Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog



Le Général Félix Malloum, deuxième président de la République du Tchad (1975-1979), décédé le 12 juin dernier à Paris, a reçu avant hier à la place de l'indépendance de N'djaména, les honneurs militaires et politiques du Gouvernement d'Idriss Deby Itno.

La Télé-Tchad s'est une fois de plus distinguée par un reportage fortement propagandiste, malgré le coté deuil de l'événement. En effet, en voulant coûte que coûte donner à l'événement une dimension nationale, le régime MPS a une nouvelle fois essuyé un cinglant désaveu de la population tchadienne. Dès lors, peut-on vraiment parler d'hommages de la nation tchadienne l'égard de l'ancien président, le Général Félix Malloum ?
Si dans l'immédiat, comme se veut la tradition en période de deuil, les gens préfèrent se retenir et ne dire que bien du disparu, nous avons déjà relevé des commentaires très équilibrés. Ce qui veut dire que les commentaires objectifs et révélateurs sont attendus dans les prochains jours.

Félix Malloum, comme l'a si bien énuméré dans discours le Ministre de la défense nationale, le Général Kamougué, par ailleurs compagnon de longue date du défunt, a occupé de très hautes responsabilités militaires et politiques depuis l'indépendance du Tchad jusqu'en février 1979, année où les rébellions armées du Nord, FAN - FAP, dirigées respectivement par les deux anciens Présidents Hissein Habré et Goukouni Weddeye, parviennent à mettre fin au Conseil Supérieur Militaire (CSM) qui règnait sur le pays après le coup d'Etat du 13 Avril 1975 qui a donné la mort au premier président du Tchad, François Ngarta Tombalbaye.

Pour la petite histoire, rappelons que craignant les pratiques mystiques de Tombalbaye, notamment vaudou, le duo Malloum et Kamougué avait décidé d'expédier le « malheur » au plus loin possible de leurs contrées. Et c'est aux alentours de la ville de Faya que le corps du président Tombalbaye a été enterré en catimini. En 1994, Idriss Deby rapatriera les restes de Tombalbaye à son village natal au cours d'une cérémonie officielle autour de la famille de l'ancien président.



Ainsi donc de 1963 à 1979, Félix Malloum a commandé l'armée nationale tchadienne et donc a personnellement mené la guerre contre le FROLINAT. Les témoignages des exactions contre les populations du nord du Tchad sont nombreuses et douloureuses. Un véritable crime contre l'humanité qui pèsera très lourd sur les épaules des organisations des droits de l'homme.

Exilé depuis sa chute en 1979, Félix Malloum se réfugie au Nigéria jusqu'en 2002. D'après certaines informations, ce sont les Ong des droits de l'homme qui l'ont convaincu de rentrer au Tchad où il bénéficierait de l'amnistie générale décrétée par Idriss Deby et éviterait ainsi le risque d'être poursuivi au Nigéria pour crime contre l'humanité.

Avec l'affaire Habré, plusieurs Tchadiens sont montés au créneau pour dénoncer la politique sélective des organisations des droits de l'homme.



Dans son article intitulé « 22 ans de silence complice, 8 ans de parti pris » Monsieur Moustapha Brahim écrit :
« … Le Tchad est un pays en guerre depuis bientôt 30 ans, c'est ainsi que le monde entier résume la situation politique de ce pays. Indépendant depuis 1960, on pouvait s'attendre de la part des organisations des droits de l'homme qu'on nous informe sur le respect des droits de l'homme pendant toute cette période. Etant en situation instable depuis 1963 jusqu'à nos jours, fort étonnement, les rapport des ligues des droits de l'homme ont choisi une période allant de 1982 à 1990. Pourquoi ?

- De 1963 à 1975, règne de Tombalbaye et de sa compagnie tchadienne de sécurité, la sinistre CTS. Dix huit ans de dictature, pas une seule ligne, pas un seul rapport, bref un mépris total pour tous ces milliers de victimes. Une formidable amnésie agissante, me-direz vous ? Pendant ces dix huit ans de règne de Tombalbaye et ses collaborateurs, tous vivants et occupant actuellement des postes à responsabilité, qu'ont t-ils fait ces Intéramwé ? Nous avons quelques questions à poser à nos businessmen de l'industrie humanitaire :

- Où sont passés certains habitants des villages de Zouar, Ounianga-Kébir un certain 17 juin 1965 ?

- Où sont ceux qui ont déshabillé nos grand-pères ? Ils s'appellent commandant Djimasta, Ngartoïdé, Patassé. Où sont ceux qui ont rasé la tête de nos grand-mères ? Ils s'appellent capitaine Ngartoloum, Colonel Félix nadjimtobé, Commandant Djimtoloum.

- Où sont Faki Abdelsalam Mahmoud, les marabouts Moussa et Goni, Mahamat Abdelkkhader, … et les 140 marabouts qui ont été ramassés dans tout l'Est du Tchad et exécutés et, pour certain, enterrés vivants par les hommes de Tombalbaye, sous le seul prétexte qu'ils « travaillent » pour les rebelles ?

- Où est ce fameux Docteur à Abéché qui avait, en février 1979, amputé 158 hommes blessés au combat qui lui étaient confiés à l'hôpital ? Ces victimes sont là et demandent à être vues.

- Où est ce chirurgien qui a administré des produits toxiques aux femmes musulmanes enceintes qui avortaient systématiquement ou se vidaient de leur sang ?

- Où sont ceux qui ont jeté nos bébés dans les puits à Moundou, Sarh, Mbaïbokoum, Doba, sous le prétexte que ce sont tous des « doums »(musulmans) qui ne peuvent engendrer que des Hissène Habré ?

- Où sont ceux qui ont attrapé nos frères, élèves au lycée Adoum Dalla de Moundou un certain 16 février 1979 au nombre de 170 et les ont balancés dans des fosses communes ? Ils ont pour noms : Kamougué, Gosnay, Gambay, le Colonel Djimé et leurs hordes dont les principaux groupes sont : les « rouges », « taureaux », « scorpions », …etc.

- Comment oublier que ces gens ce sont donné, un beau matin, comme consigne d'utiliser les feuilles du Coran comme papier toilette, comme ils se sont mis à introduire dans leurs chaussures des pages du Coran, les piétinant allègrement ?

- Comment oublier le sinistre Allafi qui, à Abéché, Faya, Fada et Zouar, a coupé les seins de 70 femmes pour les donner à ses chiens. Le prétexte évoqué est que le père, mari ou frère de ces dames aurait rejoint la rébellion. La justice Sénégalaise devra montrer ces femmes transformées en spasmes de sanglots à l'opinion. Ce dernier a d'ailleurs été lynché par tous les habitants d'un village dans sa fuite en 1979.

- Comment oublier les sinistres actions du Colonel, puis général et enfin président du Tchad de 1975 à 1979, Malloum qui, à Faya, a fait sortir tous les habitants de la palmeraie et égorgeant de sa propre main Dadi Galmaï, Ouardougou Mahamat, Touka Orozi, Allatchi Oumar, Hamid Mahamat, Abakar Touka ?

- Comment oublier que ce même Félix Malloum a déshabillé intégralement le père de Goukouni Weddeye, un homme de plus de 60 ans et de surcroît sultan, l'a obligé, arme au poing, à se promener nu devant ses propres filles et épouses et l'ensemble de la population auxquelles il avait auparavant rasé la tête ? Ce sinistre jour, tous les hommes âgés de plus de 12 ans sont montés dans les montagnes du Tibesti renforçant la rébellion.

- Comment oublier les multiples vexations et humiliations du fantasque Tombalbaye qui organisait ses grand-messes politiques en plein mois de Ramadan, en bloquant tous les cadres dans des réunions fleuves allant de 15 h à 23h, alors que la rupture du jeûne était prévue à 18 h30 !

Nous pouvons continuer ainsi des jours durant à relater ces faits têtus et nous aussi nous réclamons justice. De plus, de 1963 à 1965, le Tchad a connu cinq(5) interventions militaires françaises. Comment se passe une intervention militaire française dirigée toutes contre « les rebelles » : bombardement au napalm, mitraillages avec les jaguars, débarquement dans les oasis tuant tous les habitants, violant les femmes et même les vieilles femmes...
 ».

Et Monsieur Oumar Adam Maido, rescapé du pogrom des musulmans au Sud du Tchad en 1979 qui a fait plus de 2.000 morts de témoigner :


«..... Dimanche le lendemain, on convoqua toute la communauté musulmane à une réunion au commissariat, près du Marché Central de Sarh. Au bout d'un moment le Colonel Kamougué, parut juché sur une jeep de commandement et en tenue militaire. Le porte-parole de la communauté musulmane était l'Imam Ahmad Abakar, un Ouaddaien, il a survécu au pogrom mais décédé il y a cinq ans à peut près à N'djaména. Il fut l'imam de la mosquée centrale de Sarh (qui était la seule mosquée où l'on tenait la prière de vendredi à l'époque) sise au quartier Kété Gala, près du marché. Le Colonel Kamougué déclara qu'il va procéder à tuer tous les membres des ethnies Kanembou et les Goranes, deux ethnies, selon lui, dont la grande majorité des combattants d'Hissein Habré et de Goukouni étaient issus. Il continua en disant que les membres des autres ethnies n'allaient rien à craindre. La réponse de l'Imam était aussi rapide que violente « Khal bat hanak ! da hitta ana kirdi. Alyoum Kanoumbou ma'a Gourane, ambakir waddai, boukra boulala, wa bad kabaail aakhar » traduction : « Menteur ! Cela est un plan d'un mécréant ! Aujourd'hui les Kanembou et les Gouranes ; demain sera le tour des Ouaddaïens et les Boulala, après demain les autres ethnies ».

Très fâché par la réaction de l'Imam, dans la nuit de dimanche le Colonel Kamougué procéda à appliquer son plan de nettoyage. Il procéda à liquider les éléments musulmans au sein de l'Armée tchadienne. Pendant toute la nuit, les enfants et femmes de ces soldats musulmans venaient informer l'Imam que l'on vient d'égorger leurs pères. A chaque fois l'Imam répond : «daffounou fi bét hanaou» veut dire : « enterrez le dans sa maison », comme on ne pouvait pas les amener au cimetière.

Entre dimanche et jeudi, le Colonel Kamougué, sillonnait la ville, toujours juché sur sa jeep et en tenue militaire, et ses hommes tuaient les musulmans qu'ils croisaient. Le commandant de la Brigade un certain Allafi, un gaillard de même taille que Kamougué, était armé d'un coupe-coupe et tuait tout musulman avec cette arme. Raison évoquée : il était blindé, donc il n'avait pas besoin de fusil.

Le vendredi, Colonel Kamougué, ordonna le quadrillage des alentours de la mosquée par les éléments de l'armée tchadienne acquis à sa cause. Ils empêchaient les musulmans qui tentaient d'entrer dans la mosquée pour la prière hebdomadaire de vendredi. L'Imam Abakar Ahmad somma les fidèles d'entrer dans la mosquée au crie d'Allahou Akhbar. Les fidèles ont, en conséquence, forcé leurs chemins vers la mosquée.

Au moment où l'Imam présentait son sermon, le Colonel Kamougué entra dans la mosquée, entouré de quelques-uns de ses éléments. Il marchait entre les rangs des fidèles et ordonna à l'imam d'arrêter le sermon. Voyant que l'Imam n'était pas intimidé par sa présence, refusant d'obéir à son ordre, Kamougué, prit une copie du Coran et le déchira devant les fidèles, puis quitta la mosquée.

Le samedi, il y a eu des batailles en ville entre les musulmans qui défendaient leurs maisons et les chrétiens qui attaquaient ceux-là. A ce moment là, l'Imam somma les musulmans de s'habiller en blanc pour être distinct des chrétiens. Dans cette bataille on a appris la mort d'un oncle du Général Malloum, président du Tchad de 1975 à 1979.

Le dimanche, Kamougué, a tenu un meeting au terrain de football, au cours duquel il demanda aux militaires et aux civils Sara de tuer tous les musulmans. A partir de 13 heures les militaires ont commencé à tirer dans toutes les directions et les civils s'y mêlent. Ils procédèrent à tuer les musulmans dans la rue en les accueillant d'abord par des insultes et des intimidations. Ils disaient par exemple « iy dayi baywa ?) Et les musulmans terrorisés répondaient avec une voix bases « mam guiyal », les agresseurs répliquaient « maa may mounday» «doum madjal !» (Traduction : c'est vous les rebelles ? – Nous sommes des civils – C'est pareil, des musulmans, des rebelles)
.... ».

Vous avez tous remarqué le silence complice des ONG des droits de l'homme qui ont préféré se murer dans un silence assourdissant, alors que certains politiques s'accrochaient sur quelques faits politiques « positifs » en évoquant l'accord de paix signé à Khartoum avec les FAN d'Hissein Habré en 1978 ou encore sa démission en 1979. Il faut préciser que l'accord de Khartoum a été violé par le CSM, comme l'a affirmé le Général Djimet Ngakinar, l'un des hommes forts du régime après Malloum et Kamougué. Quant à la fameuse démission, elle est intervenue après la chute de N'djaména ! On se demande bien qui a le pouvoir en se moment ?

L'histoire retiendra qu'en tant que militaire, Félix Malloum a contribué à l'instauration de la dictature de Tombalbaye qui a duré 15 ans (1960 - 1975). Le CSM dont il a été le chef, a priviligié l'option militaire au détriment des négociations et du respect des accords de paix. Cela s'est confirmé avec la guerre qui a éclaté le 12 février 1979 dans la capitale entre les FAT et les FAN d'Hissein Habré. Les accords de coopération militaire entre la France et le Tchad de 1976 et qui permet encore à la France d'intervenir au Tchad et sauver à chaque fois Deby, sont aussi l'oeuvre de la présidence de Félix Malloum.
 

Tag(s) : #Ambénatna

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :