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Organisé par la Francophonie ce concours a vu la participation de jeunes de 15 pays d’Afrique centrale et d’Océan indien. Béral a pu parvenir à l’étape finale. A la phase orale, le jeune penseur a répondu à la question de savoir si, face à un régime dictatorial, il était justifié d’utiliser la rébellion comme moyen de changement. Fidèle à son franc parler Béral a répondu par l’affirmative : « Face à ce régime, si on se plait à s’enfoncer dans le labyrinthe de démonstration démocratique, ce serait palabrer sur la 25e heure. Pour se faire entendre par le dictateur, il faut s’installer dans son langage. Et ce langage, c’est malheureusement  la violence », conclut-il. Convaincu, le jury  l’a déclaré premier du concours avec la note de 17/20.


IL a 22 ans. Il est Tchadien. Son nom de guerre : «  provocateur d’art ». Béral Mbaikoubou est un jeune dont le  parcours  singulier présente une belle page d’une jeunesse francophone qui sait s’ouvrir et conquérir son avenir en dépit des difficultés, même profondes.


« Que ces fous là cessent ! Mon cœur ne fait que pleurer ! » La voix qui chante ces mots est lyrique et sévère. C’est celle d’un artiste déterminé : Béral Mbaïkoubou, « le provocateur d’art ». Accroché, le public le regarde fasciné. Lui, guitare à la main, la face tournée vers le ciel, ne voit pas tous ces gens qui l’admirent. Il les sent et parle à leur cœur. A la fin du concert, une jeune fille écrase une larme.


Musicien solitaire, Béral incarne la voix des sans voix. Usant d’un humour poétique et d’une ironie passionnelle, il fustige avec virulence, toutes les ordures de la société. Son ambition : « abattre l’absurde et démolir le  paradis d’enfer que vit la jeunesse tchadienne». Fort de sa conviction, il n’obéit qu’à la voix de son cœur : « De tout thème qui me toucherait, je jure de traiter, et dans la stricte vérité dont seul mon intérieur est  maître », proclame-t-il. Comme genre musical, il choisit le classique français, focalisé sur la valse, le tango et le twist. En l’écoutant, on croirait entendre le Français Georges Brassens ou le Camerounais Cyril Efala.


De  l’hymne à ma guitare  à  Sens interdit  en passant par Ce monde qui bouge, Entre le Diable et Dieu, Des fous , Des cons,  Zut mesdames, Bravo misère , Une seule balle , Médecine qui tue, Francophonie …, il a composé 67 chansons, toutes en français. Passionné de la langue française, il la trouve très précise avec sa diversité lexicale où l’on trouve toujours le mot exact pour exprimer ce que l’on ressent au plus profond de soi. On frissonne en  écoutant les chansons de Béral. «Il diffuse une sorte d’électricité qui électrocute les auditeurs», constate Modilé Belrangar, animateur à FM Liberté. Plusieurs fois interviewé, il  se plait à chanter en direct pour le grand bonheur des auditeurs. Ses fans, nombreux à travers la ville le sollicitent souvent pour enregistrer ses chansons. Mais aucune de ses cassettes ne sort d’un studio moderne faute de maison d’enregistrement au Tchad. Son manager LABE Ricardo se débat pour lui ouvrir une porte de production internationale.


Un écrivain précoce

« Musicien surdoué
 » selon son manager, Béral est aussi un écrivain de talent. Il  se sent aussi bien à l’aise dans les vers que dans la prose. Tout jeune, Béral a déjà écrit quatre essais philosophiques : Aptitude de la Raison Tyrannique (ART), Sacrée trahison, Luminosité ténébreuse, Voile du dilemme et d’un  recueil de nouvelles : Parallèles. Renaud DINGUEMNAIAL, un des animateurs du Salon des belles lettres,  dit de lui qu’ « il est un écrivain  précoce dont les écrits surprennent par leur densité et surtout par leur profondeur ». L’écrivain humaniste, Ali Abderamane Haggar s’est quant à lui écrié : « Béral, il est  légendaire.» Deux de ses écrits se trouvent entre les mains du comité de lecture  des éditions Sao. Pour atteindre  ce niveau qui impose le respect, Béral ne possède pourtant pas tous ses sens. Aveugle depuis sa prime enfance, il se nourrit de ce qui l’entoure et des conversations avec des amis pour alimenter son inspiration plutôt  féconde.

Un parcours singulier

Né le 16 Avril 1981 sous le soleil tropical de N’Djamena, Béral Mbaïkoubou est atteint  par la varicelle à l’âge de trois ans. Paniqués, les parents lui administrent un cocktail de produits pharmaceutiques et traditionnels. Ce mélange de médicaments  lui a sauvé la vie, mais lui a coûté la vue. Les parents ne perdent pas pour autant l’espoir. Avec amour, ils lui inculquent une éducation de combattant. L’enfant n’a point eu à se languir. Il a grandi avec fierté au milieu de ses deux grands frères et sa sœur aînée. « Bruyant, curieux, taquin et peut être même trop agité, j’ai eu une enfance heureuse noyée dans la grande affection de ma famille », se souvient-il.


A sept ans, Béral qui ne se rappelle jamais avoir vu un jour, ne comprenait pas pourquoi on le retenait à la maison alors que ses frères et sœur allaient à l’école. Il pleurait alors à chaudes larmes. Repéré par le Père Baker de la mission catholique, il est accueilli au Centre de Ressource de Jeunes Aveugles. Il intègre ainsi une nouvelle famille dont chaque membre vient d’un groupe ethnique et religieux différents. Cette diversité, Béral la considère aujourd’hui  comme la source de sa richesse culturelle : « cet élan à changer, à abandonner une partie de ses bases culturelles pour aller vers l’autre a  créé en moi une autre culture très évolutive », soutient-il. Il se familiarise aussi l’écriture braille, la menuiserie, le piano  et surtout la guitare qu’il épouse avec amour.


A neuf ans, le petit non-voyant entre à l’école. Il étudie avec des enfants claires-voyants jusqu’à l’obtention  du bac A4 en 2002. Malgré son handicap, « Béral  n’a occupé que des meilleures places aux examens », révèle Altengar Bedaye,  son professeur de philosophie. En classe, Béral prend ses cours en braille. Pour se faire lire par ses professeurs, il transcrit lui-même ses textes en machine dactylographique qu’il manipule à merveille. Pour se cultiver, il se fait lire les ouvrages par des amis et ses encadreurs. D’une écoute particulière, le jeune aveugle retient ainsi l’essentiel des livres aussi volumineux soient-ils.


Face au mépris et certains préjugés à son égard, le jeune aveugle est serein et sans complexe. Il tient cette attitude de sa mère : « Elle m’a appris à me foutre de tout mépris. Elle m’a donné un sens tel que j’ai une jouissance quand je sens qu’on voit autre chose que ce que je suis», lui reconnaît-il. Premier bachelier non-voyant au Tchad, Béral en entrant dans la salle d’examen, s’est senti investi d’une mission : celle « d’ouvrir la porte à ceux qui suivent ou la laisser fermée sur tout le monde » 

 

Francophonie, et l’avenir  s’ouvre.

Alors qu’il préparait le bac, Béral participe à un concours international de dissertation philosophique sur le thème de «paix, démocratie et développement ».  Organisé par la Francophonie ce concours a vu la participation de jeunes de 15 pays d’Afrique centrale et d’Océan indien. Béral a pu parvenir à l’étape finale. A la phase orale, le jeune penseur a répondu à la question de savoir si, face à un régime dictatorial, il était justifié d’utiliser la rébellion comme moyen de changement. Fidèle à son franc parler Béral a répondu par l’affirmative : « Face à ce régime, si on se plait à s’enfoncer dans le labyrinthe de démonstration   démocratique, ce serait palabrer sur la 25e heure. Pour se faire entendre par le dictateur, il faut s’installer dans son langage. Et ce langage, c’est malheureusement  la violence », conclut-il. Convaincu, le jury  l’a déclaré premier du concours avec la note de 17/20.


Le 21 mars 2003 à Libreville (Gabon), en présence du Secrétaire Général de la Francophonie M. Abdou Diouf, Béral a reçu un ordinateur et surtout la promesse d’une bourse d’études de sept ans en sciences politiques à Paris. Comme quoi, le jeune aveugle par son regard qui porte plus loin que les yeux, voyait venir cet exploit. Quatre mois au paravent, il déclarait : « sans la Francophonie, je ne serai qu’un pauvre petit aveugle perdu dans un coin de l’anonymat ».


MINI
-MINI Médard, Tchad
Cet article a remporté le 3ème Prix du concours international de Reporters Francophones AFI 2003.

Tag(s) : #Ambénatna

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