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Un juge français a délivré, vendredi 12 septembre, neuf mandats d'arrêt internationaux contre de hauts responsables sénégalais, dont l'ancienne première ministre Mame Madior Boye, pour leur implication présumée dans le naufrage du Joola, qui avait fait quelque 2 000 morts en septembre 2002. L'annonce, faite par Me Etienne Rosenthal, un avocat des victimes françaises, a été confirmée de source judiciaire.
Le Joola avait chaviré le 26 septembre 2002 au Sénégal, alors qu'il reliait Ziguinchor, la principale ville de Casamance, à la capitale Dakar. La catastrophe avait fait 1 865 morts et disparus (dont 22 ressortissants français) selon le bilan officiel, plus de 2 000 selon les associations de familles de victimes, soit plus que le naufrage du Titanic (1 500 morts). Seules 64 personnes ont survécu.

Alors que le parquet de Dakar avait classé le dossier pénal, estimant que seul le capitaine du bateau était responsable de sa surcharge (2 000 passagers pour 550 places), les avocats des 22 victimes françaises avaient porté plainte à Evry, dans l'Essonne, en 2003. Une instruction avait alors été ouverte pour "homicides volontaires et défaut d'assistance à personne en danger".  

"Défaillance de l'Etat sénégalais".

Outre l'ex-première ministre, ces mandats délivrés par le juge Jean-Wilfrid Noël, qui valent mise en examen, visent un ex-ministre des forces armées et un ex-ministre des transports, ainsi que des responsables de l'armée et de la marine.

Une note adressée au parquet par le juge en septembre 2006, dont Le Monde avait eu connaissance (voir Le Monde du 27 septembre 2007), affirmait que "le drame du Joola tient à des causes tant techniques que politiques". Le nombre de gilets de sauvetage était insuffisant, et le bateau n'était plus couvert par aucune assurance. Selon le juge, le Joola était par ailleurs passé sous gestion du ministère des forces armées après avoir été géré par le ministère des transports : les militaires ont "géré un navire marchand comme un navire de guerre et [n'ont] pas fait de la sécurité un axe majeur" de leur gestion. Le juge révélait également une "note confidentielle" de 2001, très alarmante sur les "risques" pour les passagers, à laquelle le premier ministre n'a "jamais répondu". D'autres témoignages évoquaient, par ailleurs, un dossier représentant "un raccourci des défaillances de l'Etat sénégalais" et soulignaient "la passivité absolue et même souvent l'absence physique des militaires sénégalais de haut rang qui auraient dû déclencher les secours".

Selon Me Rosenthal, une expertise complémentaire produite à la suite du déplacement au Sénégal du magistrat instructeur, en janvier, confirme que la responsabilité de neuf personnes peut être engagée. Selon lui, les experts ont constaté dans ce dossier 19 manquements à trois conventions internationales maritimes, ratifiées par la France et le Sénégal.  

En réponse, le ministre de la justice sénégalais, Madické Niang, a affirmé, vendredi, que son pays engagerait "toutes les voies possibles pour obtenir l'annulation de [ces] mandats d'arrêt" internationaux. "Certes, il y a eu des carences, mais au niveau des personnes qui étaient concernées par des tâches d'exécution, donc le personnel d'exécution", contre lesquels "des sanctions administratives ont été prononcées" au Sénégal, a-t-il ajouté.

Source : Le Monde.fr, avec AFP

Lire aussi "Naufrage du Joola : le Sénégal n'est pas le Tchad"  

Tag(s) : #International

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