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Kherene n'oubliera jamais cette phrase, prononcée par une de ses collègues de travail en février dernier, alors qu'elle était intérimaire en conditionnement à La Maison des Pâtes de Chambéry, en Savoie: "Laisse-là faire, c'est une esclave, elle a l'habitude".

C'était la phrase de trop. Soutenue par un autre collègue de travail témoin de ces propos, Kherene a porté plainte le jour-même. Le parquet a ensuite classé le dossier "sans suite", faute d'éléments suffisants.

Mais Kherene, qui veut aller aux Prud'hommes, n'a pas dit son dernier mot. Depuis sa plainte, elle a perdu son job et est sous antidépresseurs. Elle raconte son histoire au Post :

Comment ça a commencé ?
"Dès que j'ai commencé à travailler à La Maison des Pâtes, en août 2006. Et j'ai enduré ça jusqu'en juillet dernier."

Qu'avez-vous enduré ?
"Le racisme quotidien de ma collègue de travail."

C'est-à-dire ?
"Dès le départ elle m'a dit 'J'aime pas les noirs parce que les noirs ça pue'. Elle était embauchée, j'étais intérimaire. Elle me disait 'Je ne sais pas quoi faire de toi, je n'ai pas l'habitude de travailler avec des noirs.' Un jour elle m'a jeté un paquet de pâtes à la figure en me disant 'De toute façon, vous, les noirs, vous ne savez pas travailler.' C'était sans arrêt."

Vous avez réagi ?
"Non, j'avais trop peur de perdre mon travail. C'était dur, c'était tous les jours comme ça, je partais travailler avec la boule au ventre, mais je n'avais pas le choix."

Comment le viviez-vous ?
"Très mal. En 2007, j'allais de plus en plus mal. J'avais plein de boutons sur le visage et je tremblais tout le temps. Mon médecin m'a dit que c'était le stress au travail."

Vous en avez parlé avec votre responsable ?
"Oui. Pour lui, c'était des histoires de filles. Il ne m'a pas prise au sérieux."

Ça a continué ?
"Oui, malheureusement, pendant 2 ans. Elle a continué de plus belle. C'était "T'arriveras jamais à rien, de toute façon les noirs ne savent rien faire", "Avant d'apprendre à conduire une machine, vous les noirs, vous devez déjà apprendre à parler français", ...etc.

Qu'est-ce qui vous a décidé à porter plainte ?
"Quand elle m'a traitée d'esclave. Un de mes collègues a réagi aussi, je me suis dit que ça allait trop loin, que je ne pouvais plus accepter. Alors j'ai porté plainte."

Et depuis ?
"Avant cette histoire, j'étais sur la liste des personnes à embaucher, ma responsable du personnel me l'avait dit. La Maison des Pâtes ferme en août. Fin août, ma boîte d'intérim m'a appelée pour me dire que mon chef là-bas ne voulait plus de moi, comme par hasard...Ça ne lui a pas plu que je porte plainte. Alors qu'il n'a jamais voulu m'écouter, quand j'ai porté plainte, il m'a reproché de ne pas avoir réglé ça "entre nous".

Qu'attendez-vous aujourd'hui ?
"Aujourd'hui, le plus important pour moi est que justice soit faite. J'ai décidé d'aller aux Prud'hommes. Je veux que cette histoire ne soit pas classée sans suite. J'ai dénoncé un comportement inadmissible, et c'est moi qui suis au chômage. C'est comme une double peine. Ce n'est pas normal". 

"J'ai tenté de gérer ce différend (...) car cette affaire me tient à coeur. (...) Mais j'ai beaucoup de mal à débrouiller ce sac de noeu ds" confie Nicolas Chiron, responsable de La Maison des Pâtes, au Dauphiné Libéré. Il dément tout lien entre la plainte de Kherene et le fait qu'il ne l'ait pas reprise : "Dans un contexte difficile, le personnel temporaire est la première variable d'ajustement". Contactés par Le Post, le responsable de la boîte d'intérim n'était pas disponible pour s'exprimer.

Tag(s) : #Divers

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