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Idriss Deby Itno pourrait respirer encore, ne serait-ce que le temps d'un hivernage. Il pourra mettre à profit ce précieux intervalle de temps pour mieux s'organiser, se réarmer davantage et surtout continuer à débaucher des éléments valeureux de la résistance nationale. Si le régime MPS jubile et croit plus que jamais à son invincibilité, on ne peut dire que la rébellion se porte bien. De l'avis général, incontestablement, la rébellion de l'Est traverse une impasse et des crises aiguës.

L'orientation politique, l'organisation administrative et surtout la gestion financière des mouvements font l'objet de critiques acerbes. Des remous n'épargnent aucun mouvement rebelle et c'est presque à tour de rôle qu'ils subissent les aléas de ces différents échecs militaires. Sur ce point précis, soulignons que ce ne sont pas les combattants qui sont en cause mais plutôt les stratégies militaires, les conceptions politiques anachroniques, la communication, et un peu le matériel militaire.

Dans ce chapitre de contestations, Il y a d'abord le cas FSR du Colonel Hassaballah Soubiane qui, dès le départ, a placé très haut la barre en dénonçant vigoureusement les tripatouillages constitutionnelles. Sa lutte inscrite sous cet angle a séduit car revêtant une forme démocratique louable. Puis, il enfonça le clou en posant l'équation Timane Erdimi. Non résolue, Ahmat Hassaballah Soubiane et ses hommes ont préféré suivre la suite des événements en spectateurs. Leur passivité au sein de l'UFR n'est pas sans conséquences quand on sait que le FSR comprend de grands baroudeurs qui ont déjà fait leurs preuves à Am-zoer et ailleurs.

Cependant, les négociations entreprises sous l'égide de la Libye du Colonel Khadafi avec le régime de N'djaména ont été perçues à juste titre comme un acte de trahison par le peuple tchadien. Du moins, ceux qui aspirent ardemment au changement positif. Dès lors, Soubiane et ses hommes se retrouvent dos au mur et seraient en quelque sorte condamnés à se rendre mains et pieds liés au diable Deby. Inutile donc de s'évertuer dans des explications tortueuses car c'est du déjà vu ! Le FSR n'est pas le premier et certainement pas le dernier dans ce registre de ralliements. A suivre donc.

Quant à l'UFDD du général Mahamat Nouri, il ne finit pas de se désintégrer. Rappelez-vous que ce grand mouvement armé a enfanté l'UFCD, l'UFDD/F, l'UFDD/R. Aujourd'hui encore, pour la nième fois, une crise couve au sein dudit mouvement et pourrait même déboucher sur la création d'une nouvelle faction avec un sigle semblable aux autres.

En effet, depuis plusieurs semaines, deux camps s'opposent ouvertement, l'un bien campé derrière le président du mouvement, le Général Nouri et l'autre mobilise l'essentiel de l'état major militaire. Ce dernier camp ne supporte plus le pilotage à vue du mouvement, critique la gestion financière et la passivité de la direction politique.

L'argent étant le nerf de la guerre, on est arrivé très rapidement à des situations extrêmes, surtout quand il s'agit de prendre en charge des blessés de guerre. En effet, comment peut-on comprendre que ces derniers soient contraints de recourir à l'aide de la famille à N'djaména ou à l'étranger, pour pouvoir se soigner et se nourrir convenablement ? Cette attitude inexplicable et intolérable de la présidence de l'UFDD est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Même si celui-ci était full depuis bien longtemps. Ainsi, les mutins réclament la démission pure et simple du président du mouvement, à défaut la tenue d'un congrès qui sera l'occasion à chacun de vider ce qu'il a dans son ventre et surtout de diagnostiquer les problèmes majeurs du mouvement voire la désignation d'une nouvelle direction politique et militaire.

Pour l'instant, c'est toujours le statu-quo. Notons tout de même l'existence d'un courant plus conciliant qui joue au médiateur entre les deux camps, s'activant énergiquement pour garder uni ce qui reste de la grande famille de l'UFDD. Des résultats non négligeables sont enregistrés mais il reste beaucoup à faire. C'est décisif, ça passe ou ça casse à l'UFDD car les choses ne seront plus gérées comme avant.

L'UFDD/F n'est pas épargnée par ce courant de division, juste avant les offensives militaires du mois de mai dernier sous la bannière de l'UFR dirigée par Timane Erdimi, certains de ses éléments ont regagné le FSR. Le mouvement a ensuite accusé un coup certain suite à la capture de son comchef, le Colonel Hamouda Béchir. Le moral n'est pas au beau fixe mais on note une farouche détermination pour sa libération.

C'est au sein de l'UFCD que demeure le plus grand mystère. Ce mouvement a vite grandi et convoitait même un temps à l'UFDD le rôle moteur de la résistance nationale. Aujourd'hui, force est de constater que le mouvement est plongé dans un sommeil profond. Les blogs et sites Internets sympathisants, jadis très actifs, se sont progressivement tempérés. Ici aussi la guerre des clans fait rage en douceur et met constamment en compétition le Colonel Adouma Hassaballah, Tounissi, Fizani, … et même Assali. Sans oublier la parenthèse FNTR avec Ahmat Yacoub – Charfadine, espions avérés de Deby infiltrés pour semer la zizanie. Du coup, ce grand mouvement armé de l'Est s'est auto-neutralisé, hypothéquant sérieusement ses grandes ambitions nationales. 

Et en fin le RFC. Mais que dire de ce mouvement qui s'est progressivement vidé de ses forces combattantes. Beaucoup de ses éléments ont rallié le camp Deby en plein combat du mois de mai dernier. Chose que le gouvernement n'a pas souhaité exploiter médiatiquement afin de ne pas minimiser sa victoire militaire. C'est donc un RFC très affaibli qui préside la résistance nationale. Néanmoins, Timane Erdimi n'a point de contact avec Deby.

Tous ces ingrédients font que l'UFR a hérité d'un grenier plein de problèmes de toutes natures. La supervision est toujours d'une complexité très élevée. Si ces leaders de la rébellion n'ont pu gérer plus ou moins correctement leur propre structure, comment pourraient-ils être à la hauteur de cet ensemble qu'est l'UFR ? L'incompétence des chefs et la division qui minent leur structure respective constituent à elles seules leurs principales faiblesses face à Idriss Deby et ses alliés. Ces derniers ne désarment pas et continuent de renforcer leur dispositif de défense et peut-être même d'attaque car le régime islamique soudanais est toujours dans la ligne de mire des occidentaux qui utilisent le Tchad comme base arrière pour sa déstabilisation. C'est ainsi qu'on a appris des manoeuvres militaires vers Fada autour d'une force mixte MJE-ANT-France-Israël. C'est peut être ce dernier développement qui explique la convocation de tous les leaders de la rébellion de l'Est à Khartoum pour les préparatifs d'une nième offensive.

La question que tout le monde se pose est la suivante : comment des mouvements rebelles qui rencontrent de sérieux problèmes en interne, un problème de leadership et d'organisation peuvent-ils mener avec succès des opérations militaires ?

Wait and see...

Tag(s) : #Politique

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