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deby paix

 

On se frotte les mains du côté de Dakar dans la perspective d’un procès que l’on veut absolument à grand spectacle. Un procès, il faut le dire, qui court le risque d’être indécent, partiel, et partial : celui du président Hissein Habré.


Mais qui se frotte donc les mains : Macky Sall ?
François Hollande ? L’ONG Human Rights Watch (HRW) ? Ou Idriss Deby ? Il faudrait bien savoir. Car une chose demeure sûre : ce procès que l’on veut exemplaire démarre sur de fausses bases. Pire : il va s’ouvrir tronqué,  car il ne peut avoir aucun sens sans qu’Idriss Deby Itno ne comparaisse sur le banc des accusés aux côtés de celui dont il a été le plus proche collaborateur durant les cinq dernières années du règne de celui qu’il a chassé. Mais il ne perd rien à attendre : il a tellement de sang sur les mains   –  la France et la communauté internationale le savent – qu’il ne pourra échapper au jugement de l’Histoire qui, elle, garde toujours les faits. Et les faits contre le Président du Tchad sont têtus et infalsifiables !


La question mérite d’être posée : le président Idriss Deby, poussé par des alliés, selon toute vraisemblance amnésiques ou carrément de mauvaise foi, cherche-t-il à faire juger certains  tchadiens avec qui il a travaillé la main dans la main, au sommet de l’Etat tchadien pendant de longues années, pour éviter de comparaitre devant la justice en leur compagnie pour les chefs d’accusation ?


Si ce n’est pas le cas, il est tout aussi légitime de se demander devant quelle juridiction, et à quel moment pourrait bien se tenir le procès d’Idriss Deby pour les  crimes  de guerre -  commis de sa propre main ou sous ses ordres - et ces multiples crimes contre l’humanité qu’il a perpétrés au Tchad, au Darfour, en Libye, et en Centrafrique ?


A quel moment ce Colonel sanguinaire, autoproclamé général d’armée, aura-t-il à répondre devant un tribunal de l’effroyable carnage commis en 1996 contre des réfugiés tchadiens qui vivaient au Niger depuis plus de 40 ans, mais qui avaient été massacrés en masse sous ses ordres, puis sommairement enterrés dans une fosse commune à la frontière nigérienne sous la bénédiction du président nigérien Ibrahim Baré Maïnassara ?


Ceux des tchadiens qui sont âgés de plus de soixante ans et qui ont vécu au Tchad entre 1982 et 1983 n’auront aucune difficulté à se souvenir qu’à l’époque où Idriss Deby était « Comchef »  (Commandant en chef) des FANT (forces armées nationales tchadienne), il avait accompli un  abominable exploit : au cours  d'une bataille pour le contrôle des villes d'Oumchalouba-Kalaït, son propre frère Hamit Deby avait été tué au combat. Fou de rage, ivre de sang, et dans le seul souci de le venger, Idriss Deby avait donné un ordre simple et cruel : tous les prisonniers du GUNT (gouvernement d'union nationale du Tchad) capturés à Wadi HAMA  (localité située entre ARADA et Kalaït) avaient été fusillés. Sans pitié et sans états d’âme !


En tout cas, ils sont nombreux et encore vivants les combattants qui avait assisté à la scène de cette insoutenable boucherie.


Inch'Allah ! Ils pourront le témoigner le moment venu devant une justice indépendante, et restituer le film de cette horrible et lâche tuerie.   


Tout comme ils sont encore en vie, en grand nombre, les témoins - parmi les militaires des FANT -  qui avaient participé  à de violentes opérations de rasage de villages entiers dans la région du sud du Tchad entre 1984 et 1985 conduites, pilotées et commandées par Idriss Deby en personne, Lieutenant Colonel, mais déjà chef d’État Major des FANT.


Les massacres atroces exécutés au cours de cette sinistre période de l’Histoire de notre pays ont gardé une appellation : « septembre noir  ».


Au cours de cette campagne de « terre brûlée », le chef d’État Major Idriss Deby – dont le Quartier Général était à SAHR - supervisait les opérations avec délectation. Il avait notamment ordonné à ses troupes, accompagnées de féroces garde-corps, d’incendier tous les villages, les champs, les greniers et les petits élevages, au seul prétexte que les propriétaires étaient tous « codos ».


Par la suite, et malgré les horreurs commises par le commandant en chef de son armée, le régime d’Hissein Habré avait initié une enquête et entrepris une réconciliation avec tous les codos (codos rouges – codos cocotiers – codos scorpions, etc.). En guise de compensation les responsables des « codos » avaient au préalable exigé que les coupables des massacres du sud soient jugés.  


Ne pouvant livrer les vrais auteurs de ces massacres, et surtout pas Deby, le régime d’Habré avait consenti à sacrifier quelques lampistes qui avaient été livrés entre les mains des « codos » afin que l'accord de la réconciliation aboutisse, préservant ainsi Idriss Deby d’un destin tragique.


C’est au vu de tous ces forfaits que ceux qui ont été témoins des actes inhumains que n’a cessé de poser Idriss Deby depuis plus de trente ans au Tchad sont tout simplement amusés ou outrés de l’entendre aboyer aujourd’hui du matin au soir, en sautant du coq à l’âne, comme s’il était innocent, ou bien plus, victime de tout ce qui s’est passé au Tchad depuis trois décennies.


A l’image d’un vampire, Idriss Deby a toujours eu les mains trempées de sang. Une autre illustration : lors de l'offensive du MPS en 1990 sur N’djamena ayant abouti à la chute du régime d’Hissein Habré, il avait ordonné à son escadron de la mort -  qui portait l’appellation de  « kermesse » -  d’exécuter tous les prisonniers des FANT trouvés sur leur passage.


Pour tout dire, chaque famille, chaque tchadien a été victime, depuis plus de vingt ans, à un moment ou à un autre, de la violence irrépressible et congénitale d’Idriss Deby Itno.  Des quatre coins du Tchad,  les uns ou les autres ont immanquablement perdu des êtres chers :  soit dans les massacres du sud pendant « septembre noir », soit dans les tueries de Nguilim ou les assassinats ciblés contre les Ouaddaïens et les Hadjeraïs à N’Djamena, soit dans les empoissonnements des points d'eau au TIBESTI, ou carrément dans les enlèvements et disparitions des personnes en 2008 lors de l'attaque des rebelles . 


La vérité  - et elle est terrible, indicible et insupportable – est que, depuis 23 ans, les tchadiens ne savent pas à quel saint se vouer pour exprimer, exposer et formuler leurs souffrances, leur calvaire, leur misère et leur peur d’être tués ou enlevés à tout moment sous le règne du sultan d'Amdjeraïs de la renaissance I.


Depuis 23 ans, ces grandes nations occidentales qui se complaisent à se faire appeler « communauté internationale » savent tout de la réalité du Tchad et du martyre qu’endurent les tchadiens. Ils savent qu’Idriss Deby est un psychopathe dangereux qui a décidé de s’installer à la tête du Tchad jusqu’à sa mort.  


Ils savent sans l’ombre du moindre doute qu’aucune élection jamais ne fera partir ce despote du pouvoir. Mais par dessus tout, ils savent que cet homme a commis des crimes inexpiables et imprescriptibles.


Pourtant, ils restent insensibles au drame Tchadien. C’est pour cela que la seule solution pour être débarrassé de ce führer n’est que la guerre. C’est le seul langage qu’il comprend. Et qu’il aime.


Mais les tchadiens sont fatigués de la guerre. Peuvent-ils oser espérer que la CPI pourrait faire quelque chose ? Peuvent-ils oser rêver de l’intervention de la justice internationale ?


Ce ne peut être qu’un rêve, car aucun des criminels qui imposent leur tyrannie dans les pays du tiers monde n’a jamais été neutralisé par cette justice qui n’a d’internationale que le nom, et qui ferme pudiquement les yeux sur les crimes commis par ces monstres tant qu’ils sont au pouvoir.


En attendant que le ciel leur vienne en aide – c’est leur seul espoir - les tchadiens devraient déjà penser à constituer une association des victimes des crimes contre l’humanité et des crimes des guerres commis au Tchad par Idriss Deby, et porter plainte  devant de la CPI. Qui sait ?

 

Par Taz.

Tag(s) : #Ambénatna

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