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Ambénatna
: Excellente plume de notre frère de Tchadvision, un style moderne et une analyse pointue qui prêtent à une lecture agréable. Privilégions nos propres écrits. 


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Comme dans la légende, Idriss Deby Itno (IDI) a sept vies. Il vient de sortir de justesse d’une tempête de canons. Orgueilleux, il crie victoire. Les jours de quiétude et le train de l’habitude n’ont pas encore propagé leur grâce dans toutes les pièces du Palais Rose.

L’éthylo - dictateur coule certes des heures douces autour des verres de scotch avec ses lieutenants. N’en déplaise ! Chaque gorgée de whisky a un arrière goût d’amertume. Le chant circonstanciel de la pléiade de « griots» de la cour, masque le souvenir des jours incertains après les attaques des troupes de l’Alliance Nationale dans l’Est du Tchad. Dans son harem présidentiel, Deby, sous les coupes du vin et les délices de la chair, rumine. Il rumine et songe aux batailles éclaires d’Am Dam à Biltine. Des colonnes de l’AN en mouvement 24h après Biltine, ont assiégé Am Zouer avant de se replier pour s’offrir un temps de répit. Le commandant en chef de l’armée de N’djamena a eu des frissons. Des spasmes de frayeurs qui ont électrocuté le système nerveux d’un despote ayant à ses trousses la pression populaire.

L'Eufor, mon œil !

Fou et furieux, Deby a critiqué. Il a jeté des invectives à tout vent. Ronronnant, IDI est monté au créneau. Dans la posture d’un Cicéron antique, le despote tchadien a pointé le doigt vers « ces nouveaux venus » en référence aux troupes de l’Eufor, qui à son goût, ne constituaient plus un bouclier de protection. L’avenir politique de l’autocrate, en ces jours de juin et d’intenses combats, était sur un fil de rasoir.

En France, hasard de calendrier, Nicolas Sarkozy présentait son « livre blanc » sur la Défense. Hervé Morin, ministre français de la Défense quant à lui, laissait explicitement entendre que Paris ne donnera plus son onction diplomatique et logistique au régime dictatorial de N’djamena sous les feux nourris, lancés par les offensives de l’Alliance Nationale.

La neutralité et le détachement des troupes de l’Eufor (déployées avec pour mission de protéger les quelque 500.000 civils réfugiés dans l'Est du Tchad en raison de la crise dans la région soudanaise du Darfour) ont été perçus par Deby comme un « complot international ». Idriss Deby, a accusé les soldats européens de l'EUFOR de "fermer les yeux" sur les meurtres de civils et de réfugiés commis par les rebelles opérant dans l'Est.

Adulés et portés par les trompettes des réseaux de la France Afrique, les soldats de l’Eufor payaient ainsi l’opprobre de la nouvelle ligne de l’Hexagone dans le conflit tchado-tchadien. «L'Eufor-Tchad n'est chargée ni du contrôle de la frontière ni des missions d'interposition ou de protection du pouvoir régulier tchadien ». Les propos de Morin sonnaient alors comme un profond désaveu pour le régime agonisant de Deby. La poignée de main de février entre le ministre de la Défense français et le dictateur sauvé in extremis des serres des forces de la résistance nationale n’était plus qu’un cliché dépassé pour les paparazzis.

On aura relevé le changement de qualificatif, on est passé d’un pouvoir légitime en février à un pouvoir régulier en juin, la différence est fondamentale, ce glissement illustre à merveille le fait que la France a désormais tourné le dos à Deby.

Appelée au secours, la Cemac dégage en touche

Apaisé, le cœur léger après la tempête des combats de l’Est, Deby n’a pourtant pas fait le déplacement pour le 9è sommet des chefs d’Etat de la Communauté Economique et monétaire d’Afrique Centrale qui s’est achevé à Yaoundé le 25 juin 2008 avec quelques lignes d’atermoiements sur la « situation au Tchad » dans sa déclaration finale.

Deby n’a pas eu l’impolitesse de jouer à la « chaise vide » alors que ses pairs présidents ad vitam étaient à Yaoundé. Vite fait, l’autocrate de l’autre côté du chari a dépêché son valet de premier Ministre en tourisme politique au Cameroun, afin de s’assurer que la « Cemac condamne les récents événements au Tchad ». La politesse a été bien retournée à N’djamena. La déclaration de Yaoundé a renvoyée aux calendres grecques le passeport Cemac et la compagnie aérienne Cemac pour « consoler le frère - dictateur ». Dans son discours, Biya s’est contenté de dire « les attaques dont fait l’objet le Tchad, doivent nous faire comprendre que nous ne devons pas baisser la garde. »

L’absence de Deby au sommet de la Cemac prouve que les discours en off de ses pairs a changé, qu’il ne pouvait pas avoir un soutien diplomatique, voulant éviter un camouflet, il a préféré envoyer YSA, complètement snobé par les autorités camerounaises est l’hirondelle qui fait le printemps. Les n’djamenois savent avec certitude que la sérénité n’est pas encore de retour dans les rues de l’Est et du Tchad. Repliées stratégiquement dans leurs bases, les troupes requinquées de l’AN préparent l’offensive. L’attaque finale qui débarrassera le Tchad de son despote. Assez pour faire perdre le sommet. Whisky, champagne ne sont pas des somnifères pour étouffer les aspirations de la rue.

‘’Un peuple qui pleure n’est pas un ours qui danse’’ : Disait Césaire.

Source : La Rédaction de Tchadvision

Tag(s) : #Politique

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