Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Comme si on voulait leur ôter un gigantesque et particulièrement onctueux fromage de la bouche ! Pour toutes les organisations de défense des droits de l’homme, pour tous les activistes évoluant dans ce créneau particulièrement juteux qui, comme le sida (à condition qu’on ne l’ait pas contracté, bien sur) fait vivre grassement son homme, la perspective que l’ancien président tchadien refugié dans notre pays, M. Hissein Habré, ne soit pas jugé, constituerait un formidable manque à gagner. Une catastrophe ! Sauf à trouver de nouvelles figures emblématiques comme le président Soudanais M Oumar Hassan El Béchir, en effet, ces braves défenseurs des droits humains seraient réduits au chômage. Plus de billets en première classe ou en business, plus de suites dans des palaces, plus de per-diem, et autres généreuses indemnités payés par des bailleurs de fonds occidentaux et la Libye, qui a en travers de la gorge la raclée que M. Hissein Habré, un illustre Africain et un grand modèle de fierté pour le continent, quoi qu’on dise, avait infligé aux troupes du fantasque Colonel de Tripoli dans la bande d’Aouzou. Sans compter que le procès prévu pour se tenir dans notre pays à une date non encore déterminée, devrait coûter quelques 18 milliards de francs Cfa. Autant dire qu’il y  en aura à boire et à manger pour beaucoup de monde.

Dans le cas où ce procès aurait lieu bien sûr, sinon, ce serait adieu veau, vache, couvée et salaires faramineux, voitures luxueuses et innombrables voyages pour les bienheureux magistrats, greffiers et enquêteurs qui auraient l’honneur de faire partie de cette Cour. Sans compter les avocats qui vont se constituer et les observateurs des Union européenne et africaine, des multiples chapelles droits-de-l’hommistes et autres qui viendront faire du tourisme à Dakar pendant de longs mois sous le prétexte d’ « observer » le déroulement du procès.

Bien sûr, toutes ces bonnes choses tomberaient à l’eau si le procès de M Habré ne se tenait pas. C’est dans ce cadre qu’il faudrait comprendre les cris d’orfraie poussées par tous ces désintéressés défenseurs des droits de l’homme, après l’annonce de la condamnation à mort par contumace de M. Habré par la justice (mais si, mais si, ça existe) tchadienne. Et ce au prétexte d’un fumeux complot pour renverser les autorités « légitimes » de ce pays. Lesquelles sont pourtant bien abritées sous un parapluie militaire français. Qu’importe si, à la tête de ce pays, se trouve l’ancien chef des services de sécurité du Tchad, celui-là même qui torturait les prisonniers au moment même où M Habré dirigeait le Tchad, c’est M Idriss Deby.

Le ministre de la justice sénégalais, Me Madické Niang, ayant déclaré que M. Habré après avoir été condamné à mort dans son pays ne pouvait plus être jugé nulle part ailleurs dans le monde pour les mêmes faits, ce qui tombe sous le sens, s’est attiré les foudres de nos amis les défenseurs des droits de l’homme, sauf ceux de l’homme Hissein Habré, bien sûr. Pour eux, cette parodie de procès tenue à N’djaména ne saurait empêcher la tenue d’un « vrai » procès de M. Habré à Dakar, et le Sénégal ne saurait se soustraire à l’obligation d’honorer le mandat que lui avait confié l’Union Africaine il y a deux ans, lors d’un sommet tenu à Banjul. Et qu’importe si M Habré a été jugé à deux reprises par les tribunaux sénégalais qui l’ont relaxé, la première fois en estimant que l’état de la législation sénégalaise ne permettait pas de le juger, et la deuxième fois lorsque la Cour d’Appel s’était déclarée incompétente pour juger un ancien Chef d’Etat. Mais peu importe si M Habré, pour nos amis défenseurs des droits humains, et pour les « victimes » de M Habré dont les représentants se baladent à travers le monde entier, le seul bon procès, ce sera celui qui condamnera à mort M Habré avec exécution immédiate. Ou celui qui durerait suffisamment longtemps afin de leur promettre de profiter au maximum de la générosité intéressée des Ong occidentales et de la Libye. Ils seraient donc bien idiots pour, comme le corbeau de la fable, laisser tomber ce fromage onctueux qu’ils ont dans le bec !

Par Mamadou Oumar Ndiaye
Hebdomadaire Le Temoin
Dakar - Sénégal
    

Tag(s) : #Politique