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 Charles Taylor, ex Président du Libéria, condamné à 50 ans de prison pour son soutien au RUFD en Sierra-Léone  Idriss Deby Itno, Président du Tchad, principal soutien de la Séléka et de tous les mouvements armés en Centrafrique

 

L'animosité envers les Tchadiens ne date pas d'aujourd'hui. L'implication du pays d'Idriss Deby en Centrafrique est telle qu'elle a suscitée au fil des années méfiance et rancune.

 

N'Djamema a ainsi depuis les années 1990, fait et défait les chefs d'Etat centrafricains. C'est Idriss Deby qui a aidé François Bozizé (avec l'accord de la France) à prendre le pouvoir en 2003 et à mettre fin aux rebellions du nord. C'est le même qui l'a totalement lâché en 2013, lors de l'offensive des rebelles de la Seleka, parmi lesquels on pouvait trouver de nombreux mercenaires tchadiens.

 

Le contingent tchadien de la Micopax (dont la Misca prendra le relais en août 2013) avait alors regardé les rebelles prendre les villes les unes après les autres sans rien faire, alors qu'il avait le mandat pour stopper leur avancée. "Nous ne sommes pas intervenus parce que nous n'en avons pas reçu l'ordre", ont-ils répondu un jour à Roland Marchal, chercheur français présent à N'Délé le jour de la prise de cette ville. Selon plusieurs spécialistes, les Tchadiens sont, aujourd'hui encore, autonomes à l'intérieur de la Misca, et reçoivent leurs ordres directement de leur pays et non du commandement de la force africaine.

 

Pendant l'opération Sangaris, les soldats Tchadiens continueraient de jouer ce double jeu. Selon des militaires français, interrogés par l'AFP, des soldats tchadiens ont donné leur brassard de la force africaine à des Seleka pour que ces derniers puissent conserver leurs armes et continuer à circuler alors qu'ils doivent être désarmés et cantonnés.

 

En les envoyant dans le nord où vit la minorité musulmane, dans un environnement moins hostile, l'ONU espère limiter la casse à Bangui, où la polarisation est très forte. Mais il est impossible de mettre les Tchadiens totalement hors-jeu. Malgré leur double jeu, leur position est incontournable. Le Tchad fournit le contingent le plus important de la Misca, 850 hommes très aguerris. L'armée tchadienne est réputée pour être unes des meilleures de la région. C'est l'élite, issue des Zaghawa, l'ethnie du président, qui a été déployée sur le terrain. Le pays s'est plusieurs fois illustré sur différents fronts : dans le Darfour soudanais ou encore plus récemment comme force d'interposition en Centrafrique. Avec l'argent du pétrole, Idriss Déby a réorganisé et modernisé son armée, qui n'est plus orientée uniquement vers la défense contre les rebelles venus de l'Est. Désormais, le chef d'Etat peut projeter ses troupes à l'extérieur. 

 

Sur le terrain politique aussi, peu de choses peuvent se faire sans N'Djamena, qui exerce actuellement la présidence tournante de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC).

 

La France, engagé militairement, se retrouve elle dans une position embarrassante. Elle a renouvelé cette semaine toute sa confiance au président Idriss Deby, "un partenaire essentiel". En effet, outre la présence de ses soldats sur le terrain centrafricain, le territoire tchadien est une des plateforme militaire les plus importantes pour la France. Présente depuis 1986 avec 950 hommes dans le cadre de l'opération Epervier, elle a besoin de cette place forte pour sa lutte anti-terroriste dans le Sahel. Les Tchadiens ont d'ailleurs été en première ligne aux côtés des Français lors des missions militaires dans le nord du Mali pour déloger les djihadistes . Au Mali, le Tchad a payé le plus lourd tribut en termes de pertes de vies humaines. Paris est dans une obligation, au moins morale, de ménager N'Djamena.

 

La présence en Centrafrique de très nombreux de ses ressortissants explique aussi que le Tchad n'a aucune intention de se laisser marginaliser. Ils sont 35.000 (entre 7.000 et 15.000 à Bangui) à vivre dans le pays, sans compter ceux qui sont originaires du Tchad. Ensuite, déjà menacé de toutes parts le long de ses frontières, à cause de la déstabilisation au Cameroun, au Nigeria, au Niger et en Libye, Idriss Deby ne peut se permettre de laisser s'installer le chaos au sud.

 

Sarah Diffalah - Le Nouvel Observateur

Tag(s) : #Politique

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