Fortement soutenu par la France, qui a notamment acheminé au Tchad des munitions lors d'une attaque rebelle début février dans la capitale, le président Déby avait affirmé le 7 février qu'il
était "prêt à pardonner" aux six condamnés "si le gouvernement français en [faisait] la demande".
Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) tchadien a donné, vendredi 28 mars, son feu vert à la grâce des six Français de l'Arche de Zoé condamnés à huit ans de travaux forcés au Tchad pour
avoir tenté d'emmener cent trois enfants en France. Dans un communiqué, le CSM tchadien, qui fait des recommandations au président Idriss Déby sur les questions de droit, a annoncé s'être réuni
vendredi pour étudier la demande de grâce des membres de l'association. "Après un débat franc et riche, le CSM a donné un avis favorable", indique simplement le texte. Normalement, le CSM est
présidé par le chef de l'Etat, mais la réunion de vendredi était dirigée par son deuxième vice-président, le ministre de la justice Albert Pahimi Padacké, a précisé une source judiciaire.
Le Conseil va donc maintenant transmettre son avis au président Déby, à qui revient la décision finale. Selon un proche conseiller du président joint par l'AFP, ce ne serait plus "qu'une
formalité". "Le président va signer l'acte pour la grâce incessamment, peut-être ce week-end ou lundi", a-t-il affirmé. 6,3 MILLIONS D'EUROS À PAYER Les six Français ont été condamnés le 26
décembre à huit ans de travaux forcés par la justice tchadienne pour "tentative d'enlèvement" de cent trois enfants africains. Présentés à tort comme des orphelins du Darfour, les enfants avaient
été recueillis dans des villages tchadiens au prétexte d'un séjour dans un centre aménagé dans leur pays.
Les membres de l'association ont été arrêtés en octobre à Abéché alors qu'ils se préparaient à embarquer clandestinement les enfants vers la France, où les attendaient des familles d'accueil.
Autorisés à purger leur peine en France en vertu d'un accord de coopération, les membres de L'Arche de Zoé ont été rapatriés fin décembre. Leur peine a été convertie en droit français à huit ans
de prison. Ils sont écroués à la prison de Fresnes, près de Paris.
Les avocats des membres de l'association française avaient fait transmettre le lendemain, via l'Elysée, les demandes de grâce à l'ambassade de France à N'Djamena. Le président tchadien les avait
reçues le 9 février. Reste à savoir ce qu'il adviendra du volet financier de leur peine : en décembre, les membres de L'Arche de Zoé avaient également été condamnés à verser aux familles
tchadiennes 4,12 milliards de francs CFA (6,3 millions d'euros), des sommes qui n'ont pas encore été payées.
Le 6 mars, tout en envisageant de leur accorder sa grâce dans un délai d'un mois, le président Déby avait expliqué qu'il fallait auparavant une "solution" à la question financière.