur sang pour leur patrie et non pas de se vendre au plus offrant.


Que font les partis politiques, l’Assemblée Nationale, les élites traditionnelles et religieuses face à un Deby qui décide, répétitivement, d’organiser à lui tout seul, pour une poignée de dollars ou d’euros, le mercenariat des fils du Tchad ? Comment accepter que la bravoure des fils du Tchad soit dévoyée à ce point, que leur réputation soit à ce point salie !


Les hauts faits de guerre des fils du Tchad  pour libérer leur pays de la puissante armée libyenne devraient servir d’exemple aux Maliens pour que ceux-ci soient mobilisés et organisés et entreprennent eux-mêmes la reconquête de leur pays, viendra ensuite ou concomitamment l’aide des amis. C’est en ayant versé leur sang pour leur pays, pour le reconquérir dans toute son intégralité territoriale qu’ils la garderont jalousement  et la défendront férocement. Et cela, l’armée malienne (remise dans des conditions totalement nouvelles)  ou plutôt le Peuple malien armé (tout comme en face les Touareg) en est capable. Or, ce qui se passe actuellement, ne résoudra pas les problèmes du Mali et il faut craindre que compte tenu des enjeux géopolitiques de la sous région et au niveau du Maghreb, une intervention militaire  ne fasse  tout basculer dans un chaos général et l’onde de choc se propagera dans toute  la sous région.


L’exemple de l’intervention américaine en Afghanistan devrait aider à réaliser que celle-ci après 10 ans et des moyens colossaux et à nul autre pareil, a totalement échoué dans son principal objectif à savoir l’élimination des Talibans qui, aujourd’hui, reviennent en force. Les Américains quant à eux, quittent l’Afghanistan laissant derrière eux, non pas, un pays démocratique libéré des talibans comme on nous l’avait promis une décennie auparavant,  mais plutôt un pays détruit, ramené à l’âge de la pierre taillée, avec  des millions de morts et à nouveau les Talibans en position de force. Ce fut aussi  le cas pour l’Irak, alors, il se passera la même chose avec le Mali sinon pire compte tenu de la fragilité du pays et des autres pays qui l’entourent qui, quoiqu’on dise, sont à l’image du Mali.


Pendant les évènements de la seconde guerre mondiale, la colonne des soldats tchadiens sous l’égide du commandant  LECLERC  fut celle qui réussit à briser l’étau allemand autour de la ville de Paris, ce sont donc déjà les soldats tchadiens qui, les premiers entrèrent dans Paris en voie de libération . Mais que se passa-t-il quelques jours après ? Le peuple français fut convié à exprimer sa reconnaissance à ses libérateurs et dans le même temps, le Général DE GAULLE donna l’ordre de ne pas  permettre à la Force Noire (les tirailleurs africains dans leur ensemble) de la France de défiler devant son peuple afin qu’il ne les considère pas comme ses libérateurs et ne leur doive ni remerciement ni reconnaissance. Le Général DE GAULLE par cet acte  signifia clairement aux Africains qu’ ils ont été utilisés comme une force d’appoint, de simples mercenaires qui ont pris en pleine figure la charge allemande, se sont sacrifiés pour tenter de l’anéantir, mais les honneurs et la reconnaissance n’étaient pas pour eux. Les temps ont-ils vraiment changé, au vu de ce que fait Deby ?


Le peuple malien dans son ensemble et de par son histoire peut, si on lui en donne les moyens, résoudre ses problèmes. Les mercenaires n’ont jamais réglé et apporté des solutions à des questions politiques et militaires gravissimes qui mettent en mouvement des peuples engagés dans des combats de survie, d’identité, ou de contestation de l’ordre du monde tel qu’il fonctionne. En Afghanistan, en Irak, des mercenaires du monde entier ont été utilisés pour éviter trop de morts aux Américains, et c’est à cet effet qu’on a parlé de privatisation de la sécurité internationale, avec l’échec patent que l’on sait.


Idriss DEBY, le nouveau Bob Denard de la françafrique  souhaite vendre les fils du Tchad  malgré les milliards engrangés des ressources  pétrolières ; sa soif d’argent est inextinguible, et il est honteux qu’à l’échelle de tout un pays aucune voix ne puisse s’élever pour dire : « Nos fils ne doivent pas sacrifier leur vie pour faire la guerre à la place des autres, leur vie  nous est chère, et on ne peut la monnayer contre quelques dollars ou euros. Les enfants du Tchad ne sont pas des mercenaires ! »
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Tag(s) : #Ambénatna

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