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Après cette longue et pénible lecture que nous a imposée le jeune combattant Brahim, fils du défunt Ibni Oumar Mahamat Saleh, j'ai dû prendre un peu de recul avant de me saisir de mon clavier et rédiger ce que vous allez lire et qui reflète que mon propre sentiment. 
 

D'emblée, je dois vous avouer que cette déclaration que nous a servie Ibni fils me laisse quelque peu perplexe et soulève en moi une multitude d’interrogations. 

Je m'interroge d'abord sur la forme que revêt cette « alliance de jeunes patriotes tchadiens » ? Est ce que c'est un mouvement politico-militaire de plus ? Ou bien est ce que c'est un mouvement de jeunes pour une prise de conscience collective sur le danger que représente le régime Deby pour nous ? Aussi, je me demande bien comment l'alliance compte t-elle apporter son soutien à l'UFR ? A ce niveau, en tant que jeune, je suis resté sur ma faim. L'alliance en tant que telle n'apparaît pas dans cette déclaration. Brahim nous a servi un condensé des crimes du régime Deby sur ces 19 années de règne. Et il en a oublié bien d’autres. Donc, rien de nouveau, juste un rappel douloureux.

Le devoir et la vérité m'obligent de dire que certains passages de cette déclaration heurtent ma conscience. Car, en lisant attentivement certains paragraphes de celle-ci, j'ai l'impression qu'il n'y a eu qu'un seul martyr au Tchad de Deby et c'est Ibni Oumar Mahamat Saleh. Je comprends parfaitement bien que le fils parle de son défunt père, mais attention, il ne faut non plus verser dans l'amalgame et occulter d'autres événements aussi tragiques que l'affaire Ibni. Dieu sait que notre pays en a connu bien d'autres. La preuve a été apportée par Brahim himself dans la longue liste macabre dressée exhaustivement par ses propres soins.


Ainsi, quand Brahim dit : «.... Mais il y a 19 ans, des hommes se sont levés. Parmi ces hommes, il y avait mon père, le professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh. Il s’est levé pour dire non, non à l’arbitraire, non à l’injustice, non à la tyrannie.... ». Sur ce point précis, véritablement, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur le type d'opposition pratiqué par le parti d'Ibni Oumar. En ma connaissance, jamais en 18 ans d'existence, le PLD n'a dénoncé publiquement et avec vigueur tous les crimes crapuleux et odieux commis par le régime Deby. Ce qui fait que ce dernier a pu continuer en toute impunité sa lancée meurtrière pour finalement s'acharner sur Ibni Oumar lui même. Et ça continue.

Évidemment, j'aurais aussi souhaité qu'on cite au moins deux ou trois noms de ces nombreux braves hommes qui ont tenu tête à Deby. Oui, il y en a qui ont tenu tête à Deby à l'intérieur même de N'djaména. Entre autres, on peut citer Ousmane GAM et Djibrine Dassert qui faisaient parti de l'épopée du MPS mais qui, dès le début de l'année 1992, ont démissionné du MPS et dénoncé avec vigueur les tueries, les détournements de deniers publics, l'arbitraire, le tribalisme, l'anarchie, bref le comportement irresponsable, pervers, mafieux et dangereux des nouveaux dirigeants du Tchad. Les idéaux de liberté, de démocratie, de paix, d’unité et de bonne gouvernance prônés au maquis par le MPS, ont été rangés dans les oubliettes dès les premières de la victoire sur la dictature.

D'autres patriotes avaient très tôt vu venir l'horreur et ont préféré prendre leur distance de ces crapules qui se sont hissées aux commandes au Tchad à la fin de l'année 90. Ils ont refusé toute collaboration avec le régime Deby malgré les tentatives répétées de corruptions et d’intimidations. Il y a aussi ceux qui ont bravé l'exil afin de ne pas être coupable et comptable de cette apocalypse qui s'annonçait clairement au Tchad.

Comme tu vois Brahim, le Tchad aussi a ses grands hommes parmi ces Africains que tu as nommément énumérés et qui, en réalité, n'ont pas une histoire si extraordinaire. Dès le début des années d'indépendance, Ahmat Khoulamallah, Jean-baptiste, Abbo Nassour, Outel Bono, Adoum Maurice El Bongo...etc., pour ne citer que ceux-là, ont dénoncé la dictature de Tombalbaye et beaucoup ont dû payer de leur vie.

Notre pays a été aussi victime d'une folie furieuse d'un voisin maléfique et mégalomane qui, malheureusement, continue toujours à semer la zizanie dans notre pays. Le Tchad a été annexé dès 1973 et finalement envahi et occupé de 1980 à 1987 par des forces étrangères en l'occurrence celles de la Libye du Colonel Khadafi. Il a fallu que des hommes se mobilisent et consentirent d'énormes sacrifices pour chasser l'envahisseur pour que le Tchad recouvre sa souveraineté territoriale et surtout ôter de l'esprit de l'envahisseur cette obscure idée expansionniste qu'il nourrissait contre notre pays. Ce sont là des exploits historiques que peut être tu ignores mais qui resteront à jamais gravés dans la mémoire collective du peuple tchadien. Récemment encore, Idriss Deby Itno se glorifiait de cette période héroïque où le gouvernement tchadien forçait le respect à la Libye et à la France.

Et que dire de la paix de brave réussie au Tchad. Plus d'une dizaine de tendances politico-militaires morcelaient le Tchad et le rendaient instable, ingouvernable, invivable. Les frères Tchadiens ont pu discuter entre eux pour trouver des compromis et faire la paix. Accords de paix entièrement respectés par le gouvernement du Président Hissein Habré, ce qui a permis aux armes de se taire les unes après les autres sur tout le Tchad et aux protagonistes de pouvoir rentrer chez eux, réhabilités, sécurisés et responsabilisés dans le gouvernement. On peut citer parmi une liste très longue ceux qui sont toujours actifs : Kamougué, Alingué, Acheikh, Kotiga, Mahamat Saleh Annadif, ...et j'en passe. Je rappelle aussi qu'il y avait un Ministre du plan et de la coopération qui a brillé de mille feux, feu Ibni Oumar Mahamat Saleh.

C'est un exploit qui doit servir d'exemple non seulement pour nous Tchadiens mais également pour l'Afrique toute entière. La Cote d'Ivoire, le Congo, le Libéria, la Sierra-Léonne, le Niger et le Soudan s'arrachent les cheveux pour recoller les morceaux de l'unité nationale et de la paix.

Tout cela est héroïque et on ne sait pas pourquoi aux yeux de Brahim ça ne compte pas tellement. Ailleurs, on fait des tollés pour moins que ça.

Dans le registre des crimes odieux et abominables, je me permets de compléter ta liste en rappelant l'assassinat lâche du Lieutenant Moise Kété et du Capitaine Laokin Bardé Frisson alors qu'ils étaient conviés à la table des négociations avec le gouvernement de Deby.
Yaya Batil, vaillant combattant du Mdjt, a été fait prisonnier dans le Tibesti et froidement exécuté à N'djaména après avoir été présenté à la télé-tchad où il a craché sur la face de Deby. Récemment encore, plusieurs combattants de l'UFR faits prisonnier dans les différents combats sont froidement exécutés.

Le régime Deby ne s'est pas limité aux hommes qui le combattent armes à la main. Il a aussi assassiné leurs enfants en allant les cueuillir dans leurs domiciles et même dans les cours de l'école. Pire, même les femmes n'ont pas été épargnées, la soeur cadette de Timane Erdimi, Gani Nassour, et celle de Guihini Koreï, Dochi Koreïdo, ont été odieusement assassinées à N'djaména.

Sans oublier tous les cas de viols horribles qui ciblent précisément des familles qui ont refusé l’humiliation et l'aliénation. Comment comprendre qu’une autorité ministérielle puisse accepter le kidnapping de ses propres filles ? Comme admettre qu’un homme impose le mariage à deux sœurs de même père et même mère ? Comment faire face à tous ces cas de mariages forcés ? Le régime Deby, c'est un océan de barbaries.
 
Pour finir, que faut-il retenir de la déclaration d'Ibni fils ? Faut-il continuer la lutte armée déjà enclenchée pour débarrasser le Tchad du virus des Itno ou bien faut-il privilégier le dialogue pour parvenir à une paix durable au Tchad ?

Brahim préconise une commission « vérité, justice, pardon, réparation, tolérance et réconciliation 
». Cette formule présente des contrariétés énormes. En effet, « justice et pardon », « réparation et tolérance » sont des concepts qui s'opposent. On ne peut pas réclamer justice et pardonner en même temps. Tout comme on ne peut pas tolérer et réclamer des réparations par la suite.
Les pays qui ont initié ces commissions ont tous privilégié la réconciliation à travers la vérité sur le passé et le pardon. C'est le cas de l'Afrique du Sud (Vérité et réconciliation), le Maroc (Instance, Equité et Réconciliation), le Libéria (Vérité et réconciliation), le Togo (Vérité, justice et réconciliation), le Kénya (Vérité et réconciliation) et le Sénégal (Pacte républicain pour la paix et la réconciliation).

L'assassinat d'Ibni Oumar Mahamat Saleh est certainement la goutte d'eau qui a fait débordé le vase. Il faut dire que la coupe était déjà pleine. Maintenant que tout le monde se lève et suive l'exemple courageux des héritiers d'Ibni Oumar pour dénoncer le régime criminel d'Idriss Deby Itno afin que cesse cette barbarie qui n'a que trop duré.

A bon entendeur, salut.

Bakari Moussa
Niamey, Niger

Tag(s) : #Ambénatna

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