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genguinassou.jpgLe coup d’accélérateur dans le processus de normalisation des relations entre le Tchad et le Soudan s’est produit quand les autorités tchadiennes ont fait savoir qu’elles ne désiraient pas le renouvellement du mandat des forces de la MINURCAT positionnées sur la zone frontalière avec le Soudan.

L’absence de réactions de la part des pays qui ont mené campagne et voté au Conseil de sécurité, l’envoi d’abord de l’EUFOR puis ensuite de la MINURCAT, laissait supposer que, si retrait il y a, il allait se faire en plein accord avec les membres du conseil de sécurité. A n’en pas douter, cette « décision tchadienne » était un élément important dans le règlement de la crise entre le Tchad et le Soudan. Il était clair que les choses prenaient une tournure plus sérieuse et un pas important venait d’être fait par le régime de Deby. On aura relevé le silence assourdissant sur la situation des réfugiés du Darfour censés être protégés par la Minurcat car victimes de « génocide ». Personne parmi la kyrielle d’ONG et de personnalités « émues » par les problèmes au Darfour, ni même d’ailleurs les Nations unies, elles-mêmes, personne n’a demandé au TCHAD de reconsidérer sa position. C’est bien la preuve que les réfugiés étaient un prétexte.

Force est de constater que cette évolution a commencé par la convocation de Deby par Sarkozy, rencontre au cours de laquelle les contours de la nouvelle politique franco- américaine dans la sous-région lui a été exposée, avec entre autres, la fermeture envisagée de la base militaire française au Tchad.

L’accord entre le Tchad et le Soudan a été signé à la mi-janvier, mais certaines clauses, notamment celles qui concernent le point le plus important à savoir le démantèlement réciproque des rébellions posaient des difficultés, ce qui explique que cet accord n’a finalement été rendu public que très récemment.

L’opération de démantèlement des rébellions ne se pose pas de la même façon pour les deux pays. Les hommes du MJE (rébellion du Darfour) ont été l’ossature militaire de Deby pour la conquête du pouvoir, ils sont partout au Tchad et bénéficient d’un soutien important des USA et d’Israël sans compter celui du Tchad. C’est une rébellion bien organisée et, de par la diversification de ses soutiens, a acquis une certaine autonomie par rapport à Deby. Cette rébellion a participé, aux côtés de l’armée gouvernementale, à tous les accrochages avec les rebelles à l’Est et a contribué à repousser l’attaque de Ndjaména. La situation du MJE après l’offensive sur OM DOURMAN, s’est fortement consolidée, partant le mouvement est devenu encore plus puissant.

En revanche, les rébellions tchadiennes se sont sclérosées par la faute de leurs leaders, divisés, velléitaires, fortement dépendants de leur sponsor et pratiquement incapables de rebondir en s’organisant pour aller à l’essentiel. C’est donc une rébellion désorganisée, démobilisée, totalement inactive et pas vraiment dangereuse pour Deby que le Soudan se propose de « démanteler ». Parallèlement, c’est un MJE fort, puissant, bien déterminé à s’en prendre au régime de Khartoum que Deby se propose de « neutraliser ». Mais, les deux régimes dont la confiance réciproque demeure encore à un niveau très bas vont-ils, l’un comme l’autre, aller au bout de leurs engagements ? Ce n’est pas évident, aussi fortes que soient les pressions de tous ordres (internes et externes) qui s’exercent sur l’un et l’autre.

Les difficultés, voire les dangers ne sont pas à négliger, c’est pourquoi Deby a dilué une partie du MJE dans l’armée Tchadienne, des postes dans l’administration, dans la police et la douane leur ont été proposés, histoire d’atténuer l’onde de choc compte tenu des liens claniques et de tous les services rendus à Deby. Il y a trois jours, la garde présidentielle a été purgée de nombreux éléments apparentés aux responsables du MJE; par prudence Deby n’est pas allé à Addis-Abeba pour assister au sommet de l’UA.

Comme on peut le constater, avec cet accord de démantèlement des rébellions, c’est le Soudan qui fait la belle affaire car le MJE est plus dangereux pour lui que ne le sont, actuellement, les rebelles tchadiens pour Deby.

La pilule du lâchage du MJE passe très difficilement au sein du clan et du proche entourage de Deby. De nombreuses personnes ne comprennent pas pourquoi, alors que les forces gouvernementales ont le dessus sur les rebelles, alors que le MJE se préparait à attaquer de nouveau avec de réelles chances de succès, pourquoi Deby accepte-t-il de
le démanteler ? Idriss Deby a expliqué que la France envisage de fermer sa base militaire, que ferions-nous alors si les rebelles bougeaient, s’exclama-t-il !

La fête du camp Deby à l’annonce de l’accord Tchad-Soudan est visiblement gâchée. Dans tous les cas de figure, le MJE dispose des alliés solides à Ndjamena qui ne sont pas prêts de baisser les bras, et ils sont déterminés à honorer la « dette de sang ». La porosité de la frontière entre les deux pays fera le reste.

La Libye a aussi beaucoup œuvré pour l’aboutissement de cet accord, elle financera la force mixte qui doit patrouiller le long des frontières. Elle va ainsi contribuer à pacifier du moins à apaiser une zone dangereuse pour la sécurité du régime soudanais lequel sera bientôt confronté à de grandes difficultés liées au référendum sur l’indépendance du Sud où il est quasiment certain que l’indépendance sortira des urnes. Se poseront alors des questions vitales pour Al BECHIR à savoir la délimitation du territoire et bien sûr, la bombe du partage des ressources pétrolières et autres. Il va sans dire que le différend sur ces questions peut dégénérer en une confrontation armée, d’autant plus que le régime de Khartoum peut compter, au Sud même, sur le ralliement à sa cause de nombreuses tribus alliées franchement hostiles à celle des Dinka qui y monopolisent et le pouvoir et le beurre du pouvoir.

Imaginez un seul instant que le MJE choisisse ce moment de conflit entre Khartoum et Juba pour frapper à son tour…. L’ensemble des rébellions du Darfour en sont conscientes, c’est pourquoi aucune n’est vraiment pressée de faire la paix avec Khartoum. On peut comprendre que le MJE enrage et parle de trahison de la part de DEBY.

L’accord Tchad-Soudan est une bouffée d’oxygène pour Al Béchir et une montagne de problèmes pour Deby.

Par rapport à l’argument que Deby serait désormais tranquille car point de rébellions à l’Est, on pourrait faire remarquer qu’en arrivant au pouvoir, Idriss Deby avait hérité d’un pays sans rébellion, ses dérives, ses méthodes expéditives ont engendré de multiples rébellions. Cela veut dire que Deby continuera sa répression et opposera toujours son refus obsessionnel à ce que les hommes politiques du Nord puissent participer, en s’inscrivant dans l’opposition légale, à la parodie de démocratie qu’il a instituée. Les conditions mêmes qui entourent le démantèlement de cette rébellion par le
Soudan, en fait une espèce de reddition forcée et organisée, assurera, à coups sûrs, le redéploiement et/ou l’émergence de nouvelles rébellions. Toutes les raisons multiples et variées qui ont poussé plus de 10.000 jeunes Tchadiens, de centaines de cadres à mettre en péril leur vie dans des conditions parfois inimaginables, toutes ces raisons sont là, et rien n’a changé sous le ciel tchadien.

C’est, quand on se croit très fort, qu’on tombe plus vite. Tous les Tchadiens sont des rebelles.

Tag(s) : #Politique

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