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Dr Idriss Soukoune, Médecin neuro-chirurgien en fin de formation à Dakar (Sénégal), a été victime d'un assassinat odieux le mardi 21 octobre dernier. Surpris très tôt dans son sommeil matinal, Dr Idriss qui en plus était plâtré à la jambe droite, n'a pu opposer une résistance à ses assassins qui se sont acharnés sur lui avec une barbarie sans commune mesure. Tête fracassée et égorgé, Dr Idriss Soukoune a rendu l'âme sur son lit même.

La terrible nouvelle a vite fait le tour de la ville et tout le monde a convergé vers le lieu du crime. Les gens du quartier, les amis et bien entendu la communauté tchadienne, principalement estudiantine, se sont accourus à son domicile, choqués, attristés et révoltés contre ce qui se présente sous leurs yeux.
La presse notamment la télévision sénégalaise s'était précipitée pour couvrir ce fait divers cruel et ne s'est pas privée de montrer ces insoutenables images à ses téléspectateurs. La police sénégalaise et particulièrement la redoutable DIC (Division des Investigations Criminelles) s'était également dépêchée sur les lieux.

Les commentaires allaient bon train et chacun cherchait à comprendre le motif d'un tel acte ignoble. C'est ainsi qu'on apprenne qu'une fois le forfait accompli, les assassins emportèrent l'ordinateur portable, des vestes, une somme d'argent estimée à 4,5 millions de francs Cfa, le téléphone portable de la victime et aussi son passeport avec un visa pour la France où le défunt devrait s'y rendre le 26 octobre 2008.

La bonne, principal témoin, a servi à qui voulait l'entendre une histoire fort bien incroyable. D'après la jeune dame, l'assassin était un Tchadien car il s'exprimait en arabe avec son patron et mieux, il aurait passé avec lui la journée du lundi jusqu'à 20h, jour précédent le crime. Que ce matin là, contait-elle, le meurtrier était venu très tôt demander le Docteur. Au réveil de son patron, informé, il aurait invité son « ami » à prendre le café ensemble. Et ce n'est que bien plus tard, que « l'ami » était sorti pour lui soumettre deux courses dont une à la pharmacie du quartier et une autre un peu plus loin. C'est à son retour qu'elle découvrira l'horreur.

La police sénégalaise a déjà démontré dans plusieurs cas de crimes crapuleux son expertise et sa compétence. Dès lors, nous étions certains que ce cas aussi sera dénoué très rapidement. Et nous nous sommes pas trompés car moins de 10 jours plus tard, nous avons appris à travers la presse que les meurtriers du Docteur Idriss ont été arrêtés. Ce fut un soulagement en attendant qu'ils soient présentés devant le Juge.

Il s'est avéré que la bonne a menti sur toute la ligne car le Docteur a été assommé dans son sommeil et donc n'a même pas eu le temps de quitter son lit. Gardée à la DIC, sérieusement cuisinée, elle a balancé des pistes. Puis, grâce aux concours de la société sénégalaise des télécommunications (Sonatel), le téléphone portable du défunt a été retrouvé par la police sur un commerçant de la banlieue dakaroise. Ce dernier, sans se faire prier, a donné le nom de son vendeur qui, à son tour, va dénoncer ses complices. Au finish, sont arrêtés pour l'instant : 3 Sénégalais et 1 Burkinabé. On ne sait pas encore si le passeport (avec visa pour la France) du Docteur a été retrouvé. Chose extrêmement importante car par ici, obtenir un visa est une question de vie ou de mort. Il suffit de les voir dans les différents Consulats pour s'en rendre compte. A défaut, ils sont prêts à se jeter dans les eaux troubles de l'océan Atlantique et risquer leur vie. Alors tuer un étranger, un « niak », pour obtenir le précieux sésame est chose ordinaire pour certains même si vous êtes un neuro-chirurgien.

Déplorons dans cette triste affaire, quelques indélicatesses d'une certaine presse qui a trop tôt accrédité la piste tchadienne vue le drame anachronique de notre pays. « Que ce crapuleux crime serait lié aux divisions politiques et autres nombreux problèmes de jalousie (à propos des femmes) qui caractérisent la communauté tchadienne au Sénégal... » écrit l'hebdomadaire Le Temoin. Un autre journal de la place, Le Quotidien, n'a pas hésité de publier une photo montant des cartons remplis de bouteilles et cannettes de bières dans la chambre du défunt. C'est tout simplement petit.

Terminons avec ce geste de solidarité digne d'une Afrique traditionnelle, pieuse, solidaire et reconnaissante. Les voisins et tout le quartier ont cotisé pour organiser, au 7ème jour, des sacrifices et des prières. Rassemblés devant le domicile du feu Docteur Idriss Soukoune le samedi 25 et dimanche 26, Tchadiens et Sénégalais ont rendu un vibrant hommage à l'homme qui a tant donné de lui pour montrer la voie du salut : le travail et le service. Il a été un brillant étudiant, major de sa promotion mais surtout une assistance entière et permanente auprès de tous les humains et ce quelle que soit leur origine, leur couleur ou leur genre. N'est ce pas s'étale ici la noblesse même du métier qu'il a épousé et de là, la grande du Dr. Idriss Soukoune.

A sa petite famille, ses parents, ses amis et tous ceux qui l'ont connu et estimé, je présente mes sincères condoléances. Que la terre lui soit légère et que Dieu l'accueille dans son paradis. Amine.

Brahim Mahamat Ali
Dakar - Sénégal 

Tag(s) : #Ambénatna

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