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Mr. Senoussi Adam Malloumi est un homme d'affaires Tchadien contraint à l'exil depuis le mois de février dernier. Dans la première partie de l'interview (publiée le 20 Avril 2008), il nous a parlé de ses activités commerciales et du motif de son exil. Dans cette seconde partie, il nous parle de son engagement contre le régime Mps, de la résistance nationale et de ses espoirs pour le Tchad.

Ambenatna : A qui étaient destinés l’or et les mallettes d’argent ? Les autorités camerounaises ne vous ont pas interpelé ?

SAM : Rassurez-vous, je n’étais pas parti seul avec ces fortunes, il y avait toujours deux personnes avec moi. C’est à Yaoundé que les mallettes sont réceptionnées par une famille Zaghawa. Quant aux gendarmes Camerounais, ils sont rongés de corruption, il suffit de leur glisser une enveloppe de 100.000 F Cfa pour circuler sans problème.

Ambenatna : Est ce que vraiment vous craignez pour votre vie ici au Cameroun ?

SAM : Vous savez, ce qui me hante l'esprit ce n'est pas l'éventualité d'une arrestation ou d'une agression, mais c'est plutôt ce que certaines personnes racontent et inventent quotidiennement autour de ma personne. Je sais que les gens racontent toujours de tels ragots mais quand ça vous concerne, c'est terrible, même le regard des gens te démangent la peau.
Sinon, il y a des raisons valables de s'inquiéter et de rester prudent. Le Cameroun est frappé par une crise économique sans précédent et l'insécurité va grandissante depuis plusieurs années. Les gangs sont de plus en plus nombreux et armés. Nous avons beaucoup de nos compatriotes qui ont été victimes d'agression. Il y en a même qui sont portés disparus. Et comme je viens de le dire, vous obtiendrez tout ce que vous voulez si vous déboursez de l’argent d’où des règlements de compte mystérieux.


Ambenatna : Malgré cette insécurité, il y a beaucoup de Tchadiens qui achètent des maisons et installent leur famille au Cameroun. Sont-ils conscients des risques ? 

SAM : Comparer à l'insécurité qui prévaut à N'djaména, c'est la quiétude ici. Il n'y a pas des coups de feu la nuit et les agressions à domicile sont rares. Aujourd'hui à N'djaména, aucune famille n'est en sécurité, même Hinda ne dort pas sur les deux oreilles. Les toroboros Soudanais règnent en maîtres absolus dans nos villes où les populations sont abandonnées à elles-mêmes. Idriss Deby a installé le pays dans une insécurité permanente. Le système de terreur est organisé autour de sa personne, de son clan et élargi à leurs affidés.

Ambenatna Est-ce que vous allez rejoindre l’opposition armée ? Avez-vous eu des contacts avec les gens qui se réclament de la résistance nationale ici ?

SAM : Non, je n’ai jamais pensé m’engager dans l’armée, mon père nous a sermonné de ne jamais prendre les armes. Je pense qu’il y a plusieurs manières de combattre Deby. Il y en a qui ont regagné la rébellion et en dépit de toutes les conséquences qui en découlent, ils font face, ce sont des gens extrêmement déterminés, courageux et surtout patriotes, je les respecte beaucoup et je souhaite qu’ils puissent réussir leurs objectifs. Il y a d’autres qui soutiennent la rébellion en contribuant financièrement, en informant la population ou en jouant le rôle de facilitateur dans plusieurs domaines. Chacun peut trouver sa forme de lutte contre l’oppression du régime MPS.

Ambenatna :  Et vos contacts avec ces opposants qui se sont exilés ici ?

SAM : Bon, je dois dire que je suis prudent avec ces opposants. On a des exemples de gens qui se sont montrés d’une virulence inouïe contre Deby et ses parents et puis à notre grande surprise, un jour ils sont rentrés et collaborent avec le même Deby. Inévitablement, on se pose des questions et connaissant le régime policier voire criminel de Deby, qu’est ce que ces gens ont pu raconté à leur retour au pays. Il y en a même de faux opposants, des espions quoi. Ceux-là, en général, n’ont pas des motifs réels qui les poussent à s’exiler, ils n’ont pas des soutiens ou des liens avec les barons de l’opposition armée et en plus ils sont à la portée de Deby si jamais il veut les détruire. Ce qui fait que leur opposition et surtout leur agressivité contre le régime devient douteuse. Ce genre d’opposants, il faut s’en méfier.

Ambenatna : Quel espoir portez-vous sur la résistance nationale ?

SAM : Le peuple tchadien tout entier croise les mains et espère que la rébellion chasse Idriss Deby Itno du pouvoir. Il n’y a pas longtemps, certains Tchadiens s’offusquent ouvertement contre l’émergence de la rébellion à l’Est. Aujourd’hui, ils ont en fin compris que c’est la seule issue qui reste pour en découdre avec le système actuel et rétablir tant bien que mal les institutions républicaines, le fonctionnement du service public et la fin de la main mise du clan Zaghawa sur toutes les activités commerciales au Tchad.

Ambenatna : Que pensez-vous du fait qu’il y a plusieurs mouvements armés ?

SAM :  La multiplicité des mouvements armés est une preuve en soit du dégout des Tchadiens du régime Deby. Cependant, il est certain que l’unité de ces mouvements rebelles accélérera la chute du régime actuel, la preuve nous a été fournie avec la CMU qui a obligé Deby à se cacher dans un bunker. Tout le monde souhaite que ces mouvements armés fusionnent et en font qu’un seul. Je pense qu’il ne faut pas demander la lune à ces hommes ! Même les partis politiques ne sont pas parvenus à désigner un seul candidat contre Deby aux différentes élections. Soyons raisonnables et surtout un peu patients, ils parviendront à déloger Deby.

Ambenatna : Tous les mouvements rebelles s’accordent sur la nécessité d’organiser un forum national quand ils arriveront au pouvoir. Pourriez-vous nous dire ce qu’en pensent les hommes d’affaires Tchadiens ?

SAM : Les hommes d’affaires tchadiens ont participé à la conférence nationale souveraine et ont soumis des recommandations qui ont été prises en compte au cahier de charges de la conférence nationale mais vous connaissez la suite. Contrairement aux autres pouvoirs qui se sont succédés au Tchad, celui de Deby s’est accaparé de tout : les hommes de son clan occupent les postes stratégiques et  juteux du gouvernement, ils ont tous les marchés de l’armée qui engloutit un budget conséquent, ils sont commerçants et raflent tous les appels d’offre, ils sont à la douane, au trésor et sur les routes. Bref, ils quadrillent toute l’économie nationale et ne laissent tomber un seul rond.

Ambenatna : Que pensez-vous des investisseurs qui se sont tout de même installés au Tchad avec la privatisation ?

SAM : La privatisation des entreprises s’est déroulée dans une opacité sans commune mesure. Deby négociait et percevait ses pécules directement des responsables de ces sociétés. Ces dernières nous prennent pour des attardés tellement que notre pays est informel, ce qui leur permet de se sucrer sans scrupules. Ces sociétés ne payent même pas les taxes et impôts sur les sociétés ! Mais, il y a plus grave, les coopérants français, les fonctionnaires du système des nations unies et de la banque mondiale, les officiers de l’Epervier, sans oublier les intermédiaires communément appelés facilitateurs, tout ce beau monde a intégré le système Deby et se gave de jour comme de nuit au Deby land. Ce n’est pas un hasard que le palm d’or de la corruption soit depuis la chasse gardée du Tchad.

Ambenatna : Quels sont vos vœux pour le Tchad ?

SAM : Mon vœux est que le Tchad retrouve la paix, qu'il n'y ait plus de rebellion, que les refugiés, les exilés et tous ceux qui sont contraints de vivre et travailler à l’étranger puissent rentrer au pays. Qu’ensemble nous puissions décider de mettre fin à ce cycle de guerres qui a trop endeuillé et retardé la nation tchadienne. Qu’enfin les Tchadiens se mettent au travail pour construire des routes afin que les populations se brassent et se découvrent à travers leurs cultures, que nos hôpitaux fonctionnent et nos malades soignés (ils sont des milliers dans les hôpitaux Camerounais !), que nos enfants puissent être scolarisés et faire des études supérieures de qualité, que nos ressources minières ne soient plus spoliées, que notre faune soit préservée, que nos institutions démocratiques fonctionnent et pérennisent la paix et la stabilité politique, bref que le Tchad soit un pays sûr et attractif pour les investisseurs et les touristes et retrouve la place qu'il mérite dans le concert des nations.

Ambenatna : Je vous remercie au nom des Internautes.

SAM : Merci à vous, recevez mes sincères salutations.

Tag(s) : #Ambénatna

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