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Dans cette interview, Mr. Senoussi Adam Malloumi, homme d'affaires Tchadien, nous livre les conditions de son exil camerounais, ses relations avec certains dignitaires du régime et ses impressions sur les affaires entre le Tchad et le Cameroun. Mais aussi, il jette un regard critique sur le secteur privé, l’enseignement, la santé et la situation politico-militaire précaire qui inhibe les affaires au Tchad.

 

Première partie de l'interview.

 

Ambenatna : Mr. Senoussi, le blog Ambenatna et ses lecteurs vous remercient pour cette interview que vous avez bien voulue nous accorder.

Senoussi Adam Malloumi (SAM) : C’est un plaisir pour moi aujourd’hui de m’exprimer à travers votre site Internet, une grande première pour moi de faire une interview. Je vous remercie aussi.

Ambenatna : Mr. Senoussi, pourriez-vous vous présenter sommairement ?

SAM : Je m’appelle Senoussi Adam Malloumi, Tchadien, né en 1964 à Massakory, marié et père de 4 enfants. Je suis commerçant depuis mon jeune âge. Depuis 1993, je m’occupe du transit entre N’djaména et Douala.

Ambenatna : Vous avez fait des études supérieures ?

SAM : Non, malheureusement, j’ai dû interrompre mes études en classe de 1ère. J’ai raté mes examens et il m’a manqué le courage de redoubler cette classe, j’avais trop honte de me retrouver parmi mes petits frères. Plus tard, à Maroua, grâce à un ami de mon oncle, j’ai pu faire deux formations en Transit douanier (6 mois) et en Comptabilité (4 mois). Je suis comme un autodidacte.

Ambenatna : j’avoue que je suis un peu surpris car vous vous exprimez bien. Mais que pensez-vous de l’enseignement et du niveau des élèves tchadiens aujourd’hui ? Quelle comparaison faites-vous avec le Cameroun ?

SAM : On ne peut pas faire une comparaison avec le Cameroun ! C’est un pays qui ne connaît pas de troubles politiques qui perturbent gravement les cours. Il y a quelques cas de grèves mais rien de comparable avec ce que nous vivons chez nous.

Le système éducatif tchadien est totalement désorganisé depuis l’arrivée de Deby au pouvoir. Les infrastructures (écoles, bancs, matériels pédagogiques), les programmes, les enseignants, la discipline, les examens, tout est traité avec une négligence incroyable, on ne sait pas qui s’occupe de quoi au niveau de l’Etat. La corruption a fait son effet.

L’école tchadienne est abandonnée à elle-même et ce n’est pas étonnant que le niveau scolaire soit au plus bas aujourd’hui. Ceux qui ont des moyens ont inscrit leurs enfants dans le privé, ils sont aussi nombreux à envoyer leurs enfants au Cameroun pour toute l’année scolaire. Mais là aussi les parents sont confrontés à d’autres types de problème. C’est un véritable désastre. Face à ce dilemme, les parents sont livrés à eux-mêmes.

Ambenatna : Et pourtant beaucoup de jeunes Camerounais passent le baccalauréat chaque année à N’djaména ?

SAM : Oui, mais il faut préciser que ces jeunes passent l’année scolaire chez eux et se déplacent à N’djaména juste pour passer l’examen du bac. Le système camerounais prévoit le probatoire, un examen genre pré-bac qui est organisé en classe de 1ère et qui constitue un véritable frein pour les jeunes d’accéder en classe de terminale, passer le bac et atterrir à l’université qui est déjà bondée. Les jeunes Camerounais qui ont raté 2, 3 fois le probatoire, vont à N’djaména pour « acheter » le bac, disent-ils.

 Ambenatna : ah ! Et à combien ça s’achète le bac tchadien ?

SAM : Aucune idée précise, sinon tout le monde en parle aussi bien ici qu’en N’djaména.

Ambenatna : Revenons à vous, quelles sont vos activités au Cameroun ?

SAM : Je suis transitaire, je mène cette activité depuis 15 ans déjà. Je voyage beaucoup entre Douala, Ngaoundéré et N’djaména. Mon job se résume aux formalités douanières, à réceptionner les marchandises, contrôler qu'elles ne soient pas avariées et surtout les convoyer à bon port.

Ambenatna : Vous ne travaillez donc pas pour vous ? Quels types de marchandises convoyez-vous au Tchad ?

SAM : Je travaille aussi bien pour moi que pour d’autres hommes et femmes d’affaires de N’djaména. J’ai trois boutiques dont une à Massakory. Les marchandises tournent autour de l’alimentaire (lait, conserves, farines), cosmétiques (savons, pommades, parfums), tabacs, papeteries et un peu de textiles.

Ambenatna : Et maintenant, tout a changé depuis le 10 février 2008 ?

SAM : Oui, maintenant, tout a changé, je suis un homme inquiet car coupé physiquement de sa famille. Je m’arrête à Ngaoundéré dans mes transactions qui ont énormément chutées. Les éléments de l'ANS opèrent de Kousseri à Garoua en parfaite collaboration avec la police camerounaise.

Ambenatna : Qu’est ce qui s’est passé ?

SAM : Après l’attaque des rebelles à N’djaména en février dernier et vu tout ce qui s’est passé, je me suis précipité à N’djaména pour avoir les nouvelles des miens car comme vous le savez les communications étaient coupées. J’étais arrivé à N’djaména le 9 février vers 14h, à 18h30, j’étais à la mosquée à deux rues de mon domicile pour la prière de maghrib. Et c’est juste à cet instant que des militaires à bord d’une Toyota sont venus pour me quérir. Mon petit frère est venu aussitôt m’alerter à la mosquée et j’ai dû partir aussitôt. Plus tard, j’ai appelé mon épouse qui était traumatisée et ne pouvait même pas me parler. J’ai passé la nuit chez un ami à Ardeb-djoumal et le lendemain j’ai traversé pour Kousseri avec mon ami qui a caché ma pièce d’identité. Je n’ai jamais eu peur de ma vie comme ce jour là.

Ambenatna : Mais qu'est ce qu'on vous reproche ? Est ce que votre famille a subi un mauvais traitement ?

SAM : Je ne sais pas, il paraît que c'est lier à mes déplacements au Cameroun. On murmurent que j'aurais aidé des rebelles qui ont fui à Kousseri après leur retrait de N'djaména. Tout cela est évidemment faux, je n'ai vu aucun rebelle et en plus je n'ai aucune activité politique y compris les autres membres de ma famille. Les militaires ont brutalisé mes frères, saccagé notre domicile et ont même volé nos biens.

Ambenatna : Et maintenant qu'est ce que vous allez faire ?

SAM : Je voudrais préciser que j'ai déjà appelé quelques autorités (Haïga, Oumar Goudja, Bakhit, ...etc.)  mais sans succès. Ils m'ont tous envoyé balader. C'est dommage car j'ai rendu d'énormes services à ces gens là. 

Ambenatna : Peut-on savoir quels types de services ?

 

SAM : J'ai fait sortir de l'or et des mallettes d'argent pour certains, entrer plusieurs voitures de luxe et des quantités énormes de marchandises diverses pour d'autres. J'avoue qu'il existait entre nous une relation solide de confiance et aujourd'hui je ne sais quoi dire.

A suivre ... 

Tag(s) : #Ambénatna

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