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Ahmat Zeidane Bichara vit en exil à Paris depuis quelques mois. Ce jeune journaliste tchadien a dénoncé dans un article, puis dans un documentaire diffusé sur les chaînes publiques françaises, les maltraitances faites aux femmes et aux enfants dans certaines écoles coraniques de son pays. Il a fait l'objet de menaces de mort de la part des milieux islamistes et a dû fuir son pays pour continuer à vivre. Il y a trois mois, ses prises de positions courageuses ont été récompensées par le Prix Lorenzo Natali, distinction décernée par la Commission européenne. Portrait d'un homme engagé.

Une découverte fortuite.
Au hasard d'une promenade en janvier 2005, Zeidane Bichara découvre, à 20 km de la capitale, dans le petit village de Toukra, l'existence cachée de « centres de redressement » pour femmes et enfants dans des écoles coraniques : « J'ai eu une panne d'essence et j'ai cherché de l'aide dans le petit village. J'ai aperçu une multitude d'enfants habillés en blanc, la tête rasée. Ça a tout de suite attiré mon attention et j'ai cherché à en savoir plus ». Zeidane Bichara relate ses découvertes dans un article très remarqué avant de réaliser un reportage plus approfondi aux côtés de Patrice Lorton pour l'émission Envoyé Spécial. Le 16 septembre 2005, le lendemain de sa diffusion, les menaces de mort débutent.

Parler pour libérer la société
Pour Ahmat Zeidane Bichara, les atteintes à la liberté de la presse révèlent la fragilité du régime tchadien : « ce qui pose problème, c'est l'absence d'Etat de droit. Tant que certains pourront assassiner impunément, la liberté d'expression restera une illusion ». Pourquoi a-t-il risqué sa vie pour dénoncer ces réalités silencieuses ? «  Il fallait parler car la parole contribue à la libération de la société. Au Tchad, les journalistes intègrent la peur et la censure. Ils ne peuvent publier que des faits connus de la société. » Le documentaire diffusé sur France 2 dénonce les pratiques de trois centres coraniques infligeant des sévices corporels à des femmes et enfants. Au lendemain de sa diffusion, le Président tchadien, Idriss Deby, confirme par des voies officielles, l'existence d'au moins cinquante structures du même acabit dans le pays.

Un message à faire passer
« Ces maltraitances sont contraires au message de l'Islam, mais je suis devenu un mécréant aux yeux de certains, un peu comme si j'avais trahi le Tchad et l'Islam. Je commençais à gêner beaucoup de gens, et ma vie était en danger  » nous confie ce journaliste engagé. Sur place, il reçoit l'aide des représentants de Reporters sans Frontières avant de s'envoler pour la France le 5 octobre 2005, jour de l'obtention de son visa. « J'ai voulu attirer l'attention de l'opinion nationale et internationale » insiste-t-il.

La vie sauve, mais l'exil
Ahmat Zeidane Bichara connaissait « La France et le peuple français » dans les livres d'histoire. « Je suis venu pour sauver ma vie, mais la France n'est pas une terre promise » explique-t-il. La pauvreté et la précarité qu'il côtoie dans les rues de Paris le choquent. « La Maison des journalistes me réserve un accueil chaleureux, mais aujourd'hui je suis stagiaire à France Télévisions et mon objectif est de pouvoir continuer à exercer mon métier de journaliste ». Comment ? Peut-être en apportant « un regard extérieur si nécessaire » au traitement des évènements qui animent la société française, en attendant de retrouver le Tchad, « quand, un jour le pays sera laïcisé ».

Source : Msn – Actions solidaires 
 

Tag(s) : #Question sur l'Actualié

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