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En dissolvant le gouvernement et la Commission électorale indépendante (CEI), le président ivoirien Laurent Gbagbo a joué et gagné. Guillaume Soro reconduit comme premier ministre, va devoir négocier dur pour réconcilier les Houphouëtistes et le camp présidentiel désormais dos à dos. La nouvelle équipe gouvernementale aura beaucoup de grains à moudre : reprendre le travail, mettre de nouvelles instances consensuelles en place et préparer les élections sur des bases saines.

Or, la preuve est faite que jamais le président Gbagbo ne voudra organiser des élections tant qu’il ne sera pas sûr de gagner. Les derniers événements le confirment : le président ivoirien a toujours disposé d’un agenda secret comme nous l’avions souligné dans nos éditions passées. En visionnaire atypique, il sera donc parvenu à provoquer la crise et écarter les opposants. Gbagbo a toujours fait montre de sa répugnance à aller aux élections. Aujourd’hui, il montre ouvertement que la CEI présidée par un opposant a toujours été un boulet à ses pieds. Il a réussi à se servir de cette commission électorale comme d’un instrument pour se débarrasser d’un autre fardeau : les opposants. Ces derniers, embusqués au sein du gouvernement et de l’appareil d’Etat par le biais des Accords politiques de Ouagadougou, l’ont toujours empêché de parvenir à ses fins.


La Côte d’Ivoire entre ainsi dans une nouvelle phase d’ébullition que ne semble point redouter son premier magistrat. Tout en minimisant ses opposants, Gbagbo "déchire" les Accords politiques de Ouagadougou. Aujourd’hui surarmé, le chef de l’Etat ivoirien ne daigne même pas témoigner du respect envers le facilitateur dont il torpille les efforts quand vient le moment de passer à la phase sérieuse. Le manque patent de flair-play à l’égard de Blaise Compaoré met sans doute mal à l’aise les milieux diplomatiques. Soufflant comme toujours le chaud et le froid, le président ivoirien montre que lui seul décide du sort et de la date des élections. "Un vrai dictateur", selon un opposant ivoirien. Gbagbo n’a plus peur de rien. Surtout pas de l’armée qu’il donne l’impression de tenir en laisse. Et il ne cache pas sa volonté de contrôler la CEI. Malgré tout, peut-on s’attendre à voir l’opposition tourner dos aux élections ? Un tel scénario sera une aubaine pour lui. Il pourra dès lors savourer une victoire sans gloire.


En dehors du facilitateur dont il complique la situation sans aucune gêne, Gbagbo plonge également son premier ministre dans l’embarras. Patron des Forces nouvelles, Guillaume Soro joue en effet sa crédibilité dans ces tours de passe-passe que Gbagbo multiplie. Il lui faut jouer de patience et surtout de tact. Sans doute, afin de préserver la paix, le chef des Forces nouvelles a-t-il dû accepter de recomposer avec le chef de l’Etat. Le risque est peut-être grand de se voir condamner par l’opposition. Mais ne vaut-il pas mieux éviter les risques d’une guerre civile dont les conséquences sont incalculabes pour la sous-région ? Une fois encore, la question de la confiance entre acteurs politiques ivoiriens et de la bonne foi reste posée. Gbagbo, lui, semble avoir bien prévu ce qui arrive aujourd’hui. Les faucons qui dansent des ailes autour de lui, seront donc parvenus à leurs fins : Désiré Tagro, Simone Gbagbo, Afi Nguessan, Mamadou Coulibaly et Blé Goudé n’auront pas travaillé dans l’ombre pour rien. La communauté internationale quant à elle, est occupée ailleurs. Du reste, ici, cette communauté internationale se résume à la France qui reconquiert progressivement ses marchés perdus à l’avènement du régime Gbagbo.


Pourrait-on reprocher à l’opposition houphouëtiste de n’avoir pas cherché à quitter le navire plus tôt pour laisser à Gbagbo le soin de gérer son bilan ? Une telle thèse paraît difficile à défendre d’autant que le gouvernement qui vient d’être dissous découlait de l’application des Accords politiques de Ouagadougou. En y apposant librement sa signature, chacun s’engageait à en défendre l’esprit. La question se pose aussi de savoir si Gbagbo n’aurait pas pressenti quelque chose chez ses adversaires politiques. Aurait-il alors choisi de les devancer en les débarquant de lui-même ? Si oui, il donne ainsi le sentiment qu’il est toujours le seul maître à bord du navire Côte d’Ivoire.


Les Houphouëtistes hors du gouvernement et de la CEI, se retrouveront-ils demain en dehors du processus électoral ? A nouveau chef du gouvernement, Guillaume Soro parviendra-t-il à convaincre les Houphouëtistes de revenir à table si telle est son intention de composer malgré tout avec eux ? Le dépit est grand et la pilule sans aucun doute difficile à avaler chez les partisans de Konan Bédié et Allassane Dramane Ouattara (ADO). D’autant que nul ne sait si l’actuel chef de l’Etat ivoirien voudra bien un jour cesser de jouer à cache-cache avec les opposants et la République. Le président Gbagbo semble même trouver un malin plaisir à rendre aux vieux caciques de l’ancien parti, le PDCI, la monnaie de leur pièce. Revanchard, il voudrait peut-être leur faire payer tout ce que lui et ses compagnons de lutte ont enduré du temps où les opposants actuels géraient les affaires aux côtés du vieux Félix Houphouët Boigny. Certes, les partisans de Gbagbo peuvent savourer une victoire ; mais jusqu’à quand le peuple ivoirien devra-t-il subir ?


En s’adonnant à son jeu favori d’aller de report en report, Laurent Gbagbo espère-t-il gagner l’électeur ivoirien à l’usure ? C’est probable. Passer le temps à dribbler les autres, remettre continuellement à demain ce qui pourrait se résoudre aujourd’hui, produiront inévitablement un effet boomerang. Celui-ci se révélera, à terme, dangereux pour le président Gbagbo et ses partisans. Pour l’heure, le numéro un ivoirien, continue à narguer l’opinion ivoirienne, l’Afrique et la communauté internationale. Lui seul semble décider du sort de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens. Lui seul veut écrire une nouvelle évangile sur la Côte d’Ivoire. Les carottes semblent donc cuites pour l’opposition dont les ténors prennent de l’âge. Certains finiront bien par perdre leurs dents, à force de voir reculer les échéances du fait d’un adversaire politique qui se montre chaque jour plus roublard. Dure, dure, l’évangile selon St Gbagbo.


"Le Pays"
Tag(s) : #International

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