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La Sud-Africaine Caster Semenya a remporté haut la main la finale du 800 mètres des championnats du monde d'athlétisme de Berlin. Mais la rumeur enfle : est-elle vraiment une femme ?


A 18 ans, la Sud-Africaine Caster Semenya a déjà un parcours sportif hors du commun. Mercredi, lors des championnats du monde d'athlétisme de Berlin, elle ne s'est pas contentée de remporter la finale du 800 mètres. La championne a mis ses adversaires à genoux – la Kenyane Janeth Jepkosgei, tenante du titre, a pris la deuxième place à plus de deux secondes -, pulvérisant son record personnel d'une minute et 56,72 secondes, record qu'elle avait établi le 31 juillet dernier lors des championnats du monde juniors, en progressant déjà de huit secondes par rapport à 2008.

Ces résultats impressionnent. A tel point que le doute s'est instauré. Non pas quant à un éventuel dopage, mais plutôt quant à son sexe. Caster Semenya est-elle véritablement une femme? Ou bien un hermaphrodite présentant des attributs féminins et masculins? Voire un homme? Les rumeurs du stade ont contraint la Fédération internationale (IAAF) à soumettre la jeune sportive à des examens. "Dans le cas de cette athlète, après sa réussite aux championnats d'Afrique juniors, les rumeurs, les ragots ont commencé à se propager", a raconté mercredi Nick Davis, le porte-parole de l'IAAF. Et d'ajouter: "Ces examens de vérification de sa féminité sont une procédure extrêmement complexe. Nous ne disposons d'aucun élément déterminant qui aboutirait au fait qu'elle ne soit pas autorisée à courir." En 1992, l'IAAF avait supprimé les tests salivaires de féminité – instaurés dans les années 1960 en raison des soupçons planant sur certaines athlètes soviétiques, saturées de testostérone – car jugés peu fiables.

"Je n'ai jamais douté de son genre"

En l'état, les propos de l'IAAF laissent supposer qu'aucun élément ne permet d'affirmer catégoriquement que l'athlète - au corps masculin et à la voix grave - est bien une femme. Et ce d'autant plus qu'il faudra encore attende deux à trois semaines pour connaître le verdict des experts. Le secrétaire général de l'IAAF, Pierre Weiss, a toutefois précisé qu'en cas de résultat corroborant la rumeur, le nom de l'athlète serait retiré de la liste des vainqueurs. L'Afrique du Sud est prête à défendre sa championne. "Semenya, notre fille en or", peut-on lire dans
l'éditorial du quotidien The Sowetan jeudi. Le président de l'athlétisme sud-africain, Leonard Chuene, estime lui qu'en colportant cette rumeur, les médias cherchent à "détruire" la jeune athlète. "Mais ils ne réussiront pas", a-t-il prévenu dans les colonnes du Sowetan. Et de s'interroger: "Elle a participé aux championnats d'Afrique juniors et à d'autres événements internationaux, cette question n'a jamais été soulevée. Pourquoi maintenant ? Est-ce que c'est parce qu'ils n'attendaient pas qu'elle fasse aussi bien pour sa première participation à un championnat senior ?"

Le patron du comité olympique sud-africain, Gideon Sam, juge pour sa part que "sa victoire est d'autant plus remarquable qu'elle a dû faire face aux allégations des médias à propos de son sexe". Sa famille est également montée au créneau. "C'est ma petite fille. Je l'ai élevée et je n'ai jamais douté de son genre. C'est une femme et je peux vous le répéter un million de fois", a déclaré son père, Jacob Semenya, selon des propos rapportés par The Sowetan. "Pour la première fois en Afrique du Sud, nous pouvons être fiers de quelqu'un. Ce n'est pas juste", a-t-il ajouté, demandant à ses détracteurs de "laisser sa fille tranquille". Dans Times, sa grand-mère, Maphuthi Sekgala, 80 ans, raconte que sa petite-fille a toujours été moquée pour son physique hors du commun. "Ça ne me dérange pas beaucoup, parce que je sais qu'elle est une femme, je l'ai élevée moi-même", a-t-elle confié au quotidien britannique depuis son village sans eau ni électricité, situé dans le nord du pays. "Elle m'a appelée après les séries et elle m'a dit 'Ils croient que je suis un homme'. Que puis-je faire si on la traite d'homme, puisqu'elle n'en est pas un? C'est Dieu qui lui a donné cette apparence", a encore raconté la grand-mère.

Cette affaire n'a rien d'inédit dans l'histoire de l'athlétisme. En 1932, l'Américaine d'origine polonaise Stella Walsh remporte le 100 mètres des Jeux olympiques de Los Angeles. A sa mort, en 1980, une autopsie établit qu'elle était en fait un homme. Idem pour deux sprinteuses de l'équipe de France après la guerre,
Claire Bressolles et Léa Caurla. Il y eut ensuite les manipulations hormonales: lors des jeux de Tokyo en 1964, 26,7% des femmes championnes olympiques n'étaient pas authentiquement des femmes. Au début des années 1990, la lanceuse de poids allemande, Heidi Krieger, reconnaît, elle, une prise régulière d'anabolisants qui a transformé son corps. A tel point qu'en 1997, elle subit une opération et devient monsieur Andreas Krieger. Dernier exemple en date: aux Jeux asiatiques de 2006, l'Indienne Santhi Soundarajan se voit retirer sa médaille d'argent du 800 mètres après un test révélant qu'elle était un homme. Pour lever tout soupçon, Pékin a instauré en 2008 des tests hormonaux systématiques pour toute athlète féminine présentant une morphologie "suspecte".

Source : JDD

Tag(s) : #Divers

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