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C’est au cours d’une émission de télévision « OPINIONS » sur Walf TV que le politologue Sénégalais, par ailleurs présenté par la presse sénégalaise comme un Conseiller officieux du Président Macky Sall  a fait cas, de l’affaire de l’argent de la bande d’Aouzou impliquant l’ancien Président sénégalais Abdou Diouf et actuel Secrétaire Général de la Francophonie et l’homme d’affaires milliardaire El Hadj Djily Mbaye, aujourd’hui décédé.

Explications et éclairage autour de cette ténébreuse affaire.

D’abord, à plusieurs reprises sur les médias sénégalais, M. Babacar Justin Ndiaye en a fait état mais en évitant de la développer et surtout de l’expliciter. Les journalistes qui lui faisaient face aujourd’hui comme hier, très peu au courant de la tumultueuse histoire politique du Tchad, n’ont pas su qu’ils tenaient là une bombe médiatique et par conséquent, essayer d’en savoir plus.

Flash back. Nous sommes au Tchad sous le régime de Tombalbaye qui est le premier Président du Tchad de 1960 à 1975, l’année où il est déposé par un coup d’état militaire qui verra le général Félix Malloum accéder au pouvoir. A cette époque, sous le règne de Tombalbaye, le marabout Djily Mbaye est au Tchad, il est le marabout attitré de Tombalbaye, mais aussi son conseiller spécial et politique. Habitant la cité présidentielle, Djily MBaye était de tous les voyages importants de Tombalbaye ; il est son homme de confiance, son confident, celui qui s’occupe des affaires privées comme on dit. Il avait aussi un rôle de chargé de mission auprès des autres chefs d’Etat d’Afrique centrale mais aussi du Moyen Orient. Les Tchadiens, hommes politiques et autres le connaissaient très bien au Tchad.

La Libye de Kadhafi, pays frontalier du Tchad avait, déjà à cette époque, des visées sur une partie du territoire tchadien qui se situait tout le long de la frontière Nord avec la Libye d’une superficie de 114.000 km² (plus de la moitié du Sénégal) riche en uranium ; c’est la Bande d’AOUZOU.

Kadhafi invite Tombalbaye à se rendre en Libye dans le cadre de la coopération entre les deux pays. C’est lors de ce voyage effectué par Tombalbaye, accompagné de Djily Mbaye que la fameuse « vente » de la bande d’Aouzou a eu lieu moyennant la somme de 23 milliards de francs CFA. Un mois après cette visite présidentielle, des troupes libyennes s’installèrent à Aouzou où elles procédèrent à des distributions de vivres, le drapeau libyen fut hissé sur le bâtiment du poste administratif, des cartes d’identité libyennes furent distribuées aux habitants.

Le président Tombalbaye observa un mutisme total sur cette occupation ; mieux, il accueillit avec faste,  Khaddafi pour une visite officielle au Tchad durant laquelle ce dernier promit monts et merveilles... Sur l’échiquier politique national, la seule voix qui s’éleva pour émettre des protestations véhémentes fut celle du rebelle Hissein Habré en lutte contre le régime de Tombalbaye, dans les montagnes du Tibesti au Nord, pas trop loin d’Aouzou.

C’était le prélude de l’affaire de l’annexion de la Bande d’Aouzou par la Libye de Kadhafi qui a évolué en un terrible conflit armé entre le Tchad et la Libye durant  lequel des Tchadiens ont perdu leur vie par milliers pour défendre l’intégrité territoriale de leur pays.

Les 23 milliards versés par la Libye l’ont été sur un compte numéroté en Suisse, cette somme représentait l’achat de la bande d’Aouzou par Kadhafi, selon plusieurs révélations et documents. Le marabout et conseiller spécial était chargé par Tombalbaye de la gestion de sa fortune et de cette cagnotte de 23 milliards planqués en Suisse.

Le 13 avril 1975, Tombalbaye est tué par des militaires assiégeant le Palais  présidentiel.  Son griot malien est égorgé, les fétichistes haïtiens trouvent refuge à l’Ambassade de France qui les fait traverser le fleuve Chari pour rallier le Cameroun. Le Sénégalais Djily Mbaye quitte le Tchad pour son pays via la Côte d’Ivoire.

Après le coup d’Etat du 13 avril 1975, le Général Malloum devient Président  du Tchad ; c’était un régime militaire dont l’homme fort était Colonel Kamougué, organisateur du coup d’Etat. Il s’intéressa rapidement à l’argent de Tombalbaye qu’on ne trouvait nulle part au Tchad. Sa famille était au Tchad et n’avait rien.

Entre temps, Djily Mbaye rentre chez lui, milliardaire et s’il y a une chose qui reste sans réponse au Sénégal  sur lui c’est bien la question de l’origine de sa fortune, que tout le monde  s’accorde à qualifier de mystérieuse !!!

Très rapidement, les militaires au pouvoir au Tchad chercheront grâce à des experts français et trouveront la piste de la Suisse et de M. Djily Mbaye, désormais installé dans son pays, le Sénégal. C’est un grand bienfaiteur et un investisseur de premier plan. Il bénéficie de la protection de son parent, le Premier Ministre de l’époque M. ABDOU DIOUF. L’argent de la bande d’Aozou est investi dans l’acquisition de nombreuses sociétés, dans la construction d’importants complexes immobiliers qui se dressent toujours tout autour de la place de l’indépendance à Dakar.

Le Gouvernement tchadien de l’époque envoie un émissaire au Premier Ministre Abdou Diouf pour réclamer les 23 milliards de la Bande d’Aouzou, déclarés officiellement comme une aide budgétaire mais planquée en Suisse et servant de monnaie d’échange pour l’annexion de la bande d’Aouzou. Le gouvernement Sénégalais demande un peu de temps pour régler cette affaire qui est une véritable dynamite. Le milliardaire Djily Mbaye est désormais une icône nationale et ses bienfaits et largesses ne se comptent plus. Il apprend la détresse et l’indigence des enfants de Tombalbaye certains étaient étudiants en Haïti au moment de la mort de leur père. Il les aide, les reçoit à Louga, sa ville natale.

Que se passe t-il au Tchad pendant ces années ? La rébellion est toujours active au Nord mais une nouvelle donne intervient, Goukouni et Hissein Habré se séparent à cause de l’ingérence libyenne. Goukouni estime qu’il faut accepter son aide pour faire tomber le régime des militaires, Hissein Habré dit NON, la Libye a des visées expansionnistes sur le pays. La rupture est consommée et Hissein Habré quitte le Nord avec ses hommes pour s’installer à l’Est vers la frontière avec le Soudan où il reprend son combat contre le régime des militaires.

Ces derniers devant faire face désormais à deux  rebellions, l’une au Nord, l’autre à l’Est, lance un appel à des négociations aux deux groupes rebelles. La rébellion de Hissein Habré répondra positivement aux pourparlers et conclut un accord de réconciliation aux termes duquel Hissein Habré devient Premier Ministre du Tchad, nous sommes en 1978.

Abdou DIOUF est toujours Premier Ministre du Sénégal et doit toujours donner une réponse à l’affaire de l’argent de la bande d’AOUZOU, désormais injecté et blanchi, selon l’expression à la mode à Dakar, dans l’économie sénégalaise. Mais la nouvelle configuration politique du Tchad  avec l’arrivée de Hissein Habré comme Premier Ministre au Tchad offre à Abdou Diouf, une chance. Des relations sénégalaises du Premier Ministre tchadien Hissein Habré seront utilisées pour demander  à ce dernier, une aide dans le dossier Djily Mbaye et l’argent de la bande d’Aouzou.

Voilà ce que le Conseiller privé du Président Macky Sall, le politologue Babacar Justin Ndiaye a appelé l’affaire de l’argent de la bande d’Aouzou. Une affaire connue de beaucoup de personnes au Sénégal et qui permet d’apprécier les notions de blanchiment agitées tambour battant ces derniers jours au Sénégal.

En fin 1990, le Président Abdou Diouf accorde l’asile politique au Président Hissein Habre qui s’installe à Dakar ; de nombreux sénégalais auront constaté les visites de Feu Djily Mbaye à son domicile.

Le Conseiller du Président, Babacar Justin Ndiaye,  a déclaré qu’il était important que le procès de Habre soit encadré et totalement canalisé pour empêcher que d’illustres personnalités ne soient éclaboussées par la remontée à la surface de faits de l’histoire politique du Tchad. En un mot, il faut qu’on s’organise pour que nos crimes restent dans l’ombre (comme celui de l'ancien président du Conseil Constitutionnel Babacar SEYE et les 2.000 morts du Joola) que dis-je, au fond d’une valise fermée à clé tandis que ceux des autres, même supposés, peuvent être exposés au marché ou sur les plateaux de télévision, en toute impunité. Quoi de plus facile quand on est Conseiller à la Présidence de la République d’un Etat qui, fort de sa puissance, pense pouvoir décider du destin d’un homme en échange de soutiens politiques et financiers étrangers.

Quoi de plus facile quand la mission et la feuille de route du Conseiller privé Babacar est de devenir un aboyeur contre Hissein Habré ! Nous reviendrons ultérieurement sur le flot de mensonges, de contre-vérités et d’insultes proférés par le Conseiller de Macky Sall à l’encontre du Président Habré lors de cette émission. La morale de l’aboyeur et de ses semblables est la suivante : Je suis chez moi, Hissein Habré lui, est un étranger et non pas un citoyen sénégalais, donc il ne pourrait prétendre à des égards, encore moins à des droits…

C’est dire que cette affaire de l’argent de la bande d’Aouzou permettra aussi d’apprécier les notions d’éthique et de morale au sein d’une certaine élite politique sénégalaise. Elle permettra aussi de comprendre, c’est quoi être un homme d’honneur qui respecte la parole donnée, un trait important de la personnalité du Président Habré. Se reconnaitront aussi ceux qui réalisent  leurs ambitions, construisent leur image et réputation dans le lit de la trahison. Seul le mensonge est pressé, la vérité, elle, arrivera toujours à son heure et elle fera très mal.

 

La rédaction de ZOOMTCHAD
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Tag(s) : #Politique

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