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wade.jpgJusques à quand enfin, M. Le Président, les Blancs abuseront-ils de notre patience pour nous proposer, comme du temps de la traite des nègres, de leur vendre un Africain moyennant quelques billets de banque ? Comment un juriste comme vous peut-il concevoir que Hissène Habré soit le seul à être poursuivi pour crimes perpétrés par sa police sans que son second, Idriss Déby, le chef de cette police, ne soit inquiété ? Allez-vous accepter d’être le bras armé de cette horde d’Etats revanchards, d’Ong corrompus et de journalistes véreux qui s’agitent pour vous faire commettre cette forfaiture ?

A la vérité, dans l’affaire Habré, c’est la crédibilité du Sénégal qui est en jeu. Voilà un pays qui donne l’asile politique à un Africain, conformément à ses traditions d’hospitalité, et qui se retourne pour le juger à la demande des Blancs, en échange de l’argent. Cet acte indigne du Sénégal est semblable à celui d’un tueur à gages qui affiche le sens de l’hospitalité en accueillant chez lui une personne en difficulté et qui, une fois son hôte endormi, lui plante un couteau dans le dos ? Attitude ignoble qui n’est conforme ni à nos traditions ancestrales, ni aux bienséances morales, ni aux recommandations divines !

Et d’abord, M. Le Président, posez-vous cette question : « Qu’est- ce qui fait courir toute cette meute de justiciers qui, depuis une décennie, aboient contre Habré ? ». Examinons-les un à un pour saisir l’énormité du crime que vous avez l’intention de perpétrer en livrant ce héros africain qui a résisté contre l’impérialisme français et l’expansionnisme libyen.

La France et la Libye sont les Etats les plus acharnés contre Habré, même si elles se cachent l’une derrière la Belgique et l’Union européenne, l’autre derrière le Tchad et l’Union africaine. Pour comprendre leurs sentiments et leurs ressentiments vis-à-vis de Habré, il faut vous reporter au sommet Mitterrand- Khadafi de Crète, en Grèce, tenu le 15 novembre 1984. C’est à ce sommet que l’ancien Ministre français des Colonies, le partisan de l’Algérie française, le Président néocolonialiste, en collusion avec le dictateur libyen qui ne rêvait que d’annexer les pays limitrophes, procéda à la partition du Tchad sur la base du 16ème parallèle, le Nord attribué à la Libye et le Sud, que Mitterrand appelait le Tchad utile, à la France. La droite française, par la bouche de l’ancien premier ministre Raymond Barre, avait alors sévèrement condamné ces agissements de la politique africaine de Mitterrand. Mais la glorieuse victoire des Forces Armées Nationales Tchadiennes (Fant) à Ouadi-Doum, le 22 mars 1987, mit fin à l’occupation étrangère en boutant Français et Libyens hors du Tchad. Voilà ce que ni la France ni la Libye n’ont pardonné au héros Hissène Habré, de surcroît un nègre.

A cela s’ajoute la convoitise du pétrole tchadien que la France et la Libye se disputent encore. C’est à qui des deux réussira à faire liquider Habré pour recevoir de Déby comme récompense le monopole de l’exploitation du sous-sol tchadien riche en hydrocarbures.

Cette odeur de pétrole donne une idée de l’activisme débordant de Reed Brody d’Human Rights Watch qui, au Sénégal et au Tchad, a recruté, avec sa cagnotte de dollars, la lie de la magistrature, du barreau, des organisations de finance des droits de l’homme, des journalistes. Il s’est ainsi procuré une importante main d’œuvre servile constituée d’un ramassis de nègres de service qui rivalisent d’ardeur pour accomplir la sale besogne, à savoir le jugement de Habré, en multipliant points de presse, interviews et articles. Human Rights Watch devrait plutôt aller voir du coté de son compatriote qui a sur la conscience la mort de plus d’un million d’Irakiens, qui est l’auteur du terrible génocide afghan, qui a organisé la plus grande entreprise de tortures du siècle à Guantanamo, tortures que même son successeur à la Maison Blanche n’a pas osé rendre publiques.

Du reste, cette manne financière que distribuent à l’envi les Blancs pour remporter la palme auprès d’Idriss Déby explique pourquoi un de mes anciens collègues a préféré abandonner son poste à l’Université pour aller s’enrichir avec l’affaire Habré. A ce propos, permettez-moi de vous révéler que le fondateur de la Raddho, feu Waly Coly Faye, est mort de chagrin en voyant l’orientation indigne et abjecte que lui a donnée l’actuel responsable obnubilé par la recherche de financements. L’attitude de ce dernier par rapport à l’affaire Habré l’a tellement écœuré qu’il en est arrivé à regretter d’avoir mis sur pied la Raddho.

Cette générosité des Blancs dans l’affaire Habré explique également pourquoi de piètres avocats dont le cabinet était en faillite roulent maintenant sur de l’or, que des journalistes vendus étalent à la une de leurs publications ce qu’ils appellent « les lenteurs du Sénégal dans l’affaire Habré ».

Tenez, M. Le Président, tout récemment, dans une radio de la place, un avocat sénégalais droit-de-l’hommiste, venu tout droit de Paris avec des instructions précises, avait déversé toute sa bile sur Habré au cours d’une émission. Immédiatement après qu’il eut récité sa leçon haineuse contre l’ancien président tchadien, j’ai appelé pour demander à être le prochain invité. Eh bien, M. Le Président, il m’a été répondu que ma demande serait examinée. Et jusqu’au moment où je vous parle, elle n’a pas encore fini d’être examinée. Je comprends donc parfaitement vos réticences à accorder des fréquences de télévision à certains organes de presse, experts en manipulation tendancieuse et intéressée de l’information.

Que dire aussi de la Belgique qui, depuis janvier 1999, brûle de liquider Hissène Habré au nom de la lutte contre l’impunité ! Ah, cette Belgique ! Savez-vous, M. Le Président, que c’est pour mettre un terme aux crimes commis au Congo par le gouvernement belge qu’a été créée la première Organisation de défense des droits de l’homme ! Savez vous, M. Le Président, que la Belgique a été l’Etat colonisateur le plus sanguinaire de l’histoire de l’humanité ! Savez-vous, M. Le Président, avec quelle sauvagerie Patrice Emeri Lumumba a été torturé, déchiqueté et acidifié par le gouvernement belge !

Et voilà que des Sénégalais, sans aucune dignité morale, vous pressent de livrer un ancien chef d’Etat africain à la sinistre justice belge ! Cette justice belge qui a récemment exfiltré du Rwanda un prêtre belge pédophile par mépris pour la justice des nègres. Cette justice raciste qui vient d’interdire les mariages mixtes en Belgique ! Cette Belgique qui détient une grande part de responsabilité dans le génocide rwandais !

Venons-en maintenant au Tchad ! De quoi Habré est-il accusé ? De crimes perpétrés par sa police ? Mais qui était le chef de la police ? Votre conscience vous permet-elle de juger Habré sans le chef de la police Déby ? Si vraiment vous êtes mû par la vraie justice, ce sont tous les protagonistes du conflit interne et externe tchadien qu’il faut juger. Et pas seulement Idriss Déby mais encore Goukouni Weddei ! Et aussi Mouamar Khadafi qui a perpétré une véritable boucherie au Tchad pour annexer la bande d’Aouzou, mais encore les autorités politiques et militaires françaises sous Mitterrand comme sous Sarkozy qui ont commis une hécatombe au Tchad respectivement pour imposer et pour maintenir au pouvoir le fantoche Idriss Déby ! Juger le seul Habré, c’est, M. Le Président, vous rendre complice d’un règlement de compte raciste.

Il est temps que l’Afrique fasse preuve de dignité en refusant le diktat des Occidentaux. La manière dont Sarkozy a traité l’affaire de l’Arche de Zoé aurait dû ouvrir les yeux des Africains sur les motivations réelles de la France plus préoccupée par ses intérêts que par la justice. Imaginons un instant – ce n’est même pas imaginable – qu’un magistrat africain demande le jugement d’un chef d’Etat européen ! Et pourtant, combien de fois de petits juges blancs se sont permis de citer en justice des présidents africains ! Le fait d’avoir remis Charles Taylor entre les mains des Blancs est un crime que l’Union africaine ne doit plus recommencer, au nom de la dignité de l’Afrique ! Interrogez votre ancien Garde des Seaux devenu ministre des affaires étrangères, Maître Madické Niang. Pour lui, « L’affaire Habré est la plus grande escroquerie politico-financière du siècle, c’est une tentative de recolonisation de l’Afrique par les droits de l’homme ». Je vous félicite, M. Le Président, pour avoir énergiquement dénoncé le fait que les mandats d’arrêt internationaux ne soient lancés que contre les chefs d’Etat africains, ce que d’ailleurs a fustigé l’Union africaine réunie à Charm El Cheikh.

Comment avez-vous pu confier l’affaire Habré, une affaire strictement judiciaire, à une organisation politique comme l’Union africaine ? Il est donc inexact de parler d’un mandat qui aurait été confié au Sénégal mais plutôt d’un mandat sollicité. Comment peut-on admettre que le financement par des bailleurs aussi intéressés, donc nécessairement partiaux, aboutira à un procès juste et équitable ? Personne ne peut croire que des bailleurs donnent dix-huit milliards et laissent faire la justice sénégalaise. Bien au contraire, ils donneront leur argent contre un engagement du Sénégal à une condamnation garantie.

Comment peut-on croire que les juges sénégalais qui devront aller enquêter au Tchad pourront le faire en toute liberté, compte tenu de la position partisane des autorités tchadiennes ? Qui peut s’engager à assurer la sécurité aux Tchadiens qui voudront apporter des témoignages favorables à Habré, compte tenu encore une fois du fait que le régime de Déby est bien engagé dans cette affaire et qu’il n’est pas un régime de libertés. Demandez-lui pourquoi il a fait raser la maison familiale de Habré et celle de ses amis ! Demandez-lui ce que sont devenus ses opposants comme Ibni Oumar Mahamat Saleh, le porte-parole l'opposition démocratique qu’il a kidnappé le 3 février 2008 et qui a disparu depuis lors.

M. Le Président, un procès équitable, c’est d’abord le respect du droit et des décisions de justice. Quand, dans un système, vous n’avez pas de sécurité juridique, vous n’avez pas de justice. Réforme législative, réforme du code pénal, du code de procédure, modification de la constitution et suppression de la saisine individuelle du conseil constitutionnel pour empêcher l’annulation de toutes ces violations et enfin une cour d’assises spéciale composée de magistrats fonctionnaires aux ordres ! Aucune de ces initiatives prises par votre gouvernement n’honore la justice sénégalaise, d’autant que la loi Ezzan que vous avez promulguée s’oppose absolument au procès de Habré. Si celui-ci est jugé et condamné, il ne l’aura été ni par le peuple tchadien ni par le peuple sénégalais mais par un groupe d’individus corrompus à la solde de l’étranger.

Aujourd’hui, rien ni personne ne peut impressionner Hissène Habré qui a accompli des exploits qu’aucun autre Africain n’a encore réalisés. Il a conquis de haute lutte le pouvoir au Tchad, un Etat presque deux fois plus vaste que la France, la Belgique et le Sénégal réunis. Il a remporté tous les procès qui l’opposaient aux Blancs et à leurs valets nègres. Il a battu militairement la France et la Libye et les a chassés de son pays. C’est pourquoi Hissène Habré ne demande aucune faveur. Il s’en tient à la volonté divine. Il souhaite seulement que l’Etat sénégalais respecte la justice sénégalaise qui s’est prononcée plus d’une fois en sa faveur. Quant à vous, M. Le Président, gardez-vous de commettre, par ce procès, un précédent dangereux qui ferait forcément jurisprudence, qui ternirait à jamais votre nom.

Les livres d’histoire mentionneraient qu’après trois siècles d’esclavage et de colonisation, c’est aux Blancs que l’Africain Abdoulaye Wade a vendu un ancien chef d’Etat africain pour une poignée d’euros. Mais surtout, gardez toujours à l’esprit cette terrible sentence des Ecritures saintes : « Quiconque a tué par l’épée, périra par l’épée ! ».

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Professeur Oumar SANKHARE
Sud Quotidien n°5026 du 5 et 6 février 2010

Tag(s) : #Politique

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