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L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic accuse le négociateur américain Richard Holbrooke d'avoir voulu sa mort, dans un document rendu public vendredi par le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie.

"Incapable de remplir ses engagements pris au nom des Etats-Unis, il (M. Holbrooke) est passé au plan B - la liquidation de Radovan Karadzic", dit l'accusé dans cette motion écrite. Lors de sa comparution initiale jeudi devant un juge du TPI, Radovan Karadzic avait évoqué des accords conclus avec le diplomate américain ainsi que des menaces de mort et avait voulu lire une déclaration à ce propos. Le juge Alphons Orie l'en avait empêché, expliquant que ce n'était pas l'objet de l'audience, et lui avait demandé d'adresser ses motions par écrit au Tribunal.

L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie a clamé jeudi qu'il avait été "kidnappé" et a choisi d'attendre avant de plaider coupable ou non lors de sa première comparution jeudi au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI), où il se défendra seul. Loin de l'allure de "gourou" à l'imposante barbe blanche de sa vie clandestine, l'ancien dirigeant est apparu devant le TPI en costume et cravate bleu sombre sur une chemise blanche, les cheveux courts coiffés en arrière et les traits fatigués. Il a demandé de bénéficier du délai légal de 30 jours avant de plaider coupable ou non de génocide, crimes de guerre et contre l'humanité pour son rôle dans la guerre de Bosnie (1992-1995).

Interrogé sur l'absence d'avocats autour de lui, il a déclaré: "J'ai un conseiller invisible (...) Je veux assumer ma défense seul pas seulement pendant ma comparution initiale, mais tout au long de mon procès". En fin d'audience, Karadzic s'est lancé dans une diatribe confuse, affirmant avoir été "kidnappé" par des inconnus puis détenu trois jours durant. "Vous avez été mal informés autour de la date de mon arrestation", a-t-il dit. "Il y a des irrégularités en ce qui concerne mon arrivée ici". "Nous avons déjà entendu ça dans la bouche des avocats", a déclaré à l'AFP une source gouvernementale serbe, ajoutant que Belgrade "ne réagira pas" à ces affirmations. Selon la justice serbe, l'interpellation de M. Karadzic a eu lieu le 21 juillet.

Radovan Karadzic, 63 ans, a réitéré des affirmations de sa famille sur un accord secret conclu avec le négociateur américain Richard Holbrooke lors de la signature des accords de Dayton, en novembre 1995, mettant fin à la guerre de Bosnie, en échange de son retrait de la vie publique. "Mon engagement était de me retirer de la vie publique, même de la vie littéraire", a-t-il indiqué, ajoutant que "en échange, les Etats-Unis rempliraient leurs obligations", sans préciser en quoi elles consistaient. M. Holbrooke "parlait au nom des Etats-Unis d'Amérique", a-t-il dit. La famille de Karadzic affirme que M. Holbrooke avait promis que le dirigeant bosno-serbe ne serait pas livré au TPI s'il se retirait complètement de la vie publique.

Dans un entretien diffusé jeudi sur CNN, M. Holbrooke a démenti un tel accord. "(...) quand il a disparu, il a diffusé un message de désinformation (prétendant) que j'avais passé un accord avec lui (selon lequel) s'il disparaissait, nous ne le poursuivrions pas. C'était une déclaration complètement fausse", a déclaré le diplomate. Florence Hartmann, porte-parole de l'ancien procureur du TPI Carla Del Ponte, avait indiqué dans un entretien à l'AFP qu'avant 1997, Radovan Karadzic vivait au grand jour dans son fief de Pale, sans intervention des soldats de l'Otan. Les Etats-Unis ont toujours nié tout accord secret avec Karadzic.

Jeudi en début d'audience, le juge a résumé les onze chefs d'inculpation de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, retenus contre Radovan Karadzic pour son rôle dans la guerre de Bosnie (1992-1995), qui a fait plus de 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés. Le procureur Serge Brammertz a annoncé qu'il présenterait "le plus rapidement possible" une version actualisée de l'acte d'accusation, dont la dernière version date de 2000. Karadzic est considéré comme l'instigateur du "nettoyage ethnique" contre les Musulmans et Croates durant la guerre de Bosnie. Outre le massacre de 8.000 Musulmans à Srebrenica en 1995, il devra répondre du long siège meurtrier de Sarajevo et de la détention de milliers de civils dans des camps, notamment dans la région de Prijedor (nord-ouest de la Bosnie) qui ont fait près de 12.000 morts.

Tag(s) : #International

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