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Depuis le 17 juillet 2012, l’Union des syndicats du Tchad (UST) a lancé un mouvement de grève illimitée pour la revalorisation des salaires dans la fonction publique. Ce mouvement de grève s’explique par le refus du gouvernement d’appliquer l’accord négocié et signé avec la centrale syndicale le 20 mai 2011.

 
L’accord signé avec le gouvernement porte sur l’augmentation de l’indice salarial de 115 à 150. L’UST a constaté que le gouvernement a signé cet accord pour casser le précédent mouvement de grève puisqu’il refuse depuis lors d’honorer ses engagements comme convenu. Les travailleurs se sont sentis trahis, grugés. C’est la raison pour laquelle, ils ont sollicité une rencontre avec le Ministre de la fonction publique  qui n’a rien donné puisque le gouvernement refuse de respecter sa signature et surtout n’accepte pas de prendre en considération les légitimes revendications des travailleurs tchadiens.

Les ministres et Deby se mobilisent et se distribuent les rôles pour contrer les revendications des travailleurs ; Deby se lance à proposer un référendum sur cette question. Un délire incroyable. Le ministre des finances monte au créneau et sur un ton menaçant et arrogant rejette les demandes des travailleurs.

L’UST n’a pas eu d’autre choix que de repartir en grève. A la suite d’une médiation conduite par des chefs religieux, une trêve d’un mois a été acceptée par les travailleurs tchadiens qui ont ainsi prouvé leur sens des responsabilités  et leur volonté manifeste de donner une chance au gouvernement. D’autant plus que ce dernier  avait reconnu au moment de la signature de l’accord que l’organisation syndicale avait fait d’importantes concessions et qu’il lui revenait,  de son côté, de ne pas décevoir les travailleurs  et partant d’appliquer l’accord dans toutes ses dispositions. Aussi, à juste titre, l’UST estime que les travailleurs tchadiens ont suffisamment fait de concessions.

Mais, le gouvernement  s’attelle à chercher les voies et moyens de briser le mouvement social, notamment par des menaces et des manœuvres dilatoires. C’est ainsi que 3 responsables syndicaux ont été condamnés à une peine de 18 mois de prison avec sursis et 1 million de francs CFA d’amende. D’autres ont été sanctionnés par des mesures d’affectation brutales et injustes.

Si ce mouvement  est devenu si important, c’est qu’il traduit bien les aspirations profondes des travailleurs à une amélioration de leurs conditions de vie si difficiles. Eux et leurs familles. Les fonctionnaires avec leurs salaires font vivre des millions de tchadiens.

C’est le plus important mouvement social jamais organisé au Tchad.

Soutenons-les  et  aidons-les en suscitant une action de solidarité internationale. Cette action de sensibilisation doit commencer au Tchad en s’adressant aux différents représentants des Organisations internationales. Comment la communauté internationale peut-elle rester insensible et indifférente à ce combat juste et légitime ?

Comment les partenaires au développement peuvent-ils rester sans réagir quand, eux, mieux que personne d’autre, connaissent l’extraordinaire manne pétrolière que draine le Tchad avec un baril aujourd’hui à 115 dollars ?

Comment l’Union Européenne qui a pesé de tout son poids pour faciliter, voire pousser à la conclusion de l’Accord  Politique du 13 août entre les partis  politiques d’opposition et le gouvernement, ne bouge-t-elle pas pour aider les travailleurs tchadiens ?

Comment comprendre que le pouvoir tchadien ait carte blanche pour continuer à acheter massivement des armes, chaque année, malgré qu’il déclare être en paix aujourd’hui ? Rien qu’en 2011, le régime de Deby a dépensé  420 millions d’euros en achat d’armes ?

Comment à l’heure où les Nations Unies autorisent le recours à la force pour protéger les civils comme cela a été le cas pour la Libye, les organisations internationales, le système des Nations Unies présents au Tchad ne jouent pas leur rôle en émettant des protestations, voire des injonctions  face à cette politique du chantage et d’usure du pouvoir contre les revendications légitimes des travailleurs.

Comment ne pas protester contre un pouvoir qui trompe les travailleurs, signe des engagements et se dédit ensuite en  refusant de respecter sa signature.

Comment peut-on espérer que les travailleurs tchadiens puissent apporter leur quote-part pour construire et développer leur pays si un gouvernement  leur refuse la possibilité de défendre leurs intérêts ?

Comment peut-on accepter, dans ce pays où vous vivez, Messieurs et Mesdames du système des NU et représentants de la Communauté internationale, qu’un ministre des finances fasse un communiqué pour informer les travailleurs que le gouvernement ne leur paiera pas le salaire du mois d’août ? Refuser de payer le salaire des  travailleurs, c’est prendre leur dignité.

 

Aider les travailleurs tchadiens à faire passer leur parole, à mieux vivre dans ce pays où les inégalités sont étalées arrogamment sous vos yeux ; dans ce pays, où vous observez l’ampleur des détournements des fonds publics et  de la fuite des revenus pétroliers vers Dubaï, l’Afrique du Sud et partout ailleurs ; où un nombre  pléthorique de fonctionnaires et de militaires fictifs perçoivent des salaires fous dans plusieurs administrations ne peut pas vous échapper.

L’ensemble de vos organisations indexe, chaque année, le régime de Deby comme étant un mauvais élève en matière de bonne gouvernance, d’orthodoxie budgétaire, de gestion des deniers publics. Que la corruption est son sport favori.


Tous les travailleurs tchadiens sont meurtris de voir le fruit de leur travail, de leurs efforts, sapé par un pouvoir prédateur,  irresponsable et arrogant. Le Tchad occupe toujours la queue du peloton, n’a pas réussi à atteindre, ni même approcher les objectifs du Millénaire en matière de santé, d’éducation, de nutrition des populations. Le projet pétrolier n’a pas réduit la pauvreté et a été un lamentable échec par la faute du pouvoir en place. Aujourd’hui les populations tchadiennes en général et les travailleurs en particulier veulent un geste fort de cette communauté internationale ; mettez de côté les statistiques et tapez sur la table de ce gouvernement. Vous le devez bien à ce peuple que vous côtoyez quotidiennement.


Comment comprendre l’inaction des représentants de la Banque Mondiale et du FMI face aux dépenses de prestige insensées comme l’aéroport de Walia à 600 milliards, l’édification de bâtiments publics à des prix faramineux et hors normes, alors que les représentants de ces mêmes Institutions dans d’autres pays africains donnent leur avis et parfois rejettent des dépenses de prestige, et contrôlent  aussi l’attribution et le montant des marchés publics.


Hier, c’était le Darfour qui était mis en avant pour justifier l’arbitraire et l’inqualifiable. Aujourd’hui, certains nous parlent du Nord Mali. Ainsi donc, la destinée du peuple tchadien est de servir de monnaie d’échange à une Communauté Internationale  cynique.


Depuis 2003, les chiffres sont là pour l’attester, à qui ont profité et où sont passés les revenus pétroliers ? Quelle a été la part qui a réellement bénéficié aux travailleurs, aux vrais travailleurs ? Peut–on, aujourd’hui, dire légitimement et objectivement que les travailleurs tchadiens en demandent trop ?


Nous demandons à l’UST de saisir cette Communauté Internationale à travers ses Représentations au Tchad, de demander à les rencontrer, de faire savoir officiellement  leur refus ou leur position.


Nous demandons aux chefs religieux qui ont mené la médiation, laquelle a abouti à une suspension d’un mois de la grève pour donner une chance aux négociations mais qui a été en fin de compte un échec car le gouvernement n’a pas souhaité négocier mais à profiter de cette trêve pour porter des coups au mouvement social, nous demandons donc à ces chefs religieux d’avoir le courage dès lors d’apporter publiquement leur soutien aux travailleurs.


Nous appelons l’UST d’élargir, si ce n’est déjà fait, la sensibilisation à l’échelle internationale. Appelons à la solidarité des centrales syndicales de la zone CEMAC, de l’espace francophone. Demandons le soutien des organisations syndicales internationales. Envoyons des mémorandums détaillés sur la condition des travailleurs tchadiens. Dénonçons la politique antisociale du gouvernement. Il est vital de faire connaître et d’apporter un éclairage international sur les problèmes des travailleurs tchadiens.


Cette action de solidarité est importante quand la démarche centrale du pouvoir de Deby a été d’imposer un black out médiatique afin d’isoler le mouvement social et de le faire céder à l’usure. Quand il a sévi contre les journalistes tchadiens qui ont publié le texte de l’UST sur les revendications, son objectif était le même.


Nous sommes prêts à relayer les consignes de l’UST qu’il s’agisse d’envois de mails de protestation, d’informations à des institutions ciblées. Les travailleurs tchadiens et à travers eux, des millions de tchadiens ont besoin de nous tous, à travers nos sites et nos blogs, nous pouvons contribuer, avec nos modestes voies et moyens, à porter leur combat, leurs revendications qui sont aussi les nôtres. Toutes les initiatives sont les bienvenues. Ouvrons largement nos sites et blogs à l’UST et montrons que la Diaspora Tchadienne peut mener un combat fort contre ce régime autiste de Deby, qui claque 12 milliards de FCFA pour se marier et refuse d’honorer ses engagements envers les travailleurs.


Travailleurs de l’UST, nous attendons vos consignes, vos souhaits... pour élargir et renforcer les propres initiatives des uns et des autres en vue du succès de votre combat qui est aussi celui de tous les Tchadiens.

 

La Rédaction de Zoomtchad

Tag(s) : #Ambénatna

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