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Mardi dernier, les « victimes » tchadiennes du régime d'Hissein Habré, appuyées par leurs alliés traditionnels sont revenues sur les pointes des pieds déposer une plainte contre l'ancien président tchadien exilé à Dakar depuis 18 ans déjà.
Il faut rappeler qu'il y a quelques semaines, les Avocats de l'ancien homme fort de N'djaména sont montés au créneau pour remettre tout le dossier à plat. C'était le 22 Août dernier lors d'une conférence de presse choc tenue dans la capitale sénégalaise.
Alors que tout le monde attendait d'un jour à l'autre l'ouverture du procès Habré, voilà que ses Avocats annoncent à qui veut l'entendre, qu'à ce jour encore, outre les dysfonctionnements graves et inacceptables relevés dans l'organisation dudit procès, il n'existe encore aucune plainte contre Monsieur Hissein Habré. Surprise, espoir et desespoir, c'est selon les camps.

Comment a t-on pu alors arriver jusque-là dans ce dossier ?

Les autorités sénégalaise ont affirmé officiellement, presque en boucle, que tout est fin prêt et qu'il ne reste plus que le financement du budget qui, rappelons-le, a été ramené de 42 à 18 milliards de francs Cfa. Le Sénégal, par la voix de son Ministre de la Justice, a même informé l'opinion publique que quatre (04) Juges d'instructions ont été désignés, qu'une contribution d'un milliard de franc Cfa a été débloquée par son pays, que le Tchad a fait une promesse de verser 2 milliards de francs Cfa et que la machine judiciaire pourrait se mettre en branle dès que les donateurs, principalement Européens, auront complété la différence.

Chose que les Avocats du Président Habré ne l'entendent de cette oreille. L'assistance venue nombreuse à cette conférence de presse a suivi presque religieusement durant deux heures d'horloge les explications et les contre-attaques des Avocats de la défense. Certains sont étonnés mais visiblement intéressés tandis que d'autres cachaient à peine leur déception, c'est bien le cas des deux journalistes de RFI présents dans la salle.

Me El Hadj Diouf, le tonitruant Avocat du Président Habré, n'est pas allé avec le dos de la cuillère pour indexer certains journalistes qui se prêtent volontiers à un type de journalisme qui s'apparente à du mercenariat. Il s'est même offusqué que certains d'entre eux se laissent berner ainsi par des organisations douteuses dites de droits de l'homme. Pour Me El hadj Diouf et François SERRES, il ne saurait question d'un procès de Habré à la Saddam Hussein. Il y a eu guerres au Tchad qui ont opposé plusieurs factions politico-militaires avec des interventions étrangères et donc pour faire bien et vrai,
il va falloir nécessairement entendre tous les protagonistes du drame Tchadien. Le décor a été ainsi planté, ce que certains ont qualifié d'un n ième rebondissement dans l'affaire Hissein Habré.

La partie plaignante et les autorités sénégalaises, très attendues, ont préféré baisser le volume et se faire très discrètes. Car ça devient très sérieux, l'opinion sénégalaise et internationale commencent à voir nettement plus clair dans ce dossier aux contours longtemps restés obscures.

Toutefois, une confirmation de taille : il n'existait pas de plainte contre l'ancien président Hissein Habré et ce malgré le tintamarre qui a duré plusieurs années. En effet, c'est avec précipitation que les droits de l'hommistes sont allés à N'djaména ramasser leurs cobayes et se sont présentés avec sueur et baves devant le Tribunal sénégalais. Une fois les plaintes enregistrées, ils se sont retrouvés face à la presse dans la salle de conférence de l'hôtel Diambour qui se trouve à un jet de pierre du Tribunal.

Disons tout de suite que la mobilisation a été piètre et ce malgré le lobbying intense mené solidairement par toutes les organisations de défense des droits de l'homme locales. La presse sénégalaise, particulièrement accablée ces dernières jours par le pouvoir, a subi des brimades policières et des arrestations en son sein pour diffamation sur la personne du président Wade et son fils Karim (dauphin). Elle est beaucoup plus préoccupée par ses propres procès pendants à la justice. La presse donc n'a pas répondu à l'appel des droits de l'hommiste, il suffit de voir la couverture médiatique faite des deux événements combinés à savoir le dépôt de la plainte des 14 « victimes » et la conférence de presse pour comprendre que la préoccupation est ailleurs.

Au niveau de la population, déjà majoritairement acquise à l'ancien président tchadien, la cote des plaignants et de leurs instigateurs reste exécrable.

Alioune TINE, le président de la fameuse RADDHO qui pilote l'affaire Habré sur place, longtemps dans les petits souliers du pouvoir, est aujourd'hui le porteur de valise du président Abdoulaye Wade. Ce dernier a récemment financé son opération à la cataracte et lui a même offert une 4x4 Mitsubishi flambant neuf. Du coup, le crieur public a fermé sa grande gueule sur les dossiers qui fâchent au Sénégal notamment la cherté de la vie (flambée des prix des denrées alimentaires, loyers, transports, carburants...), sur les coupures d'électricités intempestives qui plombent les activités, les inondations (700.000 sans abris), grèves scolaires et universitaires, les atteintes à la liberté de la presse, l'abandon des réfugiés Mauritaniens au Sénégal (les nouvelles autorités mauritaniennes n'en veulent pas !), détournement des deniers publics, mendicité et prostitution galopantes, les crises institutionnelles chroniques (bras de fer pouvoir – opposition, bras de fer Wade – Macky (Pdt Assemblée), la dérive vers une démocratie monarchique avec la volonté de Wade se faire succéder par son fils Karim Wade), la rébellion en Casamance, ...etc. Bref, il fait un mal vivre terrible au pays de la téranga ces dernières années, les enfants et les personnes de 3ème ages ont faim et mendient dans les rues, les jeunes se jettent dans l'océan Atlantique presque à la merci des requins enivrés par l'odeur du sang, ceux-ci échouent même sur les cotes sénégalaises, les fonctionnaires et autres travailleurs tirent la queue du diable qui a fini lui aussi par aller voir sous d'autres cieux où ils serait moins torturé. Mais Monsieur TINE ne voit que l'affaire Habré !

Reed Brody, le juif américain, se fait de plus en plus discret, il ne peut plus pointer sa vilaine gueule sans qu'on ne lui exhibe les morts Irakiens, Palestiniens, Afghans. Quant aux tchadiens, ils manifestent de la pitié car réduits à l'état de gadgets entre les mains de ces escrocs internationaux.

Quant aux deux Sénégalais, bijoutiers de leur état à l'époque, leur histoire ne passe toujours pas et n'émeuve pas leurs compatriotes. Il faut dire que le pays compte de tonnes d'histoires de ce genre où des sénégalais sont arrêtés, emprisonnés et même tués en Europe, Amérique et Moyen-orient. Me El Hadj Diouf a carrément dit que les sénégalais ont servi de mercenaires dans la guerre qui a opposé le Tchad à la Libye et ce n'est pas l'ex-ministre des affaires étrangères du Président Abdou Diouf, M. Moustapha Niasse, qui va le démentir.



Et comme tout cela ne suffisait pas, un événement majeur est venu alourdir le climat social déjà extrêmement tendu, les mandats d'arrêt internationaux lancés par la Justice française contre neuf hauts responsables sénégalais dont un Premier ministre, deux ministres et un chef d'Etat major général des armées (ce dernier en poste en RDC dans le cadre de la MONUC a été relevé de ses fonctions et rapatrié) suite aux plaintes des familles des 22 français disparus dans le naufrage du bateau le Djoola le 26 septembre 2002 avec à bord plus de 2.000 personnes. A l'époque, la Justice sénégalaise a tenu pour seul responsable le Capitaine du bateau qui se trouvait parmi les victimes. Ces dernières ont été dédommagées à hauteur de 10 millions de francs Cfa et l'affaire a été classée sans suite. Mais c'est sans compter avec les familles françaises qui ont refusé l'argent de l'Etat sénégalais et réclament justice.

Ajoutons pour faire plus complet la pression qu'exerce le FMI sur l'Etat sénégalais. En effet, l'institution financière a décidé d'agiter le grenier sénégalais qui coule de toutes parts et de mettre en exergue la gestion calamiteuse du gouvernement Wade. Un déficit de 150 milliards de francs Cfa et plus de 40 entreprises menacées de cessation de paiement. Tous les clignotants sont au rouge.

C'est dans ce contexte explosif que Jacqueline Moudeina et Clément Aboufouta sont venus présenter leur dossier béton sur fond de croquis. Plusieurs dessins réalisés à l'époque par l'association AVRE ont été projetés dans la salle de conférence pour appuyer la solidité de leurs plaintes. Mais de qui se moque t-on semble dire les quelques personnes venues les écouter ? Nous avons choisi ces quelques questions – réponses échangées lors de ce point de presse :

Journaliste - Est ce vrai qu'il n'y avait pas jusqu'à ce jour une plainte contre M. Hissein Habré comme l'affirment ses Avocats ?

Réponse de l'Avocat sénégalais Me Demba Siré Bathily : Les plaintes existent depuis 18 ans, aujourd'hui nous avons versé d'autres au dossier. Je précise que ce ne sont pas les premières.

Journaliste : Vous voulez dire depuis 8 ans ? L'affaire Habré a commencé en 2000 si je me trompe pas.

Réponse de Me Demba S. B : non, la justice sénégalaise a été saisie en 2000 mais au Tchad les plaintes ont existé depuis 1991. Donc l'affaire Habré est vieille de 18 ans.

Journaliste : Pensez-vous que le Procureur Général accordera un quelconque crédit à ces schémas symbolisant des cas de torture ? Y a t-il des victimes qui présentent les stigmates de ces pratiques ?

Réponse d'Aboufouta (avec un accent kartcha qui a fait sourire l'assistance) : Ces croquis ont été réalisés par les victimes elles mêmes. Certaines personnes ont toujours des marques sur le corps.

Journaliste : Est ce que parmi vous (les victimes) il y en a qui ont subi ces tortures et qui présentent ces stigmates ?
Réponse de Jacquelines Moudeina : Non, les personnes les plus attrocement torturées sont pays, nous les présenteront devant le Juge le moment venu. Sinon, Madame qui est là a subi durant son arrestation des électrocutions alors même qu'elle était enceinte. Elle a beaucoup souffert.

Journaliste : Madame a tout de même accouché et l'enfant a bien grandi aujourd'hui ?
Réponse de Alioune Tine : Rire, nous rendons grâce à Dieu pour cela, qui l'a assisté en ce moment extrêmement difficile où sa vie ne tenait qu'à un fil......... (déjà un faux témoignage !)

Journaliste : Hissein Habré n'est certainement pas le seul coupable, comptez-vous poursuivre aussi ses anciens collaborateurs ? Le président Deby par exemple.
Réponse de Reed Brody : C'est clair que Habré n'a pas fait tout ça seul mais il est le principal commanditaire, nous voulons d'abord mettre la main sur lui et ensuite aller chercher les autres qui sont au Tchad et occupent toujours des postes dans la police, dans l'armée, dans les renseignements et même dans le parti politique de Deby. Nous irons les chercher, c'est sûr il n'y a pas de doute sur ça.

Journaliste : Ne pensez-vous pas que vous suivez là une démarche inverse ? Ne faudrait-il pas interpeller les exécutants avant de s'occuper des complices ?
Réponse de Me Demba S. B. (après un cafouillage dans le groupe) : A ce stade, nous pouvons interpeller qui nous voulons, il appartient aux Juges d'instructions de voir par quel noeud remonter l'accusation. (La réponse a surpris plus d'un dans la salle et a créé un brouhaha, l'assistance exprime son désaccord).

Il faut relever que sont présentes à Dakar, seules les « victimes » issues de l'aile « Sara – Hadjaraï » de l'AVCRT, conduite par la marionnette de Reed Brody à savoir Clément Aboufouta. L'autre aile, essentiellement Zaghawas, est dirigée par Ismaïl Hachim et Zakaria Fadoul n'a pas fait le déplacement de Dakar. La scission au sein de l'AVCRT est intervenue l'année dernière suite au détournement par Clément Aboufouta de la somme de 15 millions de francs Cfa remise par l'ambassadeur d'Allemagne au Tchad pour les pensionnaires de l'AVCRT. Le voleur Aboufouta a aussi accusé son collègue Hachim de plusieurs détournements de fonds.

Pour finir, il faut souligner que cette bande de crapules frappe sans vergogne à toutes les portes et envoie des correspondances à travers le monde entier pour quémander des fonds afin de venir en aide aux  « milliers de victimes » du régime d'Hissein Habré. Etant donné que les victimes restent virtuelles, ces bandits encaissent et se partagent dans la joie et l'ivresse les dons et les aides. Un jour viendra, ils auront à répondre à tous ces faits que les juristes sauront qualifier.

Avec la collaboration de M. Brahim Mahamat Ali
A Dakar 



Tag(s) : #Politique

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