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En 2000, les frères jumeaux Tom et Timan mandèrent leur géniteur Erdimi pour un énième pèlerinage à la Mecque. Le vieux prit ses clics et clacs et se mit en route pour la capitale via Abéché. Chemin faisant, le sexagénaire eut la désagréable et insupportable surprise d'apprendre que ses deux rejetons qu'il a passionnément élevés ne sont pas ceux qui dirigent réellement le Tchad mais plutôt un certain Idriss Deby qui est assis sur le fauteuil douillet de la République.


Arrivé à destination, le vieux Biriara du sous clan de Ouralla refuse de se rendre à la Mecque et cela, tant que ses fils jumeaux restent aux bottes de l'effronté Idriss Deby. Le vieux Erdimi refusa même de descendre dans la somptueuse villa mise à sa disposition par ses fils jumeaux. Il alla jusqu'à refuser les casiers de sucrerie et le taurillon de bienvenue de la part de ses deux enfants, tous puissants membres de la nomenklatura au pouvoir.


Le vieux Erdimi, issu de la pure tradition Zaghawa, trouve intolérable que ses deux fils continuent à ne pas occuper le fauteuil tant convoité et sur lequel trône un kouriara. Ses mots crus mirent mal à l'aise les visiteurs. Les deux fils, la main sur le cœur, promirent à leur père d'être rois à la place du roi. En attendant qu'il se taise et aille aux lieux saints. La suite, tout le monde la connaît mais trop peu de personnes connaissent les injonctions du vieillard, un ancien goumier qui aurait vendu son arme de service pour subvenir aux besoins scolaires de ses fils jumeaux.

Aujourd'hui, les frères Erdimi joignent l'acte à la parole de leur père et prennent le large, se réclamant dans la foulée de l'opposition armée. Juste avant la prise du maquis par les jumeaux, un de leurs protégés, Yaya Dilo Djérou Bédjé va à la découverte du terrain qu'il tâte et fonde le SCUD. Yaya n'est que le petit-fils du frère cadet ou aîné du vieux Erdimi qui ne rêve que de voir une de ses progénitures sur le trône.

Le goût du pouvoir divise alors les deux clans cousins, ouralla (celui des Erdimi) et kouriara (celui de Deby) qui sont deux entités de la tribu de Biriara. La division est profonde, la plaie suppure et les deux clans se regardent en chien de faïence, dans une « drôle de guerre », sans prendre le risque de déclencher les hostilités comme beaucoup le pensent. Au pays Biriara, le sang se lave dans le sang et si jamais mort d'hommes s'en suit, ce sera pour une vendetta de tous les temps. Le mieux serait pour eux de se bousculer sans se taper dessus et de s'égratigner sans se poignarder et de se regarder méchamment sans se tirer dessus. A quand alors la fin de la guéguerre entre frères de même sang mais divisés par le goût du pouvoir ?  

En tout cas une chose est sûre, les deux protagonistes ne pourront plus vivre dans un même pâturage ou sous un même couzi (case). La méfiance est née et elle est patente.

Les Erdimi, élevés dans le ouaddaï ne sont pas des guerriers comme l'est Deby, le cow-boy du désert, un artiste de la guerre et un orchestre des batailles. Autre défaut des Erdimi, ces « écoliers » aux crânes bourrés de savoirs livresques ne savent pas grande chose du BET sur lequel l'astucieux Deby prend appui pour les battre sur le terrain des affrontements. D'ailleurs, au fort de leur influence sur Deby, les Erdimi se comportèrent comme garants des intérêts de Biltine et du Ouaddaï, au détriment du BET. Attitude qui reste en travers de la gorge des enfants belliqueux du Septentrion. Deby tire sur toutes les ficelles pour sauvegarder son pouvoir. Les jours à venir nous diront long sur la capacité des frères jumeaux à satisfaire les desiderata d'un vieux papa qui veut avoir le titre de « père du président ».


Moussa Bourbour,
Historien chercheur
Université de parakou

Tag(s) : #Ambénatna

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